‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 12 sur 86 · LOIS IMPOPULAIRES. — LE GÉNÉRAL FOY · texte numérisé non relu

LOIS IMPOPULAIRES. — LE GÉNÉRAL FOY

Charles X avait, dès les premiers mois, perdu le Bénéfice de l'aisance aimable avec laquelle il avait pris possession du pouvoir. II avait tout de suite fait voter |)ar les deux Cliambres (15 mars-20 avril) une indemnité d'un milliard aux émigrés, ses anciens compagnons. Cette mesure a depuis été estimée comme ayant mis fin aux plaintes sans cesse renouvelées contre les confiscations de la Révolution, mais elle était célébrée comme une revanche, quoiqu'elle parût une insufiisantc réparation aux émigrés, responsables pourtant des dommages qu'ils avaient subis, puisque l'émigration en avait été la première cause.

Bientôt s'ouvrit la discussion sur la loi du sacrilège qui, mêlant encore le spirituel et le temporel, TÉglise et l'État, faisait tomber sous l'action de la justice humaine les atteintes à la foi. La profanation des vases sacrés, le vol dans une église avec effraction étaient punis de mort; la profanation des hosties emportait la peine des parricides. La loi rencontra une vivo opposition dans les deux Chambres, do la part de tous les hommes éclairés. « L'homme sacrilège, s'écria Chateaubriand, devra marcher seul h l'échafaud et sans l'assistance d'un prêtre. » Celui-ci lui dira sans doute : « Jésus-Christ vous pardonne. » Et que lui répondra le criminel? « Mais la loi me condamne au nom de Jésus-Christ! » La Chambre des pairs vota la loi du sacrilège le 18 février, la Chambre des députés le 15 avril 1825.

La session, du reste, fut close de bonne heure. Les députés et les pairs devaient assister au sacre de Ciiarlcs X, qui s'accomplit le 29 mai, dans la cathédrale de Reims, avec toute la pompe de l'ancien cérémonial. Charles X chercha à éblouir la foule par son faste, mais les générations nouvelles, moins naïves, tournèrent en raillerie les minutieuses formalités exhumées du moyen âge (29 mai). Le lendemain du sacre, Charles X, faisant encore revivre de vieux usages, tint, dans la cathédrale, un cliapilre de l'Ordre du Saint-Esprit. L'éclat des fêtes, qui se prolongèrent pendant plusieurs jours à Reims et à Paris, aurait pu faire illusion aux royalistes, si les sentiments de la population ne se fussent point, quelques mois plus tard, révélés par une manifestation imposante et spontanée.

Le général Foy mourut le 29 novembre. Après avoir pris part aux guerres de la République et de l'Empire, surtout en Espagne dans les campagnes de 1812 et de 181 ^ le général Foy, loin de se reposer malgré les blessures qu'il avait reçues, avait consacré la dernière moitié de sa carrière à lutter,

dans la Chambre des députés, avec une rare énergie et une véritable éloquence, contre la réaction royaliste. Il avait surtout défendu l'armée et les souvenirs glorieux du drapeau tricolore. « C'était, dit M. de Barante (1), une sorte de religion qu'il professait avec un enthousiasme sincère et désintéressé ; en lui, elle se confondait avec l'amour de la liberté, avec la défense du territoire, avec le sentiment profond de l'indépendance nationale. Dans sa bouche, un tel langage n'avait rien de rhéteur ni de déclamatoire ; il ne blessait personne, en exprimant avec chaleur ce qu'il sentait avec vérité. D'ailleurs, il avait quelque chose de franc, d'ouvert, de généreux, qui n'excitait pas les haines politiques et calmait les irritations passagères de la discussion. »

Villemain, à une leçon duquel le général Foy avait voulu assister, en trace à son tour un beau portrait : « Ayant, dit-il, à peine dépassé le milieu de la vie, quoique d'apparence moins jeune que son âge, non pas fatigué ou refroidi, mais cicatrisé par la guerre, le général Foy, avec son front large et chauve, où retombaient de loin quelques mèches de cheveux blanchis, son profil ouvert et martial, et surtout le feu incessamment mobile de ses regards, portait en lui une sorte de fascination, de séduction impérieuse, donnée bien rarement à l'homme de tribune, et sous laquelle j'avais vu souvent s'incliner l'esprit de parti et se courber, en frémissant, l'intolérance politique (2). »

Malgré une froide pluie de novembre, cent mille personnes accompagnèrent au cimetière du Père- Lachaise les restes de l'homme qui s'était fait l'interprète de toutes leurs plaintes, l'écho de leuis douleurs, le vengeur de leurs insultes. Des jeunes gens s'emparèrent du cercueil et le portèrent sur eurs épaules. L'immense cortège se déroula tout le long de la ligne des boulevards et on n'arriva au Père-Lachaise qu'à la nuit ; les torches rendirent encore plus saisissant le tableau de ces funérailles, dont le caractère lugubre s'effaçait devant le triomphe décerné à l'orateur libéral. Le cimetière ne put contenir toute la foule. Casimir Périer ayant, dans son discours, annoncé que le général Foy laissait sa veuve et ses cinq enfants sans fortune, une voix s'écria : « La France les adoptera! » Des applaudissements répondirent et, dès le lendemain, des listes de souscription furent ouvertes; un million fut recueilli.

