‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 36 sur 86 · XLI. — L'AFFAIRE DE STRASBOURG. — MINISTERE MOLE · texte numérisé non relu

XLI. — L'AFFAIRE DE STRASBOURG. — MINISTERE MOLE

L'union du 11 octobre 1832 ne put se maintenir au delà de Tannée 1835. Giiaque fraction de la majorité dévouée à Louis-Philippe reprend alors sa liberté, chaque individualité tend à conquérir le premier rang. M. Thiers (22 février 1836) réussit tout il'abord à constituer un ministère progressiste : il voulut intervenir en Espagne oîi se débattait la question du gouvernement constitutionnel, de la monarchie libérale Le roi sV opposa et le comte Mole forma un nouveau cabinet qui dura peu (6 septem bre 1836 —5 avril 18 i7).

La révolution de 1830 avait été à la fois une réaction contre la monarchie absolue et contre les humiliations de 1815. Le gouvernement de Louis- Philippe avait replacé au sommet de la colonne de la place Vendôme la statue de Napoléon I°^ Au mois de juillet 1836, sous le ministère de M. Thiers, Louis-Philippe avait inauguré l'arc de triomphe de l'Étoile qui rappelait les vingt années de guerre soutenues par la France contre l'Europe.

Le prince Louis-Napoléon, dernier iîls survivant du roi Louis de Hollande et de la reine Hortense, devenu, par la mort du duc de Rcichstadt, Thérilier (le Napoléon I®»", pensa que ce réveil des souveniis de l'Empire pouvait favoriser le rétablissement de l'i^mpire lui-même. Le 28 octobre, il pénétra dans la ville de Strasbourg où il avait praliqué des intelligences, réunit pendant la nuit tous ceux qui étaient instruits du complot et assigna à chacun son rôle. Le matin à six heures, le colonel Vaudrey qui commandait un régiment d'artillerie caserne au quartier d'Austerlitz, rassemble ses hommes dans Il cour et les forme en carré. Presque aussitôt arrive le prince Louis en uniforme d'ofticier supérieur. Le colonel Vaudrey le présente aux soldats, annonce qu'une grande révolution commence, et les soldats répondent par des acclamations. Le prince parle à son tour, et montre aux soldats un aigle, les invitant à reprendre cet étendard d'Austerlitz et de Wagram. Le préfet, le général Voirol se trouvent arrêtés avant d'avoir pu se remettre de la première surprise et le prince se met en marche à la tête du ¥ d'artillerie vers la caserne Finckmalt pour gagner le 46*^ régiment d'infanterie. Mais les hommes n'étaient pas réunis, comme il l'avait espéré. Une scène confuse se produit: une partie des soldats fraternise avec le 4° d'artillerie, mais une autre hésite. Bientôt surviennent quelques officiers étrangers au complot et dévoués au gouvernement : ils maintiennent les soldats dans leur devoir et bientôt le prince

Louis se trouve entouré, captif. Le colonel Vaudrey, voyant la tentative manquée, ne voulut point engager de combat : il usa de son autorité pour faire rentrer le 4° d'artillerie à la caserne et se constitua prisonnier pour ne point séparer son sort de celui du prince et des officiers qui l'accompagnaient.

Embarrassé, le gouvernement de Louis-Philippe ne voulut point mettre le prince en jugement et le fit embarquer pour les États-Unis. Alors la Cour d'assises de Golmar acquitta tous ceux qui avaient aidé le prince dans son entreprise, môme les militaires. Cet acquittement détermina le ministère à présenter la fameuse loi de disjonction qui séparait les poursuites dans les procès où seraient à la fois impliqués des militaires et des personnes civiles, c'est-à-dire renvoyait les militaires devant les conseils de guerre dont la sévérité est plus grande, et les personnes civiles devant les tribunaux ordinaires. Cette loi fut rejetée (1837).

Cet échec et le mauvais accueil que reçut à la Chambre une loi d'ananage pour le duc de Nemours, entraînèrent la chute du cabinet formé le 3 septembre 1836. M. Mole composa un autre ministère (15 avril 1837) : mais cette fois ce fut plus qu'un remaniement, ce fut un changement de système. M. Mole gouvernait bien avec le concours des Chambres, mais non par les Chambres ; il entendait que le roi fût réellement le roi. On comprend combien un tel ministre plaisait à Louis- Philii)pe qui n'avait nul goût pour la maxime de M. Thiers : « Le roi règne et ne gouverne pas. »

L'administration du comte Mole donna au pays un moment de calme et de repos. Le mariage du duc d'Orléans, héritier du trône, avec la princesse Hélène de Mecklembourg (31 mai) ; la prise de Constantine (13 octobre), le bombardement et la prise de Saint-Jean-d'Ulloa au Mexique (27 novembre 1838) ; une intervention à Buenos-Ayres (juin 1838), causèrent d'assez vives satisfactions. Mais l'évacuation d'Ancône, acte de timidité, donna prise aux ennemis du ministère qui étaient nombreux : tous les partis se coalisèrent contre lui.

La Chambre, autrefois, renversait les cabinets; M. Mole tit dissoudre la Chambre ; mais, dans les élections, les coalisés l'emportèrent de quarante-cinq /oix. M. Mole se retira (8 mars 1839). La Chambre triomphait de la cour ; la tradition parlementaire de la tradition monarchique; les députés avaient vaincu le roi.

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