XXXIV. — LE COINYOI DU GÉNÉRAL LAMARQUE
Le gouvernement de Louis-Philippe ne tarda pas à s'apercevoir du vide produit par la mort de Casimir Périer. Les partis, reprenant confiance, relevaient la tête. La duchesse de Berry débarquait secrètement en France et allait soulever la Vendée. Le parti républicain, qui avait commencé à s'organiser et avait formé plusieurs sociétés, se déterminait à l'action et engagea sa première bataille dans les journées des 5 et G juin.
Le générai Lamarque, vétéran des guerres de la République et de l'Empire, et député de Topposition (département des Landes) venait de mourir le 2 juin. 11 avait presque atteint, par ses discours à la Chambre, la popularité, quoi qu'il n'en eût pas l'éloquence, du général Foy. Il avait surtout plaidé la cause de la Pologne et des réfugiés. Aussi son convoi devint-il l'occasion d'une immense manifestation à laquelle prirent part plus de vingt mille gardes nationaux, les écoles, et un grand nombre de corporations. En dépit de celte affluence, le cortège put traverser Paris pour se rendre au pont d'Auslcrlitz où les chefs de l'opposilion, la Fayette, Lafîittc, devaient adresser les derniers adieux h leur collègue dont le corps devait être mis ensuite dans une voiture pour être transporté à Saint-Scvcr. Bientôt l'animation de la foule croissant amène quelques rixes avec la garde municipale à cheval et avec des escadrons de dragons sortis de la caserne des Célestins. Le désordre devient extrême, des charges de cavalerie augmentent la colère du peuple. Des barricades sont construites dans le faubourg Saint- Antoine et dans le centre de Paris. Le soir du 5 juin, on peut se croire à la veille d'une révolution. Mais aucune direction ne préside à ce mouvement : Louis-Philippe averti accourt de Saint-Cloud et ranime le courage des troupes et des gardes nationaux qui sont massés aux Tuileries. Le maréchal de Lobau reçoit le commandement supérieur des troupes et le lendemain 6 juin le faubourg Saint-Antoine est repris.
La résistance se maintient cependant dans la rue Saint-Martin où les rues étroites qui environnent Téglise et l'ancien cloître de Saint-Merry, ont été fortifiées. La troupe et la garde nationale s'épuisent en attaques incessantes contre ces barricades que défendent une poignée d'hommes résolus : parmi eux on remarque un jeune homme, nommé Jeanne, qui dirige le combat avec intrépidité. Mais les cartouches manquent bientôt, la troupe enlève la
barricade et les combattants du cloître Saint-Merry, non soutenus, succombent ou sont fails prisonniers. Paris fut mis en état de siège.
A quelque temps de là, au mois de juillet, s'éteignait à Schœnnbrun, à l'âge de vingt et un ans, le fils de Napoléon 1°^", le duc de ReichstadL Cette mort semblait ruiner les espérances du parti napoléonien. En même temps le gouverncmeiU de Louis-Philippe triomphait des derniers efforts du parti légitimiste.
Le 28 avril, la duchesse de Berry avait débarqué près de Marseille, mais le mouvement sur lequel elle avait compté échoua. La duchesse alors n'hésita pas à traverser la France pour se rendre dans la Vendée. La Vendée de 18^2 n'était plus celle de 1793 : ce pays, sillonné de tous côtés par des routes, avait été enfin ouvert aux idées nouvelles ; cl si la fidélité à l'antique monarchie y demeurait une religion, elle n'inspirait plus de fanatisme. Ce fut surtout dans les châteaux et dans les campagnes qu'on songea à une prise d'armes. Un contreordre qui la retarda donna le temps au gouvernement de la prévenir : quatre départemenls furenl mis en état de siège (mai). Errant de ferme en ferme, la duchesse eut grand'peine à se dérober aux poursuites : elle parvint cependant à alleindre Nantes, où elle demeura cachée cinq mois entiers. Un juif converti, nommé Deulz, la vendit.
La maison des demoiselles Dubigny, où résidait la duchesse, fut investie, mais les perquisitions les plus minutieuses ne pouvaient faire découvrir sa retraite. La maison n'en demeura pas moins occupée militairement : deux gendarmes, ayant froid, firent du feu dans la cheminée de la chambre où ils se tenaient. Ce feu devint si vif que bientôt des voix se firent entendre : « Nous nous rendons ! » c'étaient la duchesse et ses compagnons qui se trouvaient, dans leur cachette située derrière la plaque de la cheminée, menacés d'être brûlés ou aspliyxiés. On éteignit le l'eu ; la plaque fut écartée et la'^duchesse de Berry se montra la première. La princesse fut conduite au château de Blaye où le gouvernement la retint prisonnière jusqu'à ce que la naissance de l'enlanl qu'elle portait alors dans son sein, eût divulgué le mariage secret que la veuve du duc de Berry avait contracté avec le comte Luchesi Palli, et qu'elle déclara devant les autorités françaises.
LE CONVOI DU GÉNÉRAL LAMARQUE (l832). — INSURRECTION DU CLOITRE SAINT MERRY