‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 25 sur 86 · XXX. — LA RÉVOLUTION EUROPÉENNE EN 1830. — LA POLOGNE · texte numérisé non relu

XXX. — LA RÉVOLUTION EUROPÉENNE EN 1830. — LA POLOGNE

De la Révolution de Juillet clait sortie une véritable révolution européenne. De Paris le feu gagna Bruxelles où les Belges supportaient impatiemment la domination du roi de Hollande. Le 23 août, on représentait au théâtre de Bruxelles le célèbre opéra de la Muette de Portici, dont le sujet est la révolte de Masaniello à Naples et où le compositeur français, Auber, a réussi à exprimer, par une musique vive et entraînante, les sentiments de liberté et de patriotisme. Au sortir du théâtre, la foule enthousiaste se répandit dans les rues, alla assaillir les maisons des journalistes hostiles et le palais du principal ministre, Van Maanen. Le 26 août, c'était une véritable insurrection; quelques jours après une révolution. Bientôt les exilés rentrent et organisent un gouvernement provisoire. Le 25 septembre, le second fils de Guillaume, le prince Frédéric, paraît devant Bruxelles avec des troupes hollandaises. Une lutte sanglante s'engage qui dure cinq jours. Retranchés derrière les barricades, les habitants de Bruxelles repoussent toutes les attaques. Le 5 octobre, ils proclament l'indépendance de leur pays. Un parti demandait la réunion à la France, mais l'intention, nettement formulée par Louis-Philippe, de refuser cette réunion déconcerta le parti français.

La Pologne surtout essayait de se délivrer de l'étreinte" douloureuse de la Russie. Les institutions accordées par Alexandre et garanties par l'Europe, en 1815, étaient tombées une à une sous l'incessante attaque de l'administration russe. Les continuelles violations de la liberté individuelle avaient ôté aux Polonais toute illusion et les avaient rejetés dans la voie de la résistance. Bientôt les journées de Juillet, le soulèvement de la Belgique, les agitations de l'Allemagne retentirent dans la malheureuse Pologne. Le czar Nicolas s'effraya de l'état révolutionnaire de l'Europe. Il semblait disposé à reprendre contre la France les projets de la Sainte- Alliance. Le soulèvement de la Pologne l'obligea à détourner son attention de l'Occident. L'avantgarde, suivant une expression de La Fayette, s'était retournée contre le corps de bataille.

Dans la soirée du 29 novembre 1830, au signal donné par deux incendies, l'insurrection éclate à Varsovie. Assailli à l'improviste dans le château du Belvédère, le grand-duc Constantin fut obligé de s'enfuir. Bientôt maîtresse d'elle-même, Varsovie négocia avec lui la retraite des troupes russes. Mais dès lors reparut le mal qui avait causé la

ruine de la Pologne : les divisions intestines. L'empereur de Russie mit à profit le temps perdu par les Polonais. Une bataille acharnée, qui dura deux jours, se livra à Grochow (19-20 février 1831). Les Russes, malgré la supériorité du nombre, ne purent ébranler les Polonais qui néanmoins se virent, plusieurs jours plus tard, obligés de battre en retraite et de livrer une seconde bataille, non moins meurtrière, à Praga (25 février).

Des succès à Waver, à Dembé, à Iganie (marsavril) rétablirent néanmoins leurs affaires et un secours de l'Occident, à cette époque, les eût sauvés. Les Polonais imploraient, attendaient ce secours : ils négociaient, tandis que les armées russes se reformaient. Sur les bords de la Narevv, affluent de la Vistule, s'engage une nouvelle bataille plus sanglante encore que les précédentes, la journée d'Osti'olenka, où les Polonais, sans être vaincus, firent des pertes considérables (12 mai) ; ils reculèrent de nouveau jusqu'.à Varsovie. Ils tournèrent encore, mais en vain, leurs re^'ards vers la France. Ce fut l'armée russe qui arriva commandée i)ar le prince Paskiewitch.

Alors le parti exalté à Varsovie reprocha à l'aristocratie d'avoir paralysé les efforts du pays ; les clubs retentirent de motions menaçantes. Paskiewitch franchit la Vistule et marcha sur Varsovie. Dans la nuit du 15 août, une foule furieuse, résolue à une défense désespérée, renversa le gouvernement, massacra ceux qu'elle appelait les traîtres. De tels excès ne sauvent pas une ville. Le 6 septembre, la formidable artillerie des Russes tonna contre le fort de Wola que, malgré leur énergique résistance, les Polonais se virent obligés d'abandonner. Le 8 septembre 1831, les Russes occupaient la capitale.

Une autre contrée tournait alors vers la France ses regards et ses espérances ; l'Italie. Elle aussi devait être déçue dans son attente. Le 2 février 1831, le conclave avait proclamé souverain-pontife Grégoire XVI, hostile à l'esprit du temps. Une insurrection éclata dans les Romagnes (4 février). Les princes autrichiens de Modônc et de Parme abandonnèrent leurs États. L'archiduchesse de Toscane, Marie-Louise, transporta son gouvernement h Plaisance. Dans les Légations, Urbin, Pesaro, Fano, Senigagliase déclarèrent. Ancône adhéra à la révolution, l'Ombrie suivit l'exemple de laRomagne et le gouvernement pontifical fut déclaré aboli à Pérousc, Spolète, Foligao, Narni.

