METS TON MANTEAU
à la réception (rune letlre où Ton remarquait ce passage: « Je fume des cigares de la Havane fabriqués à Rio avec des feuilles de tabac du IMaryland ; j'ai un pantalon blanc.
une veste blanche et des bas blancs, le tout en coton; un chapeau de paille me défend des ardeurs de la canicule. Au Brésil, on ne connaît qu'un seul mois, le mois d'août. Il y a des instants où je passerais pour un vrai Paul si J'avais la moindre Virginie; mais je n'ai autour de moi que des nègres : je les appelle tous Domingo. Ils plantent des cannes du matin au soir en chantant des ballades sénégalaises... Notre habitation ressemble à une décoration d'opéra-comique... Je dine de perroquets et soupe de singes. J'apprends la langue franque... Quand j'aurai
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découvert une mine de topazes, j'enverrai à mademoiselle Florestine le collier de rubis que mon notaire m'a empêclié de lui donner... S'il vous pi'end fantaisie de chasser auK alligators, venez me voir; j'ai dans mon parc, qui est une forêt vierge, une rivière où ils grouillent comme des goujons... »
Il y en avait dix pages sur ce ton-là.
Au bout de quatre ans , on vit arriver Paul à Paris. Son premier soin fut de se rendre au Itoulevard des Italiens. Il n'était pas changé, si ce n'est qu'il avait un peu bruni.
— Tiens, voilà Paul! Paul le colon ! Paul le planteur! s'écrièrent dix jeunes gens.
— Paul lui-même, répondit-il; j'ai tiré une assez jolie fortune de mes cannes et de mes caféiers, et je me suis tout de suite souvenu du boulevard.
L'appartement de la rue Taitbout fut bien vite reloué et remeublé ; Paul reparut à l'Opéra , et mademoiselle Florestine lui écrivit, en style chorégraphique, qu'elle serait ravie d'entendre le récit de ses aventures.
Mais, sur ces entret'aites, le vent jeta à la côte le navire qui portait les richesses de M. Dufresny. Un correspondant avait négligé de les faire assurer. Tout était perdu.
Paul prit cette fois, comme la première, le parti de tout vendre, et, le soir même, on le vit, en pantalon de gros drap, en blouse de toile, chaussé de lourds souliers garnis de guêtres de cuir, et coiffé d'un feutre gris à larges bords, se diriger vers les messageries Ladîlte et Gaillard.
— Pars-tu pour les grandes Indes? lui dit-on.
— Non. ma foi. c'est trop loin ; je vais en Normandie gérer une terre (jui appartient à un de mes oncles; d'un planteur on [)eut bien faire un métayer.
Et, roulant autour de ses épaules une limousine à