‹ Cent proverbesChapitre 94 sur 257 · DEVANT UNE POULE OUE DERRIERE UN BŒUF · texte numérisé non relu

DEVANT UNE POULE OUE DERRIERE UN BŒUF

P r, 0 V E r, B E CHINOIS

Au village de Tcliang-Yo, situé à deux: lys de la porte orientale de Ping-Kiang, clief-lieu du département de Kiang-Nan, vivait un homme dont le nom de famille était Hou, et le petit nom Kong. 11 descendait d'une lignée de cultivateurs; mais il s'occupait de littérature, et il avait composé des vers de sept syllabes, qui auraient flguré

;Avec honneur parmi les morceaux, d'élite rassemblés par Fut- Zee clans le Chi-King, le troisième des Cinq Classiques. Vêtu d'habits très-simples, usant d'une nourriture frugale, mais toujours dans l'aisance et le contentement, il possédait encore du superflu, malgré la modicité de sa fortune, et savait venir au secours des pauvres du village. Aussi le compatait-on à un Printemps mâle pourvu de pieds.

Il avait pour voisin un fermier, non des plus riches, et qui se distinguait seulement par son grand amour pour l'horticulture. Dans son vaste jardin, fermé par des treillages de bambous, il réunissait l'althtea, la balsamine, la ketmie aux fleurs changeantes, la pivoine en arbre, l'amaranthe. le lychnis couronné, le calycanthe, le corchorus, le bouton d'or et beaucoup d'autres plantes non moins rares. Depuis longtemps, cet honnête homme, surnommé dans le pays le Fou des Fleurs (Hoa-Tchy), nourrissait le désir secret d'entendre réciter des vers par Hou-Kong.

On voit dans le livre des Dix. mille Mots que :

Celui qui cliante est une incarnation de Bouddha, Du Dieu qui répand l'or et l'abondance.

En conséquence, un jour que l'occasion lui parut favorable, le Hoa-Tchy mit ses habits de nouvel an. et alla frapper à la porte de son voisin.

Celui-ci était sous ses arbres, occupé à chanter et à boire du .vin de Xiao-Tching dans une tasse d'or, présent du vice-roi de la province. Près de lui était une table portant un vase de porcelaine du milieu duquel s'élevait une branche de pêcher couverte de belles fleurs marbrées. A l'aspect de son voisin que lui amenait un serviteur, il

DIZVANT UNI' POULl' OUlî nERRIi:RE UN BŒUF. 183

ouvrit ses yeux appesantis par le vin, et lui récita ce vers avec un accent de joyeuse insouciance :

Je suis ivre, je veux dormir -. ainsi, allez vous promener!

Mais le fermier ne se méprit pas à cet accueil si peu obligeant.

— Le Fou des Fleurs sait bien que telle fut la réponse du Nénuphar Bleu (du poëte Ly-Pe) quand le comédien Koueï-Nien allait le chercher de la part de l'empereur; mais M. Hou-Koni; . qui est un homme civil en même temps qu'un poëte distingué, ne voudra jjas repousser l'humble demande de son plus indigne serviteur.

A ces paroles si convenables, Hou-Kong sentit qu'il avait afTaire à un amateur de poésie; et, se levant, il le salua d'un tchin-tchin empressé.

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— Le vieuK Chinois, dit-il ensuite, croit avoir aperçu Votre Seigneurie cultivant des Heurs dans un jardin fermé de bambous.

— Il est vrai, répondit Hoa-Tchy, que j'ai dans un misérable recoin de lerre quekiues pauvres plantes qui ne méritent pas d'arnMer les regards de Votre Seigneurie; et pourtant, telle est l'idée que je me fais de ses bontés, que je la crois capable d'y venir passer une heure ou deux, en compagnie de quelques amis, qui, de temps en temps, boivent et composent des vers en écoutant chanter les loriots dans cette pauvre retraite.

— Rien de plus agréable qu'une aussi glorieuse invitation, répliqua Hou-Kong; mais quel jour, s'il vous plaît, permettrez-vous à votre humble serviteur d'assister en silence à cette fête de l'amitié ?

— Ce serait, sauf le bon plaisir de l'illustre poète, le treizième jour de la lune et à l'heure du Glouton.

— J'éprouve un gi'and désespoir, dit IIou-Kong après avoir rélléchi quelques instants; mais ce jour et à cette heure, je suis attendu chez les examinateurs qui siègent ce printemps pour la province. L'un d'eux, — ajouta-t-il en se rengorgeant, — est Son Excellence Vang-Koueï-ïcliong, premier ministre et frère de l'iajpératrice; l'autre est le duc Kao-Ly-Sse, comuiandant des gardes impériales, ^'ous comprenez...

— Je comprends, interrompit le Fou des Fleurs, ([ue 3L Hou-Kong ne saurait manquer à d'aussi éminents personnages pour un stupide et illettré paysan comme moi. J'insisterai pourtant, et lui demanderai de venir dans ma pauvre chaumière. Nous nous réunirions plutôt à l'heure du Cheval, et il serait libre de se rendre à Ping-Kiang aussitôt qu'il aurait vidé quelques tasses de mauvais vin.

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