‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 35 sur 86 · XL. — L'ATTENTAT DK FIKSCHl · texte numérisé non relu

XL. — L'ATTENTAT DK FIKSCHl

A rintcricur, le gouvernement de Louis-Philippe ne cessait d'être en butte à des conspirations, des insurrections et même à des attentats dirigés contre la personne du roi. Le ministère du 11 octobre 1832, l'un des plus heureusement composés, s'était sans doute donné pour mission de continuer la politique de résistance contre les aspirations libérales du peuple, mais il avait cherché à donner satisfaction aux intérêts moraux et matériels. Puis ce ministère s'était divisé en 18J4 et des combinaisons diverses l'avaient prolongé tout en l'affaiblissant. Le duc de Broglie était devenu président du conseil en 1835 et Thiers, qui visait à la première place, avait gardé le ministère de l'intérieur.

Les partis s'enhardissaient. Au mois d'avril 1834, une seconde insurrection, plus sanglante que la première, avait éclaté à Lyon. Cette fois, la querelle des ouvriers en soieries avec leurs patrons ne fut qu'une occasion ; la guerre avait été organisée par les républicains. Un grand nombre de réfugiés entraient au même moment en France par la Savoie et se seraient joints aux insurgés, si on ne les eût arrêtés dans leur marche. Du 9 au 13 avril, Lyon fut livré aux horreurs de la guerre civile qui désola surtout le faubourg de Vaïse.

Lorsque la nouvelle des événements de Lyon arriva à Paris, les sociétés républicaines de la capitale crurent arrivé le moment d'agir. Un combat s'engagea dans la soirce du 13 avril et dans la matinée du 14. Il dura peu, mais trop longtemps encore, car il fut souillé par les déplorables massacres de la rue Transnonain. Chacune de ces insurrections était suivie de procès retentissants où les accusés et leurs avocats proclamaient leurs doctrines qui, portées par les mille voix de la presse, se répandaient dans tout le pays. Le procès des insurgés d'avril, fait par la Cour des Pairs, dura plus d'un an et amena les scènes les plus scandaleuses qu'on eût dû éviter par une amnistie.

De Taulonme de 18 .'4 à l'été de 1837, sept complots contre le roi furent découverts, et le 28 juillet 1835, un grand crime vint frapper d'horreur la population de la capitale.

C'était l'anniversaire de la victoire de 1830. Le roi passait sur les boulevards une grande revue de la garde nationale et de l'armée, accompagné de ses trois fils, le duc d'Orléans, le duc d'Aumale et le prince de Joinville, di^ plusieurs ministres parmi lesquels M. Thiers, duii nombreux état-major où se trouvaient les maréchaux Maison, Lobau et

Mortier. Louis-Philippe s'avançait entre les troupes, lorsqu'au boulevard du Temple, une formidable explosion enveloppa d'une nuée de balles le roi et son escorte Le maréchal Mortier était tué ; plusieurs généraux et officiers supérieurs blessés, des gardes nationaux, des spectateurs étaient frappés. Le roi n'avait pas été blessé. « Ceci est pour nous,avait-il dit, en voyant la lîammc qui annonçait le coup. » Il donna quelques ordres pour le soin des victimes, et avec un courage tranquille, continua la revue au milieu des cris de colère et des acclamations.

Quelques jours après, quatorze chars funèbres portaient aux Invalides la dépouille mortelle d'un maréchal de France, de plusieurs ouvriers et gardes nationaux et d'une jeune fille (5 août). Le misérable qui n'avait pas craint de semer ainsi la mort autour du roi pour l'atteindre plus sûrement, s'appelait Fieschi. Deux complices, Pépin et Morey, l'avaient aidé dans la construction de l'infernale machine. Tous trois subirent, le 19 février, à la barrière Saint-Jacques, la peine qu'ils n'avaicnl que trop méritée.

Effrayé d'un attentat qui révélait dans la société un mal profond, le ministère présenta à la Chambre des députés les lois de septembre. Ces lois interdisaient toute discussion sur le principe du gouvernement, défendaient de mêler la personne du roi à aucun débat, de se proclamer adhérent d'une autre forme de gouvernement, autorisaient le ministre de la justice à créer, en cas de rébellion, autant de Cours d'assises qu'il le jugerait nécessaire, attribuaient au jury le vote secret et réduisaient de huit à sept le nombre de voix nécessaires pour la condamnation. Elles éiigeaicnt certains délits de presse en attentats contre la sûreté de l'État, aggravaient la peine de l'emprisonnement et de l'amende, et exigeaient enfin des journaux un cautionnement plus considérable. Ces lois furent votées le 9 septembre, après de vives discussions.

Elles donnèrent plus de force au gouvernement, sans empêcher les crimes de se renouveler. Des exaltés firent des tentatives isolées dont la succession entrelii'.t le pays dans de perpétuelles alarmes (Alibaud, 25 juin 1836 ; Meunier, 27 décembre ; barmès, octobre 1840 ; Lecomte, avril 1846 ; Joseph Henri, 29 juillet ; Quénisset, le 13 septembre 1841, attentat à la vie du duc d'Aumale). Échappant à tous ces attentats, le roi Louis-Philippe fut un éclatant exemple de l'impuissance du crime.

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