NI DE LAIDES AMOURS
une grâce particulière dans le polype qu'Ai^na, sa maîtresse, avait au nez, et il observe que tous les amants ressemblent à Balbinus (satire m, liv. I). Il n'en est aucun, en efTet, qui n aime jusiju aux taclies cl aux verrues de sa belle.
Cette bizarrerie des goûts en amour est figurée dans le dessin de Grandville d'une manière digne de Callot. Rien de plus cocasse et de plus désopilant que la mise en scène de ce laid et de cette laide qui se livrent aux transporls d'une admiration et d'une ardeur mutuelles, en collant leurs museaux l'un à l'autre par des baisers gloutons et gluants. Il est dillicile de se défendre d'un fou rire à l'aspect des deux grotesques. Cependant l'hilarité qu'ils excitent a un certain contre-poids dans l'effet produit par l'illusion passionnée que riiahilc artiste a si bien cx|)rimée sur tous leurs traits, et Ton convient, après tout, quoi que puisse dire La Tante Aurore, que leurs baisers ])leins de sève n'ont pas moins de douceurs pour eux que les baisers lenlemeni savoures, moHo saporili, qu'échangent, en leurs jeux innocents, les bergers et les bergères du Pastor-pdo et de VAminte, ou que les baisers dont parle Horace (liv. I.
od. 13) :
Oscula qiut: Venus
Qiiinla parte sul nectaris intbuil
(1 Baisers que \unus assaisonne de la cinquième partie de son nectar'. »
Le meilleur développement du proverbe // n'ij a point
1. La raison de ces vers n'a pas été bien éclaircie par les commentateurs. Jean Bond cite une glose des anciens scoliastcs, d'après laquelle le poète aurait voulu rappeler une opinion qui divisait l'amour en cinq parties, dont la première était la vue et la cinquième était la jouissance. Qu'un ne m'en demande pas davantage.
Ui IL NY A POINT DE BELLES PRISONS, ETC.
de laides amours, est dans les vers suivants, tirés de la traduction libre que Molière avait faite de Lucrèce, et placés dans la cinquièrae scène du second acte du Misanthrope : " . ■ . ■ ■
... L'on voit les amants vanter toujours leur choix. • Jamais leur passion n'y voit rien de blàmnble, Et dans l'objet aimé tout leur paraît aimable -, Ils comptent les défauts pour des perfections, Et savent y donner de favorables noms.
La pâle est au jasmin en blancheur comparable ; La noire à faire peur, une brune adorable ; La maigre a de la taille et de la liberté ; La grasse est dans son port pleine de majesté; La malpropre, sur soi de peu d'attraits chargée, Est mise sous le nom de beauté négligée; La géante paraît une déesse aux yeux ; La naine, un abrégé des merveilles des cieux; 1-,'orgaeilleusc a le cœur digne d'une couronne ; La fourbe a de l'esprit ; la sotte est toute bonne ; La trop grande parleuse est d'agréable humeur. Et la muette garde une honnête pudeur.
C'est ainsi qu'un amant dont l'ardeur est extrême Aime jusqu'aux défauts des personnes qu'il aime.
Tout ce qui a été dit dans Fartiele qu'on vient de lire peut être très-bien résumé par ce vers roman, passé en proverbe chez les Provençaux et chez les Italiens :
Non es bel so eiu'es bel^ mas es bel so qiCarjradei. « N'est pas beau ce qui est beau, mais est beau ce qui agrée. »
]M E T s TON M A N T E A U
Pour peu qu'on se soit promené sur le boulevard des {tahens trois ou quatre heures par jour, pendant trois ou quatre ans, on ne doit pas manquer de connaître Paul Dufresny.
Paul Dufresny demeurait rue Taitbout, à deux pas de ce boulevard, où il passait le plus clair de son temps ; il donnait le reste à ses plaisirs : si bien qu'il pouvait justement être cilé pour le garçon le plus inoccupé d'une ville où il y a beaucoup d'oisifs. Mais c'était en outre un des jeunes gens les plus originaux qui fussent du Jockey-Club iui (]afé de Paris.