XXXI. — LE MINISTÈRE DE CASIMIR PÉRÏER (la mais i83i - ic mai i832)

Le gouvernement de Louis-Pliilippe avait réagi ju?quc-là contre la Révolution dont il était sorti, mais en sauvant les apparences : en 1831 il ne i^arda même plus ces apparences. Le président de la Chambre, un des libéraux de la Restauration, Casimir Périer, préoccupé du danger que faisaient courir à l'institution monarchique les progrès de la démocratie, constitua un nouveau ministère (13 mars 1831).

Homme d'une rare fermeté, Casimir Périer avait dicté h Louis-Philippe ses conditions. Témoin de l'impuissance des cabinets précédents, qui manquaient de cohésion, il concentra réellement l'autorité entre ses mains. Dominant ses collègues, s'imposant au roi, sub'uguant la Chambre des députés, il donna libre cours îi son caractère allier. 11 i)rit la royauté en main, l'anima de sa vigueur, et pratiqua, non sans quelque grandeur, une politique souvent étroite et presque toujours impopulaire.

Le nouveau iiiinisLre trouvait l'émeute presque continuelle dans les rues, et l'Europe en feu. Il ne voulut prêter à aucun peuple l'appui de la France. Il posa hautement le principe de la paix et de la non-intervention, déclara qu'il n'interviendrait dans les affaires d'aucune nation, mais en même temps qu'il ne souffrirait pas que personne y intervînt. Il annonça en outre la ferme intention de rétablir au dedans l'ordre légal.

Le 20 mars, CasimirPérier décida Louis-Philippe, qui n'avait pas quitté le Palais-Royal, à aller habiter les Tuileries. Puis il fit opérer de nombreuses destitutions, rappela les fonctionnaires de tout rang à la stricte observation des lois et veilla à la rigoureuse répression des émeutes.

Bien qu'il eût l'appui de la Chambre, Casimir Périer, avait voulu donner satisfaction à l'opinion en provoquant de nouvelles élections. Avec la loi d'élection, qui, pour tout progrès, avait abaissé le cens électoral à 200 francs, on ne pouvait compter sur des députés animés d'un esprit différent. Presque tous les membres de l'ancienne Chambre furent réélus. L'opposition cependant disputa vivement au candidat ministériel la présidence de la Chambre, et Casimir Périer parla de se retirer. Mais les Hollandais envahissaient à ce moment la Belgique, dont la France avait reconnu l'indépendance. Casimir Périer resta au pouvoir et envoya en Belgique une armée française conduite par le maréclial Gérard.

Casimir Périer venait du reste d'étonner l'Europe par un acte énergique. Des négociants français avaient été, à Lisbonne, où régnait un usurpateur, don Miguel, victimes des plus indignes traitements. Une escadre, sous les ordres du contre-amiral Roussin, força les passes du Tage, i-épulées infranchissables, éteignit le feu des forts, qui essayèrent de l'arrêter, fit prisonnière l'escadre porlugaise et vint ranger ses vaisseaux devant les quais de Lisbonne (14 juillet 1831).

Le 27 août, un projet de loi qui abolissait l'hérédité de la pairie fut adopté par les députés ; mais pour le faire adopter par la Chambre haute dont il ruinait le privilège, Louis-Philippe créa trente-six nouveaux Pairs. Dans les derniers mois de l'année 1831, les désordres qui éclatèrent dans le royaume semblèrent défier tous les efforts de Casimir Périer. Dans le Midi, les légitimistes reparaissaient. A Paris, le 15 septembre, arriva la nouvelle de la prise de Varsovie par les Russes. Le 16, une émeute éclata. Casimir Périer et son collègue le général Sébastiani, entourés par la foule sur la place Vendôme, n'échapjèrent à sa colère que par leur ferme contenance. Le député Mauguin attaqua avec véhémence la politique extérieure du ministère, et Sébastiani eut le malheur de prononcer ta la tribune cette phrase cruelle : « Aux dernières nouvelles, la tranquillité régnait à Varsovie. » On a lait de cette phrase le mot célèbre : «L'ordre règne à Varsovie. » L'ordre y régnait, en effet, mais par la terreur.

A Lyon, une formidable insurrection de la popu- 1? lion ouvrière cffiaya toute la France. Le 21 novembre, les ouvriers descendent en masse de la Croix-Rousse, portant un drapeau sur lequel étaient écrits ces mots : Vivre en travaillant, ou mourir en combaitunt ! Une lutte sanglante s'engage qui dure deux jours; les troupes sont obligées d'évacuer la ville; l'insurrection reste maîtresse de Lyon pendant dix jours. Casimir Périer concentre aussitôt autourde Lyon une armée de 36,000 hommes. Le maréchal Soultet le jeune duc d'Orléans cntrcntsans résistance dans la ville; la garde nationale, dont une partie avait sympathisé avec les insurgés, est dissoute ; on n'inquiète pomt les ouvriers qui avaient pris les armes, on distribue de=i secours abondants et on rétablit l'ordre, sans toutefois modifier l'organisation industrielle, cause première de ces troubles aussi funestes pour les ouvriers que pour les patrons.

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