XXV. — LES JOURNÉES DE JUILLET 1830. — PRISE DU LOUVRE
Le jeudi 29 au malin, l'insurrcclion était maî- Iressc de Paris et les ministres hésitaient encore à conseiller au roi le retrait des ordonnances. Deux membres de la Chambre de^ i)airs,de Sémonville et d'Aigout, les pressaient pourtant de prendre une résolution. Les ministres crurent qu'ils avaient le loisir d'aller tenir une conférence à Saint-Gloud avec le roi. D'ailleurs, dit Guernon-Ranville, au moment de partir nous désirâmes savoir du marjchal ce qu'il jiensait de si position militaire; après nous avoir donné le détail des troupes qui occupaient le Louvre, le Carrousel, la rue Saintllonoré, celle de Uivoli et les quais, depuis Saint- Germain-l'Auxerrois jusqu'au pont Louis XVI,ain3i ({ue toule la ligne des Tuileries à Saint-Cloud, il finit par ces mots que la suite a rendus remarquable?: « Vous pouvez assurer au roi que, quoi qu'il arrive, et sans avoir besoin de nouveaux renforts, la population tout entière de Paris s'armât-elle contre moi, je puis tenir ici i)endant quinze jours... Oui, cette position est inexpugnable et j'y tiendrais contre tout Paris pendant quinze jours. »
Il parlait au point de vue militaire mais oubliait qu'il ne faisait point une guerre ordinaire, car les troupes sur lesquelles il comptait ne tardèrent pas à lui manquer. Le 53° régiment de ligne, le5® léger qui gardaient la place Vendôme, se laissèrent facilement circonvenir par la foule et firent défection à la condition qu'on ne les obligerait pas à tirer sur les autres troupes. Marmont dut à la hâte combler ce vide: il appela un des deux bataillons suisses qui défendaient le Louvre et lui prescrivit de se porter au débouché de la rue de Castiglione. M. de Salis, qui commandait l'autre bataillon, reçut un ordre de concentration qu'il interpréta comme un ordre de retraite. Bientôî, les citoyens qui bloquaient le Louvre, ne voyant plus de soldats aux fenêtres, s'enhardissent, montent, envahissent les galeries. Un cri retentit: «Le peuple est dans le Louvre w. Les Suisses s'enfuient dans la cour du Carrousel : ils jettent le désordre dans les autres troupes; la panique est générale. Marmont essaye en vain de retenir les fuyards, de rétablir le combat: il esteniraîné: le château est abandonné, puis le jardin des Tuileries. Les groupes nombreux qui, depuis le matin, liraient de la rive gauche sur le pavillon de Flore, franchissent le pont Royal, pénètrent dans les Tuilerie 5 et le drapeau tricolore flotte au sommet du pavillon ceniral de l'Horlo2fe. La victoire est comnlèlo.
A midi les troupes étaient en pleine relraile sur le bois de Boulogne. Cette bataille, dite des trois journées, avait coulé à la population 5208 tués, et 781 à l'armée. Elle se prolongea pourtant encore sur la rive gauche de la Seine où des groupes, conduits par des élèves des Écoles, axttaquèrent la ca- Forne de la rue de Babylone occupée par des Suisses : c'est là que fut tué Vaneau, élève de l'École polytechnique.
La population ne souilla point sa victoire par le ))illagc. On ne vit pas ee rc;)roduire le massacre des Suisses du 10 août 1792. Tout soldat désarmé élat respecté et les maisons s'ouvraient aussi bien pour les soldats blessés que pour les citoyens. Maîtres -o des établissements publics, des palais, du trésor, la foule les protégea au lieu de les dépouiller. De l)auvies ouvriers montaient la garde dans les musées, aux portes des appartements royaux. Noble désintéressement qui démontrait les progrès de la moralité publique.
A Saint-Cloud les ministres allaient se réunir en conseil lorsqu'on apporta les désastreuses nouvelles de la prise du Louvre et des Tuileries. Le conseil fut un peu retardé par l'arrivée du duc de Raguse qui entra sur-le-champ chez le roi. « Sire, dit-il, c'est une campagne manquée ; j'ai la douleur d'annoncer à Votre Majesté que je n'ai pu maintenir son autorité dans Paris ; les Suisses que j'avais chargés de la défense du Louvre, saisis d'une terreur panique, ont abandonné ce poste important ; entraîné moi-même dans une déroute générale, je n'ai pu rallier mes bataillons qu'à l'Étoile et j'ai donné l'ordre de continuer le mouvement de retraite sur Saint-Cloud. Uue balle dirigée contre moi a tué le cheval d'un officier à mes côtés; je regreth^ qu'elle ne m'ait pas traversé la tête, la mort me serait moins affreuse que le triste spectacle dont je viens d'être témoin. »
Charles X avait perdu sa capitale mais non se-i illusions. M. de Polignac ne cessait de prêcher la résistance. Le commandement supérieur des Ironises fut donné au Dauphin, le duc d'Angoulême. En vain les personnages les plus dévoués à la monarchie priaient-ils le roi de céder, de ne plus perdre de temps. L'après-midi du jeudi se consuma en délibérations vaines. Enfin, vers cinq heures, le roi se rendant un compte plus exact de la situation, consentit à charger deux pairs de France, MM. de Sémonville et d'Argout qui étaient venus de Paris, à portera la capitale la nouvelle du retrait de 5 ordonnance?.
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