NA JAMAIS PRIS DE SOUIUS
Il préféra se retirer fièrement dans un grenier ; et lui, qui était habitué à vivre d'alouettes, de grives, d'ortolans, il résolut de braver les coups du sort et de vivre, comme ses pères, de souris.
Mais, hélas! il avait entièrement oublié le métier d'at- Irapeur de souris, qui exige plus de main-d'œuvre et de pratique qu'on ne croit; sa patte manquait d'agilité, sa griffe était rouillée. La famine lui pendait à loreillc.
Il ne lui restait plus du mobilier de ses pères qu'une huche beaucoup trop rustique et délabrée pour ([u'aucun brocanteur eût jamais daigné l'estimer ; elle remontait cependant à une haute antiquité. Le chat l'ouvrit et se coucha au fond, bien décidé à se laisser mourir d'inanition. Mais, comme il fermait les yeux, il avisa, à l'un des angles du meuble, les lignes suivantes griffonnées par son aïeul :
(( 16... — Quand mon fils, petit-fils ou arrière-petit-fils s'avi- II sera d'ouvrir cette huche, je crains bien qu'il n'ait pas trop à « se louer de la destinée. J'ai cependant, durant toute ma jeu- (I nesse, dormi et couciié dans ce vieux meuble qui appartenait (i au meunier, le père de mon maître; et c'est là que j'ai ruminé « le plan du fameux marquisat de Carabas , qui a fait notre for- « tune. Si mes enfants ou petits-enfants tombaient jamais dans le « malheur, qu'ils saclient qu'il n'est pas de position, fausse oi^i dé- « sespérée, dont on ne puisse se tirer dans ce monde ; témoin cette « huche dont je suis sorti, et dont ils peuvent sortir à leur tour. Il pourvu qu'ils méditent seulement sur cette simple phrase qui a 'I toujours été ma devise :
« CHAT GANTÉ N'a JAMAIS PRIS DE SOURIS. "
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Absent le chat, les souris dansent.
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