‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 29 sur 86 · XXXV. — PRISE D'ANVERS (23 déc · texte numérisé non relu

XXXV. — PRISE D'ANVERS (23 déc

Le gouvernement put dès lors sans trop d'effroi envisager l'avenir. Le 11 octobre 1832. Louis- Philippe organisa un ministère sous la présidence du maréchal Soult. GuizoL à l'instruction publique, Thiers à l'intérieur, de Broglie aux affaires étrangères en furent les chefs véritables. « C'est au cabinet du 11 octobre 1832, dit Guizot dans ses Mémoires, qu'on rapporte, en général, le premier essai de ce qu'on a appelé depuis le gouvernement parlementaire. Ce fut, effectivement, en vue du Parlement, ou, pour mieux dire, des Chambres et dans leur sein que le conseil fut choisi. » Ce ministère déclara qu'il continuerait la politique de résistance, mais sans pratiquer une politique stérile, et chercha à donner satisfaction aux intérêts moraux et matériels. C'est l'époque de la loi de Vinstruction primaire (1833), d'importants travaux publics, de la prise d'Anvers, qui assura Tindépendancc de la Belgique ("20 nov.-23 déc. 1832), du traité de la Quadruple-Alliance (22 avril 1834), pour la protection de l'Espagne constitutionnelle.

La France avait reconnu l'indépendance de la Belgique et Louis-Philippe avait refusé la couronne que les Belges offraient à son -fils le duc de Nemours. A la suite d'une conférence tenue à Londres, le prince de Saxe-Gobourg, Léopold, veuf d'une princesse anglaise fut reconnu roi, des Belges. Il était à peine entré à Bruxelles que le roi Guillaume de Hollande avait recommencé la guerre. Ses troupes s'étaient emparées de la ville de Diest et avaient battu (12 août 18 M) sous les murs de Louvain, l'armée où se trouvait Léopold. C'est alors que Casimir Périer avait envoyé une armée française sous les ordres du maréchal Gérard. L'Angleterre s'alarma, mais elle applaudit bientôt quand elle vit les Hollandais s'arrêter et les Français évacuer de leur côté la Belgique sans renverser même le lion érigé à Waterloo.

La conférence de Londres reprit le cours de ses travaux pour régler toutes les questions soulevées par l'affranchissement de la Belgique. Le roi Guillaume refusa d'accéder au traité qu'on lui imposait : il n'abandonna point les places que ses troupes occupaient. L'obstination de ce petit roi qui résistait à cinq grandes puissances, faillit rompre la conférence de Londres. Cependant l'Angleterre et la France tombèrent d'accord pour fixer un délai au delà duquel on emploierait la force pour réduire le roi Guillaume. Une convention du 22 octobre 1822 le fixa au 12 novembre.

Le 12 novembre, pas un soldat hollandais n'avait quitté Angers. Le 15 novembre, une armée française de 70,000 hommes entra en Belgique pendant qu'une flotte anglaise bloquait l'Escaut.

Le maréchal Gérard et le général du génie Haxo dirigèrent avec science et vigueur le siège de la citadelle d'Anvers, dont nous-mêmes, sous l'Empire, avions accru la force. Le 29 novembre, on ouvrit la tranchée : le feu commença le 4 décembre ; le 14, une large brèche fut ouverte, et nos soldats se lançant à l'assaut enlevèrent avec vigueur plusieurs ouvrages avancés. Le bombardement continua, et le 23 décembre, le commandant de la citadelle, le général Chassé, convaincu qu'il ne pourrait résister à un assaut, capitula. Toute la garnison sortit et déposa les armes. Le maréchal bérard alla rendre visite, avec les ducs d'Orléans et de Nemours, au général Chassé, qui les reçut dans une casemate h moitié défoncée par les boîiibes et les obus. « Général, lui dit le maréchal Gérard, votre belle défense vous a mérité pour toujours l'estime de mon pays. » Le même jour, 600 Français culbutaient 2,000 Hollandais sur la digue de Doel.

La prise d'Anvers releva notre situation en Europe, mais on se demanda, puisqu'il avait toujours fallu faire la guerre, s'il n'aurait pas mieux valu la faire pour placer sur le trône de Belgique un prince français. Louis-Philippe avait, le 9 avril de la môme année, accordé une de ses filles, la princesse Louise d'Orléans, au roi Léopold. Ce mariage n'atténua en rien la victoire de l'Angleterre, et si l'indépendance de la Belgique était pour nous un avantage, ce n'était pas celui que la nation avait espéré. D'ailleurs le Luxembourg restait au roi de Hollande et laissait notre frontière de l'Est découverte. La Belgique ne fut définitivement constituée qu'en 1838, par le traité des trente-quatre articles.

Le Congrès national de Bruxelles avait, dès ses premières réunions, doté le pays d'une constitution fondée sur les principes français, qui furent appliqués avec une hardiesse favorisée par l'étendue restreint.^ du nouveau royaume. Le roi Léopold I^' se montra, di-rant son long règne de trente-quatre ans (1831-1865), le modèle des souverains constitutionnels, et mérita une réputation du prince le plus sage, comme du plus modeste qu'on eut vu depuis longtemps.

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