‹ Cent proverbesChapitre 89 sur 257 · NÉCESSITÉ N'A POINT DE LOI · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ N'A POINT DE LOI

suivante de son Traité sur le précepte et la dispense : Nécessitas non habet legem et oh hoc excusât dispensationem (Cap. v). (i La nécessité n'a point de loi, et c'est pour cela qu'elle excuse la dispense. » IMais le proverbe est beaucoup plus ancien que saint Bernard, car on trouve dans les controverses de Sénèque : Nécessitas legem frangit (IX, iv). (1 La nécessité rompt la loi » ; plus ancien encore que Sénèque, puisqu'on lit dans Homère que la nécessité doit faire loi {Iliade, XIV).

Les Grecs disaient en outre que les dieux eux-mêmes ne pouvaient lutter contre la nécessité , pensée de Simonide que les Latins employaient proverbialement et que Tite-Live avait reproduite en ces termes : Parealur necessitali quam ne dii quidem superant. « Qu'on obéisse à la nécessité, que les dieux mêmes ne peuvent surmonter. » Les Espagnols , f[ui ont le même proverbe que nous , se servent de plus de celui-ci : La necessedad tiene cara de herege , — la nécessité a une face d'hérétique, parce que l'hérétique ne reconnaît pas la loi de l'Église. Mais ils appliquent d'ordinaire ce dernier proverbe par plaisanterie, et particulièrement, je crois, lorsqu'ils veulent faire entendre que la raison de la nécessité est indûment alléguée. Nous disons encore : .1 la nécessité cède la justice, — la nécessité fait dépouiller les autels.

Le dessin de Grandville représente les deux cas les plus pressants de la nécessité, qui exige que toute créature humaine cherclie et trouve le moyen de remplir et de vider ce trisle sac qu'on appelle le ventre , même ;i la barbe d'un officier de police.

11 n'y a que la Quinte-Essence de Rabelais qui soit exmpte de ces deux cas, dont le dernier est si sacré qu'il n'en faut parler qu'avec le plus grand respect.

VANTE SOX POT

Le 15 avril 1844, M. Deslongrais fit appeler dans son cabinet son neveu , Gabriel Maugis.

— Mon ami, dit-il au jeune homme en tirant sa montre, il est midi , et c'est aujourd'hui le 15 avril ; tu es majeur depuis un quart d'heure. Je t'aurais fait prier cincj minutes plus tôt de passer dans ce cabinet, s'il ne m'avait fallu ce temps pour liquider mes comptes de tutelle. Toutes

les pièces sont réunies, là, sur ce bureau; tu peux en prendre connaissance...

— Oh ! mon oncle !

— Bien, bien; je sais cjue tu vas me prier de garder la direction de tes affaires, et me dire qu'elles ne sauraient être placées en meilleures mains.

— Vous m'avez deviné.

— Oui, mais je suis un vieil égoïste qui ne me fatigue pour les autres que lorscju'il m'est impossible de faire autrement... Tu as trente mille livres de rente à toi, c'est dix mille de plus que je n'en ai reçu ; j'ai assez fait travailler tes fonds pour avoir le droit de me reposer. Mais avant de l'abandonner la direction suprême de tes affaires, je me permettrai seulement de l'adresser une seule question : As-tu lu r Amour médecin ?

— U Amour médecin de Molière? Oui, mon oncle.

— N'oublie jamais la première scène du premier acte, mon ami, toute la science de la vie est là-dedans; le monde est pavé de M. Josse. Je n'ai pas d'autres conseils à te donner ; mais pour que tu n'en perdes jamais le souvenir, je prétends mettre cette morale en action. Suis-moi.

Un quart d'heure après, 31. Deslongrais et son neveu entraient chez un jeune banquier, rue du Houssaie.

— Mon cher Gambier, lui dit Tonde, nous venons, mon neveu et moi, vous demander un service.

— Vous qui avez trente mille livres de rente? Votre neveu qui en a autant ?

— Eh ! précisément, ce sont ces maudites trente mille livTes de rente qui nous gênent ! Que faire du capital? Vous qui êtes dans les affaires, donnez-nous donc un bon conseil.

— Six cent mille francs ! s'écria le banquier. Eh ! mais , il n'en faut pas davantage pour soumissionner un joli tronçon

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