‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 10 sur 86 · XIII. — EXPÉDlïlOiN D ESPAGXE. — PUISE DU TROCADÉRO (J · texte numérisé non relu

XIII. — EXPÉDlïlOiN D ESPAGXE. — PUISE DU TROCADÉRO (J

L'armée française franchit, le 7 avril, la Bidassoa, sous le commandement du duc d'Angoulême, qui avait sous ses ordres les maréchaux Oudinot et jMoncey, le général Molitor et le prince de Hohenlolie. Une conspiration, ourdie pour faire revenir l'armée sur Paris, échoua, et une fois sur le territoire étranger, les soldats ne songèrent qu'à trouver des occasions de combattre; elles furent rares.

L'armée ne rencontra point cette résistance opiniâtre qui l'avait arrêtée sous l'Empire. C'est qu'elle se trouvait dans des circonstances différentes et qu'elle n'eut point les mêmes enne.iiis. Elle venait défendre une dynastie espagnole, non imposer une dynastie nouvelle. Les moines qui avaient autrefois maudi ces mêmes soldats, ne pouvaient que les accueillir avec joie, puisqu'ils voyaient en eux les protecteurs de leur gouvernement. Les réactions royalistes éclataient partout sur le passage de l'armée et aftligèrent les soldats français, spectateurs impuissants et indignés des vengeances des partis, que le duc d'Angoulême pourtant s'efforçait d'empêcher.

La marche sur Madrid s'accomplit sans difficulté et le duc d'Angoulême entra, le 24 mai, dans cette capitale. II la trouva abandonnée par le gouvernement insurrectionnel, qui s'était transporté à Séville, puis à Cadix. Ferdinand VII, heureux devoir les Français accourir à sa délivrance, n'avait pas sans peine consenti à cet éloignement. Mais il était au pouvoir des Certes et la peur, son unique sentiment, le déterm'mit à subir toutes les exigences. Les Français occupaient Madrid, mais aucune place forte, même dans le nord de l'Espagne, n'avait ouvert ses portes. Le duc d'Angoulême, confiant à des corps détachés la poursuite des sièges entrepris, marcha droit sur Cadix, pour terminer la guerre d'un seul coup (19 août). Le blocus de la place était déjà commencé depuis six semaines. L'arrivée du prince fut le signal des opérations décisives.

Les généraux avaient résolu d'emporter d'assaut le Trocadéro, petite presqu'île fortifiée qui s'avançait dans la baie de Puntalès, en face de Cadix. La garnison avait pratiqué une large coupure pour la séparer du continent : 50 bouches à feu et 1700 hommes défendaient les retranchements qu'on y avait élevés.

Les Français poussèrent activement les travaux des tranchées (19-30 août), et le matin du 31 le fou des batteries avait déjà bouleversé les ouvrages

des Espagnols. Aussi, un peu avant le jour, une colonne d'assaut, formée de soldats de la garde et de soldais de ligne, appuyée par une section d'artillerie et un détachement du génie, s'élança sur les retranchements. Pas un cri, pas un coup de fusil. Les soldats purent ainsi surprendre les Espagnols et franchir le canal, quoiqu'ils eussent de l'eau jusqu'aux épaules. Réveillés par cette brusque attaque, 'les Espagnols courent à leurs pièces, mais les Français sont déjà dans l'ouvrage et, ne pouvant faire usage de leurs cartouches mouillées, se servent de l'arme qui est si terrible entre leurs mains, la baïonnette. Une lutte corps à corps s'engage. Pendant ce temps, le génie établit un pont volant; les bataillons se succèdent et leur feu régulier rend toute résistance inutile de la part des défenseurs de la presqu'île : ils mettent bas les armes. La position du Trocadéro était considérée par les habitants de Cadix comme imprenable; aussi furent-ils effrayés en voyant les Français s'y établir et demandèrent un armistice. Le duc d'Angoulême réclama, avant tout pourparler, la mise en liberté de Ferdinand VII. Les Français attaquèrent le fort Santi- Petri, élevé à l'opposé de Cadix, sur un rocher ; bombardé du côté de la mer et du côté de la terre, ce fort fut rendu le 20 septembre.

Le 28 et le 29 septembre, d'activés négociations s'ouvrirent, les Certes se déclarèrent dissoutes et Ferdinand VII put venir dans le camp français oii il reprit l'exercice de son autorité absolue. Au nord, Pampelune avait capitulé le 27 septembre; la Catalogne seule prolongea sa résistance. Le maréchal Moncey termina, dans le mois de novembre, la soumission de cette importante province, si ardente à toutes les époques dans la défense de sa liberté.

Ferdinand VII, protégé pendant cinq ans par nos baïonnettes, fit du pouvoir qu'on lui avait rendu, le plus triste usage. Il déclara nuls et non avenus, malgré ses promesses, tous les actes du gouvernement constitutionnel et commença à se venger de tous ceux devant lesquels il avait tremblé pendant trois ans. Des conseils de .guerre prononcèrent de nombreuses condamnations, les prisons se remplirent et la Péninsule, loin de retrouver la paix, se vit livrée à toutes les fureurs d'une réaction sanglante. Ce qui caractérisa surtout les résultats de l'intervention de la France, c'est que notre influence, loin de se fortifier en Espagne, s'y affaiblit car Ferdinand VII fut aussi peu reconnaissant envers nous qu'envers ses sujets.

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