‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 21 sur 86 · XXVI. — ABDICATION DE CHARLES X · texte numérisé non relu

XXVI. — ABDICATION DE CHARLES X

Les concessions venaient trop lard. Les députés qui avaient pris le pouvoir en main et qui avaient nommé une commission municipale, se demandaient si le peuple, accepterait, pour prix de tant de sang versé, un changement de ministère. Ils craignaient encore le roi qui pouvait disposer de forces considérables à Saint-Cloud, et peut-être auraient-ils, à cette heure, accepté de conserver la dynastie avec le jeune duc de Bordeaux, mais la cour demeurait inerte et la journée du vendredi devait achever la ruine des espérances royales. Les partisans du duc d'Orléans, à la tête desquels se trouvait Laffilte, en avaient profité pour faire déclarer le duc d'Orléans lieutenant général du royaume.

A Saint-Cloud, quoique les négociations fussent entamées, on se préparait à recommencerlalutte. Les ministres démissionnaires se tenaient toujours près du roi et faisaient des plans. Le Dauphin passait la revue des nouvelles troupes qui arrivaient mais sur lesquelles on ne pouvait guère compter, car les défections continuaient. Marmont, pour arrêter ces défections, rédigea un ordre du jour par lequel il annonçait aux troupes le retrait des ordonnances et les négociations engagées. Sans s'inquiéter du Dauphin, devenu le général en chef, il fit lire cet ordre du jour. A ce moment, au contraire, le duc d'Angoulême, hostile à toute concession, faisait rédiger une proclamation pour encourager les troupes h la lésistance. Apprenant la publication de l'ordre du jour du duc de Raguse, il entre dans une violente colère et fait appeler le maréclial.

Ils étaient seuls tous deux dans le salon vert. Après quelques paroles vives, le dauphin s'écria : «Est-ce que vous voulez nous trahir aussi...? » A ce mot, le maréchal porte la main k son épée; le prince, qui voit le mouvement, s'élance, arrache l'ép;je du fourreau, en se blessant légèrement à la main, et, la jetant sur le parquet, il saisit le maréchal au collet et le renverse sur un canapé en appelant à lui les gardes qui se trouvaient dans la pièce voisine. A ce même moment, l'officier de service, accouru au bruit, ouvrait la porte du salon. Le prince lâcha le maréchal, et ordonna à l'officier de l'arrêter et de le conduire aux arrêts forcés dans sa chambre. Le roi, instruit de cette étrange scène, en fit quelques reproches au Dauphin et exigea qu'il se réconciliât avec Marmont ; ce dernier fut immédiatement appelé et fit quelques excuses au Dauphin, qui lui pardonna aisément et lui dit : «J'ai quelques torts moi-môme, j'ai été trop vif, mais

votre épée m'a tiré du sang ; ainsi nous sommes quittes. » Et il lui tendit la main ^

C'est au milieu de ces scènes déplorables que se consumaient les dernières heures pendant lesquelles Charles X aurait pu au moins sauver la couronne de son petit-fils. Dans la nuit du vendredi au samedi 31 juillet, une panique se produisit. La duchesse de Berry demanda qu'on partît pour Versailles ; le roi, réveillé, quitta en toute hâte le château de Saint-Cloud et se dirigea sur Trianon.

Dans la journée du samedi, le Dauphin est témoin lui-même de la défection des soldats qui gardaient le pont de Sèvres. Le roi quitte Trianon et se dirige sur Rambouillet. Il arriva vers dix heures du soir à ce château où il était venu, le lundi précédent, avec tant d'insouciance. On apprenait que la révolution était acceptée partout. Charles X, faisant un pas de plus, consentit à reconnaître le duc d'Orléans comme lieutenantgénéral du royaume : il voulait paraître l'avoir désigné lui-même.

Le lundi 2 août, trois régiments de grosse cavalerie et le 2^°^® régiment de grenadiers à cheval de la garde retournèrent dans leurs garnisons. Charles X alors se résigna à abdiquer en faveur du duc de Bordeaux, son petit-fils. Le duc d'Angoulême, héritier du trône, mais n'ayant point d'enfant, et sachant d'ailleurs qu'il ne serait pas accepté parce qu'il représentait avec plus d'obstination encore que Charles X, les idées rétrogrades, renonça luimême à ses droits et reconnut son neveu. Le duc d'Orléans devait gouverner pendant la minorité du jeune Henri V, alors âgé de dix ans.

Cette concession arrivait encore trop tard et les Parisiens y répondirent en se mettant en marche sur Rambouillet. Six mille hommes de la garde nationale, suivis d'une foule désordonnée, partirent le 3 août dans la direction de Rambouillet. C'était une cohue joyeuse et peu redoutable qui avait réquisitionné tous les moyens de transports. Des hommes de tout âge et de tout costume, étaient perchés sur des voitures de toute sorte, calèches, cabriolets, charrettes; cette masse confuse et triomphante s'avançait au milieu de quelques bataillons réguliers de garde nationale et arriva exténuée à une lieue de Rambouillet. Son approche décida enfin Charles X à écouter les propositions des commissaires envoyés par le duc d'Orléans et à partir pour Maintenon.

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