‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 32 sur 86 · Bvoussn'is, Aperçu p/vjsipic de l'Algérie · texte numérisé non relu

Bvoussn'is, Aperçu p/vjsipic de l'Algérie

CONQUÊTE DE l'aLGÉRIE. — PRISE DE BONE (l83 2)

XXXVIÏ. — PREMIÈRE EXPÉDITION DE COJNSTANTINE (1836)

Kn i8o4 commença contre Abd-cl-Kader, bey de Mnacara, la longue lulle qui devait durer plus de douze ans. Les premières rencontres du g(''néral Trczel et d'Abd-el-Kader dans la province d'Oran ne furent pas heureuses pour nos armes. Mais lo maréchal Glauzel, nommé de nouveau gouverneur le 8 juillet 1835, fit, accompagné du duc d'Orléans, une brillante expédition contre Mascara. En 1836 il s'empara de TIemcen.

Abd-el-Kader avait, à l'ouest, essuyé une série de défaites qui le mirent pendant quelque temps dans l'impuissance de rien tenter contre nous. Le maréchal Glausel voulut profiter de ce répit pour étendî'e nos possessions d'un autre côté, vers l'est. La ])rovince de Constantinc (qui répondait à l'ancienne Numidie), devait accroître notre colonie d'un vaste et riche territoire.

L'expédition semblait facile. Une .'ntriguo ourdie promettait la prompte reddition de la place. Le maréchal Glausel partit le 9 novembre, malgré un temps affreux. La pluie, loin de diminuer, redoublait chaque jour de violence : les ruisseaux devenaient des torrents et la petite armée dut accomplir (le longues marches en souffrant beaucoup.

Lorsqu'on arriva sur les plateaux voisins de Gonstantine, les soldats furent assaillis par des vents froids et la neige. En dépit de tous ces obstacles les troupes atteignirent enfin Gonstanline. Gelte ville est assise ou plutôt perchée sur un plateau rocailleux entouré de trois côtés par un ravin profond. Dans ce ravin bouillonne, durant la mauvais(i saison, le Rummel, torrent qui est presque à sec eiT été. Aucune position n'est plus forte puisque la ville ne peut être attaquée que d'un côté. Les li'oupes françaises furent accueillies par une vive canonnade: une nombreuse cavalerie arabe tenait la campagne. Un chef kabyle hardi et renommé, Ben-Aïssa, dirigeait la résistance.

Le maréchal Glauzel n'avait pas assez de monde pour cerner la ville : il n'était pourvu ni de vivres, ni de munitions, car il avait d'abord cru partir pour un coup de main. Il tenta un assaut contre les deux portes d'El-Kantara et de Goudiar-AIli. Ni l'une ni l'autre de ces attaques ne réussit (:24 novembre). Il fallait donc un siège en règle, mais la petite armée n'avait pas amené de parc de siège. Le maréchal profita de la nuit pour replier toutes ses troupes, les concentrer, et commencer sa retraite.

Dès que le jour parut, la garnison de Gonstanline sortit pour atteindre nos dernières colonnes. Le com-

mandant Ghangarnier, qui couvrait avec son bataillon la marche de la division commandée par lo général de Rigny, aperçut trente ou quarante soldats courant à travers les Arabes pour tâcher de rejoindre la colonne française. G'était un poste qu'on avait oublié. Faisant sur-le-champ face en arrière, le commandant Ghangarnier mena au pas de charge son bataillon au secours de ces soldats éperdus et les recueillit presque tous, non sans perdre quelques-uns des siens. Puis, s'arrêtant de distance en distance à la faveur des plis de terrain, il contint à plusieurs reprises les Arabes acharnés à la poursuite, et donna ainsi aux divers corps le temps de se rejoindre et de s'organiser, selon les instructions du maréchal, en colonne de retraite. Vers onze heures, la marche d'ensemble commençait ; le bataillon du 2^ léger continuait à la couvrir ; on aperçut la cavalerie arabe d'Achmet-Bey se disposant à faire une charge générale. Dès qu'il la vit s'approcher, le commandant Ghangarnier forma son bataillon en carré, en s'écriant : ce Soldats, regardez ces gens-là, ils sont 6,000 et vous êtes 300, vous voyez bien que la partie est égale. » Puis, quand la nuée des cavaliers arabes fut à vingt pas, il commanda un feu de deux rangs à bout portant et sa troupe joncha le sol d'hommes et de chevaux. Les Arabes se replièrent en toute hâte. La garnison turque qui était sortie de Gonstantine sans prendre le temps de se pourvoir de vivres, y retourna pour prendre son premier repas. La colonne française continua sa marche en bon ordre. A la fin de ce jour, 24 novembre, quand lo bataillon du 2<= léger alla prendre sa place au bivac, il fut accueilli par les longs applaudissements de toutes les troupes, et le maréchal Glauzel vint porter lui-môme au commandant Ghangarnier ses cordiales félicitations.

Le lendemain, 25 novembre, on se remit en route et, pendant cinq jours, la retraite s'opéra, incessamment harcelée par les Kabyles, troublée par la pénurie des vivres, attristée par des accidents fâcheux et des pertes déplorables. Les chasseurs d'Afrique n'étaient plus qu'un régiment d'infanterie. Le maréchal Glauzel dirigea la retraite avec cette activité forte et celte fermeté d'àme qui inspiraient aux troupes la confiance dans leurs chefs, la résignation dans la souffrance et l'ardeur dans le péril. Le l'^"' décembre, la petite armée était de retour à Bône, bien diminuée, et cet échec causa en France une douloureuse surprise.

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