‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 22 sur 86 · XXVII.— AVÈNEMENT DE LOUIS-PHILIPPE I" (9 août i83o · texte numérisé non relu

XXVII.— AVÈNEMENT DE LOUIS-PHILIPPE I" (9 août i83o

Le combat de juillet s'était terminé avant que les chefs de l'opposition eussent pu se mettre d'accord sur les conséquences de la révolution. La Fayette, considéré, dès le premier moment, comme le chef naturel de ce grand mouvement populaire qui venait d'assurer le triomphe des principes de 1789, avait été désigné par une acclamation unanime comme le commandant de la garde nationale reconstituée. Il inclinait vers la République, mais, ne se voyant pas soutenu par les journalistes et les députés qui avaient donné le signal de l'insurrection, il se contentait de maintenir un peu d'ordre dans la capitale si profondément troublée par une lutte de trois jours. Les députés les plus hostiles à Charles X entendaient borner le changement à une substitution de dynastie. Amis du duc d'Orléans, ils avaient pressé celui-ci de venir à Paris.

Le duc d'Orléans s'était, aux premières nouvelles du combat, gardé d'aller à Saint-Cloud où il craignait d'être arrêté. II n'avait pas non plus voulu aller à Paris et s'était confiné dans une retraite prudente, au Raincy. Sûr de la victoire du peuple, il écouta la proposition de ses amis, mais se montra fort perplexe car sa parenté avec Charles X lui créait une situation des plus délicates. 11 ne se décida à rentrer à Paris, au Palais-Royal, que le vendredi 30 juillet, dans la nuit, lorsqu'on l'eut nommé lieutenantgénéral du royaume. Les députés qui craignaient, si l'on perdait plus de temps la proclamation de la République, engagèrent le duc à se présenter hardiment à l'Hôtel de Ville où s'était installé un gouvernement, sous le nom de commission municipale. Une proclamation est répandue le samedi 31 juillet annonçant la nomination du duc d'Orléans comme lieutenant-général du royaume et se terminant par ces mots : « Les Chambres vont se réunir ; elles aviseront aux moyens d'assurer le règne des lois et le maintien des droits de la nation. La charte sera désormais une vérité. » Les députés partisans du duc d'Orléans viennent le chercher au Palais-Royal et le conduisent à l'Hôtel de Ville. Le duc d'Orléans était à cheval et avançait difficilement dans les rues dépavées et encore hérissées de barricades qui n'étaient qu'cà moitié détruites. Les cris favorables dominaient, mais ils diminuèrent lorsqu'on entra dans les quartiers populeux qui entouraient l'Hôtel de Ville. Enfin le duc arriva au perron : « Vous voyez, dit-il, un ancien garde national de 89 qui vient rendre visite à son ancien

général. « La Fayette remet au duc d'Orléans un drapeau tricolore et le conduit à une des fenêtres qui donnent sur la place. Une immense acclamation s'élève et redouble quand on voit le duc embrasser La Fayette. Dès ce moment le duc d'Orléans put se considérer comme accepté de la population, mais La Fayette entendait poser des conditions: « Ce qu'il faut aujourd'hui au peuple français, disait-il, c'est un trône populaire entouré d'institutions républicaines. « On lui prête encore ce mot qu'il n'a pas prononcé : « Prenez-le (en parlant du duc d'Orléans), c'est la meilleure des républiques. »

Bientôt l'abdication de Charles X et du Dauphin augmentèrent les espérances du duc d'Orléans. Le 3 août, le jour même oîi les Parisiens marchaient sur Rambouillet, il ouvrait les séances de la Chambre que le roi avait voulu dissoudre et les 221 se montrèrent disposés à franchir le dernier pas en conférant la couronne au duc d'Orléans. Quoique fort diminuée par l'éloignementdes députés légitimistes, la Chambre qui ne comptait plus que 232 membres au lieu de 406, ne s'en mit pas moins en devoir de réviser la Charte et de constituer un gouvernement définitif. Après de vives discussions on s'accorda pour faire à la Charte de 1814 les modifications suivantes :

Suppression du préambule « comme blessant la dignité de la nation et paraissant octroyer aux Français des droits qui leur appartiennent essentiellement ». Suppression de l'article 6 qui reconnaissait une religion de l'État; on le remplaça par un article qui établissait l'égalité des cultes. Abolition de la censure ; suppression de l'article 14 dont s'était autorisé Charles X pour rédiger les ordonnances. On se hâta d'ajouter à la Charte des dispositions particulières qui promettaient l'application du jury aux délits de la presse et aux délits politiques, la responsabilité des ministres et des autres agents du pouvoir, la réélection des députés promus à des fonctions publiques, le vote annuel du contingent de l'armée. La Chambre vota ensuite sur la proposition qui demandait la transmission de la couronne au duc d'Orléans: 250 députés étaient présents, 210 voix contre 33 adoptèrent la proposition. Le soir, une députation de la Chambre porta ce vote au Palais-Royal ; le 9 août le duc d'Orléans se rendit au Palais-Bourbon où il accepta le titre de roi des Français. Charles X n'était pas encore sorti de France que le règne de Louis-Philippe I®'" était commencé.

XXVIIl, — LE ROI LOUIS-PHILIPPE P

Lenouveau roi avait alors cinquante-sept ans. Né à Paris le 6 octobre 177 >, il avait été témoin du mouvement de 1789 et y avait pris part. En 1792, jeune duc de Chartres, il avait couru aux frontières et s'était distingué à la bataille de Valmy et à celle de Jemmapes. Sauvé de France après le 21 janvier 1793, il s'étnit d'abord arrêté dans la petite ville de Zug, en Suisse. « Mais, en butte au magistrat de cette ville, qui se montrait fort mécontent d'avoir à réfugier un proscrit de la République française, il reprit une vie errante à travers la Suisse, souvent rebuté, souvent menacé de la misère, jusqu'au commencement d'octobre, que, venu à Lucerne, il se trouva tout heureux d'obtenir sous un nom étranger, après examen de capacité parfaitement soutenu, une place de professeur de mathématiques et de langues modernes, dans le pensionnat établi au village de Reichenau. Ce fut dans cet asile, qu'avec 1400 francs de salaires laborieusement gagnés, il passa quinze mois, et devint duc d'Orléans par la mort cruelle de son père, mais duc d'Orléans proscrit, ruiné, séparé du monde et ayant tout k faire pour remonter de degrés en degrés jusqu'au point d'où sa famille était si effroyablement déchue ^ » Après un voyage aux États-Unis, il avait fixé sa résidence en Angleterre où il s'était réconcilié avec la branche aînée de sa famille.

De retour en France, en 1814, il avait blâmé la politique de Louis XVII I et n'avait pas voulu le suivre à Gand pendant les Cent-jours. En 1815 il avait, dans la Chambre des Pairs, protesté contre les rigueurs politiques. Aussi Louis XVIII le tint-il à l'écart. Moins défiant, Charles X ne s'oifensa point (les relations du duc d'Orléans avec les députés de l'opposition : il conseilla même au duc de Bourbon, le dernier des Condés, de laisser tous ses biens à la maison d'Orléans.

Sur le trône, Louis-Philippe conserva les mœurs simples, graves et modestes qui l'avaient déjà signalé au respect de tous comme prince. Uni à une femme pieuse et douce, Marie-Amélie de Sicile, qu'il avait épousée en 1809, il se plaisait dans la vie de famille pour laquelle il semblait plutôt né. Fier de ses nombreux enfants 2, il leur avait fait donner

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