‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 37 sur 86 · XLIÏ. — LA QUESTION D ORIENT · texte numérisé non relu

XLIÏ. — LA QUESTION D ORIENT

La coalition contre le ministère Mole ébranla, (ses auteurs eux-mêmes l'ont reconnu depuis), le gouvernement de Juillet. Personne ne se trouvait en mesure de recueillir Théritage du ministère. Chaque parti voulait s'assurer les profits de la victoire, et pendant deux mois, les systèmes, les combinaisons, les prétentions se heurtèrent, s'embarrassèrent. Le désordre devint si grand, que les républicains en profitèrent pour tenter une insurrection. Ce péril termina toutes les discussions. Le même jour, le ministère dit du 12 mai se forma sous la présidence du maréchal Soult. Aucun des chefs de la coalition n'en faisait })artie, mais le ministère devait durer peu de temps et bientôt de graves événements survenus en Orient amenèrent la formation d'un cabinet présidé par M. Thiers. Ce fut le fameux ministère dit du l^'" mars 1840, sous lequel la crise provoquée par les affaires d'Orient devint aiguë.

Une guerre sérieuse avait éclaté entre le sultan et le pacha d'Egypte, son vassal qui semblait plus puissant que son suzerain. L'organisation donnée à l'Egypte par Méhémet-Ali, ses victoires, ses conquêtes de la Nubie, de l'Arabie, de la Syrie, les apparences de civilisation qu'il étalait, la déférence qu'il montrait pour notre gouvernement, l'avaient rendu très populaire en France. On voyait en lui un régénérateur de l'Orient et on croyait que plus on le fortifierait, plus on servirait les intérêts du sultan. Le sentiment de la France se trouvait là en opposition avec celui de l'Angleterre.

Pour mieux faire comprendre du cabinet anglais sa politique, le cabinet français remplaça l'ambassadeur à Londres, Sébastiani, par Guizot, dont l'autorité était grande dans la Chambre des députés, et auquel ses travaux historiques sur l'Angleterre, son talent, sa gravité, sa religion (il était protestant) promettaient cà Londres un excellent accueil.

Par une note du 27 juillet 1839, la France avait consenti que le différend turco-égyptien fût vidé par l'accord des puissances. Une fois le concert établi, la persistance de la France cà défendre les intérêts du pacha d'Egypte ne tendait à rien moins qu'à détruire ce concert. La France, en effet, ne voulait point qu'on enlevât la Syrie à Méhémct-Ali.

C'était dans l'intérêt de la Syrie elle-même que la France ne voulait point la rendre à la Turquie, incapable de la gouverner, a Croyez-vous, disait avec raison Guizot à lord Pal mers ton, que vous fortifierez réellement l'empire ottoman en lui ren-

dant plus de territoire ? Vous ne lui rendrez po.s, avec la Syrie, la force de la gouverner et de la garder ; l'anarchie, le pillage, la violence et l'impuissance turques reprendront possession de cette province, et vous serez responsable de son sort ; vous serez obligé tantôt d'y réprimer, tantôt d'y soutenir les Turcs. » L'avenir devait montrer la vérité de ces craintes, et la France sera vingt ans plus tard obligée d'envoyer ses soldats pour protéger les chrétiens du Liban.

Si l'avenir devait nous donner raison, l'Angleterre et la Russie nous donnèrent tort en 1840. Le czar crut, en profitant de ce dissentijnent pour se rapprocher de l'Angleterre, renouer contre nous la Sainte-Alliance, li ajourna ses prélenlions sur Constantinople. Lord Palmerston sacrifia l'alliance française pour nous faire a liront.

M. Thiers espérait toujours amener le pacha à s'entendre directement avec le sultan. Cet accord était pour lui le meilleur moyen de se dégager des liens de la note du 27 juillet 1839, et de ne rien sacrifier de nos sympathies pour Méhémet-Ali. Dans les derniers jours de juin, la destitution du grand vizir à Constantinople, le plus grand ennemi du pacha, combla de joie ce dernier qui se montra disposé à entrer en pourparlers. Le concours des puissances devenait inutile. Lord Palmerston accusa la France de pousser à cet accord direct, de manquer à ses engagements et de poursuivre un but particulier: il s'appli(iua à faire accepter son propre plan des ministres de Russie, de Prusse, d'Autriche et de ses collègues, et au même moment une insurrection, qui éclata en Syrie contre les Égyptiens, vint fortifier sa thèse. Le

14 juillet, M. Guizot écrivait: « On préparc, soit sur le fond de l'affaire, soit sur le mode d'action, des propositions qu'on nous communiquera quand on aura tout arrangé (si on arrange tout), pour avoir notre adhésion ou notre refus. » M. Guizot se faisait illusion en croyant qu'on lui demanderait son adhésion ou son refus. Le 17 juillet, lord Palmerston le pria de venir au foreing-office et lui donna coinnmnication d'un traité conclu et signé le

15 juillet, à notre insu, entre les cours d'Angleterre, de Russie et de Prusse. Le traité promettait au sultan l'appui des quatre puissances et même leurs forces militaires pour faire accepter de Méhémct-Ali l'arrangement proposé par le sultan et admis par les puissances. Les affaires d'Orient étaient réglées.

THTERS

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