SO DEUX MOINEAUX SUR MÊME ÉPI
Cet étranger était perché tout en haut d'un arbre, et regardait au loin dans les champs. Mille perles blanches constellaient sa robe brune, et, quand un rayon de soleil glissait sur ses ailes moirées , on voyait luire un éclair chatoyant comme le reflet d'une émeraude. Le chardonneret s'approcha à tire-d'aile du bel oiseau, et, l'ayant salué, lui demanda s'il ne pourrait pas lui être bon à quelque chose.
■ — Ma foi, vous me tirez d'un grand embarras, répondit l'autre-, tel que vous me voyez, j'arrive d'un pays lointain, et voilà vingt-quatre heures que je n'ai rien mis sous mon bec.
Le chardonneret invita poliment l'oiseau à déjeuner, et tous les deux jjrirent en l'air le chemin du beau verger.
Le chardonneret était fort curieux d'apprendre le nom et les aventures du voyageur; mais, en personne discrète. il n'osait le questionner. L'oiseau n'imita pas cette réserve, et, chemin faisant, il ne se lassa pas d'interroger son guide sur les mœurs, les habitudes, le gouvernement de son peuple. Le chardonneret répondait à tout avec discernement et civilité.
Quand on fut arrivé au nid du chardonneret, l'étranger se mit il manger d'un si grand appétit que son hôte fut bientôt à court de provisions. Après avoir dépêché une dernière grappe de raisin, le voyageur s'étendit sur un tas de mousse à l'ombre.
— Voilà le meilleur déjeuner que j'aie fait depuis longtemps ! s'écria-t-il.
— 11 ne tient qu'à vous d'en faire tous les jours autant.
NE SONT PAS LONGTEMPS UNIS. 81
reprit le chardonneret; vous n'avez qu'à vous établir dans ce canton.
— Si mes frères les étourneaux se doutaient des repas qui les attendent ici, je crois qu'ils ne demanderaient pas mieux.
— Ah! vous êtes étourneau?
— De père en fils. Je suis né en Germanie ; à six mois j'avais déjà vu la moitié de l'Europe. Me trouvant au bord de la mer, aux colonnes d'Hercule, j'ai profité de l'occasion d'un coup de vent qui m'a conduit dans l'ile de Calypso ; là, je me suis marié. Ma femme étant morte au bout de cinq semaines, j'ai repris mon vol. En Egypte, je me suis rencontré avec une compagnie d'étourneaux en train de faire le tour du monde: ils m'ont engagé à les suivre, et nous sommes partis il y a quelques jours. Quand vous m'avez aperçu, je prenais le frais en attendant l'occasion de prendre autre chose.
— Et vos camarades?
— Ils font la sieste dans le bois. Venez avec moi ; je vous présenterai à toute la bande, qui sera enchantée de l'aire votre connaissance.
Le chardonneret n'avait jamais quitté ses bosquets : il croyait que toute la terre ressemblait à ce séjour qui faisait partie jadis du jardin d'Eden, et qu'il n'y avait pas d'autre lleuve que l'Euplirate. Les discours de l'étourneau le remplirent d'étonnement ; les récits qu'il faisait des différentes contrées oîi habitent tant de races diverses, son langage pittoresque, les histoires merveilleuses qu'il racontait suites mœurs, les goûts, les usages, les guerres, les amours <le mille espèces d'oiseaux, inspirèrent au chardonneret le désir de retenir dans sa patrie de si gentils savants.