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XXXIX. — PRISE DE CONSTAINTIINE

Délivrée, pour un moment, d'Abd-el-Kader, la France, en 1837, reprit sur un plus vaste plan Texpédition de Conslantine. Le général Damrémont prépara avec activité et prudence cette seconde expédition (l^'^ octobre-3 novembre). Constantine fat investie, la tranchée ouverte, une brèche pratiquée dans les remparts, l'assaut fixé au 13 octobre.

« La matinée du 12 s'annonça tristement par la mort du gouverneur. Le général Damrémont fut frappé d'un boulet au moment où, dans la batterie, il examinait les progrès qu'avait faits l'ouvertuie pratiquée dans le mur par nos canons. L'artillerie française redoubla d'efforts. Une canonnade formidable répondit au malheureux boulet qui avait privé l'armée de son chef. En prenant le commandement de l'armée, le général Valée annonça en même temps qu'on eût à se préparer à donner l'assaut. La position de l'armée d'ailleurs était critique : les hommes, les chevaux mouraient de faim et de fatigue. La dyssenterie, la fièvre faisaient plus de victimes que les Arabes.

« Toutes les dispositions furentprises dans la soirée du 12, les corps et les officiers désignés. Chaque régiment devait fournir ses -compagnies d'élite. La colonne d'assaut devait se subdiviser en trois colonnes, sous les ordres des colonels Lamoricière, Combes, et du commandant Clerc. Tout le reste de l'armée, gardant les positions, était prêt à se porter partout où les circonstances l'exigeraient; mais les Arabes qui cherchaient à faire diversion et attaquaient de toutes parts, donnaient à chacun de l'occupation. Le général Valée avait voulu rendre la brèche encore plus praticable et notre artillerie foudroyait sans relâche la muraille pour nous préparer un passage. Vingt-cinq hommes de front pouvaient se présenter à la brèche.

Enfin, le signal est donné, la charge bat de toutes parts, la canonnade de 24 se lait comme par enchantement, elle est remplacée par des obus de 12 que Ton jette sans discontinuer dans la place. Le brave Lamoricière s'élance avec ses zouaves. Lui etle commandant Vieux, du génie, suivis du capitaine Garderens qui porte un drapeau, gravissent la brèche, où les couleur:* françaises flottent glorieuses.En quelques minutes, la première colonne couronne la brèche. La deuxième est prête à s'élancer quand la brèche sera débarrassée par la première colonne qui pénétrera dans la ville. Mais en arrivant sur la brèche, au lieu de pouvoir pénétrer dans la ville comme on le croyai t, la colonne est ai rê-

téepar un dcuxiènic ninr d'enceinte. Toutes les murailles, toutes les maisons, toutes les fenêtres sont garnies de turbans. C'est un mur de feu que l'on a devant soi. Les Français tombent mais ne reculent pas. A ce nouvel obstacle, le cri : Des échelles ! des échelles ! est partout répélé. Le génie dirige ses braves soldats sur la brèche; ils sont pourvus d'échelles, de haches, de cordes, de sacs à poudre. Alors seulement, et il s'est écoulé un grand quart d'heure depuis que la première colonne est partie, le général donne l'ordre à la deuxième colonne de faire son mouvement.

Pendant que cette colonne gravissait la brèche, les Français qui étaient entrés dans la ville, sont arrêtés court par une mitraillade infernale. Les Turcs, beaucoup plus nombreux, s'élancent de toutes parts sur nos soldats que la mitraillade a surpris et arrêtés ; et, malgré les cris et les menaces des officiers qu'ils entraînent eux-mêmes, nos soldats sont ramenés aussi vivement qu'ils étaient entrés. Puis, au moment où la brèche n'est pas encore entièrement franchie par les troupes de renfort, une terrible explosion retentit. Un silence de mort succède un instant au tumulte. Ceux qui lestent debout, repoussés par la force de l'explosion, cherchent un point d'appui sur leurs sabres, leurs voisins ou le mur à gauche. Les plus près du haut de la brèche essuient leurs yeux pleins de terre, de poussière et de poudre, et sont un moment suffoqués. Mais alors s'offre k tous les yeux le plus horrible spectacle. Les malheureux qui ont conservé leurs membres et qui ont pu sortir des décombres, fuient vers la batterie et descendent la brèche en courant et en criant : « Sauvez-vous, mes amis, nous sommes tous perdus, tout est miné. » Combes et Bedeau étaient sur le haut de la position. D'un commun accord ils élèvent leurs épéesen l'air, aux cris de ; En avant ! en avant ! L'explosion avait, dans son désastre, eu ce côté avantageux pour nous qu'elle avait arrêté les Turcs et facilité l'entrée de la ville ; une porte, une voûte et plusieurs maisons avaient sauté. Environ cent hommcsdes nôtres dorm.aient sous les décombres. Lamoricière blessé était emporté parles zouaves. Alors les Français se jetèrent dans la ville qui lut prise maison par maison, rue par rue, et ce massacre de part et d'autre dura trois heures. Le colonel Combes,, mortellement blessé, dit au général Valée : « Ceux qui seront assezheureuxpourrevenirde cet assaut-la pourront dire qu'ils auront vuunebelleetglorieusejournée)).

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