(1) Études historiques et biographiques, tome I, p. 320. {i) Villemain, Souvenirs contemporains .

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XVl. — LA CONGRÉGATION. — LA LOI SUR LA PRESSE

Dans la session de 1826, une loi fut proposée, qui taisait revivre le droit d'aînesse dans les familles payant 300 francs d'impôt foncier. On revenait ainsi à la formation d'une classe privilégiée, on ruinait l'égalité civile, consacrée par le Code Napoléon et qui est une des conquêtes de 4789. Après de longues discussions, la Chambre des Pairs rejeta l'article qui rétablissait le droit d'aînesse. Ce vote excita une vive allégresse à Paris : toutes les maisons des quartiers commerçants s*illuminèrent.

A la même époque, un écrivain royaliste et religieux, M. de Montlosier, attaquait une association redoutable, la Congrégation, et publiait un ouvrage intitulé : Mémoire à consulter sur un système religieux et -politique, tendant à renverser la religion, la société et le trône. Sous la République, des fidèles se réunissaient secrètement pour célébrer les cérémonies du culte proscrit. Une de ces réunions, qui se tenait à l'ancien séminaire des Missions Étrangères, rue du Bac, subsista, lors même que la persécution fut passée. De là se forma une assemblée séculière telle que les Jésuites en organisent sous le nom de Congrégation. Elle s'étendit en 1814; quelques-uns de ses membres, élus députés, la mêlèrent à la politique : on y discutait d'avance les propositions h faire à la Chambre. Sous la direction du P. Ronsin, elle se développa rapidement, les princes s'y associèrent et la Congrégation devint le vrai gouvernement, lorsqu'un de ses afiidés, le comte d'Artois, monta sur le trône. Elle multiplia son intluence par la création d'une multitude de sociétés indépendantes, mais subissant et répandant son esprit.

On ne pouvait plus nier l'cxisience de celte puissance occulte, et le ministre des affaires ecclésiastiques, révêque d'Hermopolis, Frayssinous, l'avoua à la tribune, tout on la défendant (23 mai 1826). Le lendemain, il iît un pas de plus, en avouant aussi qu'on tolérait les établissements des Jésuites, bien que leurrelour n'eût pasété autorisé. Le comte de Montlosier, déposa aussi contre la société de Jésus une dénonciation formelle. La Cour royale se déclara incompétente, mais les considérants de son arrêt proclamèrent les principes de cette société « incompatibles avec l'indépendance de tout gouvernement et bien plus incompatibles encore avec la Charte constitutionnelle. » Dans plusieurs déparlements, il y eut des troubles à l'occasion des missions que le clergé multipliait : à Rouen, le 18 mai; à Brest les 14, 17 octobre; à Lyon, le 31 octobre.

La liberté de la presse avait favorisé la réaction

contre le parti qui compromettait la religion en l'associant à la politique : aussi ce parti sut-il obtenir du ministère, dans la session de 1827, un projet de loi qui ne permettait la publication d'aucun ouvrage que cinq jours après le dépôt; augmentait considérablement le prix des livres en frappant les feuilles d'un droit de timbre; limitait à cinq le nombre des propriétaires d'un journal et rendait ces propriétaires responsables de la conduite du journal ; graduait de 2,000 à 20,000 francs les amendes et multipliait les délits. En un mot, Casimir Périer n'exagéra nullement, quand il traduisit ainsi ce projet ; « L'imprimerie est supprimée en France et transportée en Belgique, au profit de l'étranger et des pays libres. »

De nombreuses pétitions d'imprimeurs furent soumises à la Chambre des députés; l'Académie française adressa au roi une respectueuse suj)plique que Charles X ne voulut point recevoir et dont les rédacteurs furent destitués de leurs emplois. La discussion s'ouvrit h la Chambre des députés le 14 février et fournit à Royer-Collard l'occasion de prononcer un de ses plus beaux discours. « Dans la pensée intime de la loi, dit-il, il y a eu de l'imprudence, au grand jour de la création, a laisser l'homme s'échapper libre et intelligent au milieu de l'univers. » La Chambre, après de vifs débats, n'en adopta pas moins le projet ministériel. La résistance devait venir d'ailleurs.

La Chambre des pairs s'inquiétait de la marche du ministère. Elle n'était point aussi dévouée k Villèle que la Ciiambre des députés, où le ministre perdait môme du terrain. Un outrage fait aux restes d'un des membres les plus illustres de leur assemblée indigna encore les Pairs. Le duc de La Rochefoucault-Liancourt avait fondé un grand nombre d'établissements utiles. A ses funérailles, des jeunes gens de l'école de Chàlons demandèrent à porter le cercueil : la famille le leur permit. Mais le duc était disgracié depuis longtemps, à cause de sa franchise ; la police intervint ; une rixe s'engagea et le cercueil roula dans la boue. L'impression profonde produite par ce scandale durait encore, lorsque le projet de loi si fatal aux livres et aux journaux fut présenté à la Chambre des Pairs. Une vive opposition éclata. Le ministère se vit obligé de retirer le projet de loi. La population parisienne manifesta sa joie par des illuminations brillantes et célébra cet événement comme une victoire (17 avril 1827).

Mme,

FUNÉRAILLES DU DUC DE LAROCnEFOUCAULT-LIANGOURT (lE CERCUEIL ROULA DANS LA BOUE)

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