XXIX. — LE PROCES DES MINISTRES DE CHARLES X
Durant les premiers mois, Louis-Philippe qui aimait les théories de ceux qu'on appelait les doctrinaires, Guizot et le duc de Broglic, favorables à l'autorité royale, ménagea pourtant les libéraux. La popularité des ministres qu'il avait choisis à la première heure lui permit d'affronter le périlleux procès des ministres de Charles X.
Les anciens ministres de Charles X étaient en effet enfermés à Vincennes. Louis-Philippe qui ne voulait pas imiter les rigueurs de la Restauration, redoutait pour eux une condamnation capitale. La Chambre des députés, sur la proposition de M. de Tracy, vota une adresse au roi et le pria de présenter le plus tôt possible un projet de loi supprimant la peine de mort. Le roi reçut l'adresse et promit le projet de loi (9 octobre). La foule, désireuse de se venger du sang versé en juillet, interpréta ces démonstrations comme un gage d'impunité pour les ministres signataires des ordonnances. Le 18 octobre, des attroupements tumultueux se portèrent au Palais-Royal, poussant des cris sinistres. Refoulée, elle se dirigea sur Vincennes, où elle fut maintenue par la fermeté du général Daumesnil, mais elle revint encore sur le Palais-Royal et ne fut dissipée qu'avec peine. M. Odilon Barrot, préfet de la Seine, rejeta, dans une proclamation, la responsabilité de CCS désordres sur l'adresse présentée au roi. Les doctrinaires exigèrent la destitution de M. Odilon Barrot. Cette destitution leur ayant été refusée, ils quittèrent les affaires (2 novembre), laissant Laffitte recomposer un ministère dominé par Dupont de l'Eure dont le libéralisme était bien connu.
Deux jours après la mort de Benjamin Constant, qui avait encore réveillé l'agitation, les ministres de Charles X furent transférés de Vincennes à la prison du Luxembourg (10 décembre). Le 15 décembre, le prince de Polignac, Peyronnet, Chantelauze, Guernon de Banville comparurent devant la Chambre des Pairs. L'interrogatoire et les dépositions des témoins ne furent qu'une longue en- (luète sur les causes, le développement, les épisodes (le la révolution de juillet. Guornon de Ranvillc affirma qu'il avait toujours combattu les ordonnances. Alors pourquoi les avait-il signées ? La Cour des Pairs, dans la nuit du 21 décembre, condamna les accusés à la détention perpétuelle. Avant que l'arrôt fût prononcé, les prisonniers avaient été ramenés à Vincennes, sous bonn escorte.
Pendant toute la durée du procès, le Luxembourg avait été entouré de groupes menaçants que conte-
nait à grand'peine la garde nationale, animée à peu près des mêmes sentiments. Le 21 décembre, on put craindre que l'artillerie de la garde nationale établie au Louvre ne fit cause commune avec le peuple. Le 22, lorsque l'arrêt de la Cour des Pairs fut répandu, des rassemblements se formèrent, les écoles se réunirent sur la place du Panthéon. La garde nationale semblait peu disposée à réprimer l'émeute. C'est alors que l'intervention des ministres de Louis-Philippe lui fut utile et que la popularité de la Fayette prévint les plus grands maiheurs. Celui-ci ne put ramener l'ordre qu'en promettant de faire rectifier la marche du gouvernement.
Mais le roi délivré du péril, ne songea qu\à écarter la Fayette, dont la dictature populaire lui portait ombrage. On reconduisit par un vote de la Chambre qui supprimait le commandement général des gardes nationales du royaume ^24 décembre^. La Fayette, sans attendre que la loi fût portée à la Chambre des Pairs, donna sa démission. Dupont de l'Eure quitta aussitôt le ministère (27 décembre). Laffitte, moins hardi que ses deux amis, ne crut pas devoir abandonner la présidence du conseil. Mais son indécision allait bientôt le mettre dans une position fausse.
Les carlistes, on donnait alors ce nom aux poîtisans du duc de Bordeaux, profitaient des embarras du gouvernement pour se réorganiser. Le 14 février 18 j1, ils célébrèrent dans l'église de Saint-Germain-l'Auxerrois un service funèbre pour l'anniversaire de la mort du duc de Berry. Cette cérémonie excita une vive fermentation. Une foule irritée saccagea le presbytère et l'église de Saint- Gcrmain-l'Auxerrois, puis se porta vers l'archevêché qu'elle bouleversa de fond en comble. Des scènes semblables éclatèrent dans les provinces. On poursuivit tout ce qui rappelait le. règne de la branche aînée des Bourbons. Le roi effaça les fleurs de lis des armes de sa maison.
Les hésitations perpétuelles du gouvernement le frappaient d'impuissance. A la fin de février 1831, l'anarchie était réelle. Le peuple, mécontent de la politique intérieure, l'était encore plus de la politique extérieure. A ce moment le roi refusait la couronne de Belgique pour le duc de Nemours (17 février). Il ne faisait rien pour aider à la délivrance de la Pologne. Il ne voulait pas intervenir en faveur des Italiens, malgré les instances de Laffitte. Laffitte se relira.
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PROCES DES MIM3ÏRES DE CHARLES X