‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 33 sur 86 · RETRAITE DE CONSTANTINE. — LE COMMANDANT CIIANGARNIER · texte numérisé non relu

RETRAITE DE CONSTANTINE. — LE COMMANDANT CIIANGARNIER

XXXVIll. — COMBAT DE LA SIKKAH (1836). — TRAITÉ DE LA TAFNA (1837)

Les Français étaient plus heureux dans la province d'Oran, oii ils contenaient xibd el-Kader. Celui-ci avait sans doute repris Mascara, mais le maréchal Clauzel,au début de l'année iJîSôjravail empêché de reprendre Tiemcen. Celte position toutefois se trouva, au milieu de l'été, fortcompromise. Profitant de la rentrée en France de plusieurs régiments, car l'incertitude la plus grande régnait encore dans les conseils du gouvernement sur l'extension à donnera nos conquêtes en Algérie. Abdel-Kaderreparutplushardi. Un camp français établi à l'embouchure de la Tafna se trouva bientôt assoilli par plus de dix mille cavaliers. Une insurrection des tribus ([ui environnaient Tiemcen compliqua la situation, mais on envoya de ce côté le général Bugeaudqui avait déjà révélé de hautes qualités militaires, et une vive intelligence du genre de guerre qu'il fallait faire en Afrique.

Le général Bugeaud partit avec quelques régiments et se trouva bientôt presque enveloppé par les contingents d'Abd-el-Kadcr. Sans se déconcerter, il adopta une disposition de combat qui lui permit d'envelopper à son tour l'infanterie arabe et de l'acculer à des gorges où coulait la Sikkah, affluent de la Tafna (6 juillet 1836). Les chasseurs d'Afrique pressèrent les Arabes et les précipitèrent dans ces gorges affreuses au milieu desquelles, se cramponnant aux rochers, ces malheureux cherchaient en vain à fuir. Les Arabes périrent en grand nombre et laissèrent aux mains des Français de beaux trophées. Cette victoire facilita au général Bugeaud le ravitaillement de la place de Tiemcen.

Le maréchal Clauzel, au lieu de porter de ce côté son attention, crut devoir, à la lin de l'année 1836, entreprendre l'expédition de Gonstantine. Le malheureux dénouement de cette expédition ne pouvait manquer d'avoir son contre-coup dans la province d'Oran. Aussi le successeur du maréchal Clauzel, le général Damrémont, confia-t-il de ce côté le commandement au général Bugeaud qui reçut des pouvoirs très étendus. Abd-el-Kader occupait avec son armée les rives de la Tafna. 11 semblait qu'une lutte décisive allait s'engager. Mais on apprit bientôt qu'au lieu d'une bataille une entrevue avait eu lieu entre les deux adversaires.

Le 29 mai, le général Bugeaud s'était porté à trois lieues de son camp, avec six bataillons, quelques pièces d'artillerie et un peu de cavalerie. Il attendit cinq heures l'émir qui avait promis de venir. Abd-cl-Kadcr parut enfin, se détacha du gros de

son armée el s'avança n'ayant avec lui que 150 ou 200 cavaliers richement vêtus. Le général Bugeaud mil son cheval au galop, tendit la main à l'émir et l'invita à descendre de cheval pour la conférence. Après une courte conversation par interprète, le général et l'émir tombèrent d'accord. D'après le traité qui a gardé dans l'histoire le nom de traité de la Tafna, l'émir reconnaissait la souveraineté de la France à Alger et à Oran, mais dans la province d'Oran ne lui laissait que Mostaganem, Arzen et quelques points du littoral. Dans la province d'Alger, la France gardait Alger, le Sahel, la Mitidja, Blidah, Coléah. L'émir était reconnu comme gouverneur du reste de la province. Le général Bu geaud, en quittant Abd-el-Kader, lui adressa les paroles suivantes : Sais-tu qu'il y a peu de généraux qui enssent osé faire le traité que j'ai conclu avec loi ? Je n'ai pas craint de te grandir et d'ajouter à la puissance, parce que je suis assuré que tu n'useras de la grande existence que nous te donnons, que pour améliorer le sort de la nation arabe et la maintenir en paix et bonne intelligence avec la France. — Je te remercie de tes bons sentiments pour moi, répondit Abd-el-Kader ; si Dieu le veut, je ferai le bonheur des Arabes, et si la paix est jamais rompue, ce ne sera pas de ma faute. »

Ce traité fut blâmé par le général Damrémont, par le ministre de la guerre, par les Chambres. Il souleva une polémique violente en France et il était en effet bizarre et singulier. « Cette convention, écrivait le général Damrémont, rend l'émir souverain de fait de toute l'ancienne régence d'Alger, moins la province de Gonstantine et l'espace étroit qu'il lui a plu de nous laisser sur le littoral autour d'Alger et d'Oran. Elle le rend souverain indépendant, puisqu'il est affranchi de tout tribut, et qu'il entretiendra des agents diplomatiques chez nous, comme nous en entretiendrons chez lui. Et c'est lorsqu'on a réuni à Oran 15,000 hommes de bonnes troupes, DÎen commandées, abondamment pourvues de toutes choses, lorsque des dépenses considérables ont été faites, lorsqu'une guerre terrible, une guerre d'extermination a été annoncée avec éclat, que, sans sortir l'cpée du fourreau, au moment où tout était prêt pour que la campagne s'ouvrit avec vigueur, à Oran, comme à Alger, c'est alors, dis-je, que tout à coup on apprend la conclusion d'un traité plus favorable à l'émir que s'il avait remporté les plus brillants avantages. » Mais le roi Louis- Philippe était favorable au traité qui fut ratifié.

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