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LES FORTIFICATIONS DE PARIS

Le trailc de Londres, injurieux pour nous quant au fond, Tétait encore p'us quant à la forme, par le secret avec lequel il avait été négocié et signé. « Eh quoi, s'écria Louis-Plii!ippe, c'est moi qui depuis dix ans sers de digue au torrent révolutionnaire, et cela aux dépens de ma popularité, de mon repos, souvent au péril de ma vie ; ils me doivent la paix de l'Europe, la sécurité de leurs trônes, et c'est ainsi qu'ils reconnaissent les services que je leur ai rendus! Les insensés ! ils veulent donc me faire mettre le bonnet rouge ! »

M. Tliicrs, qui n'avait pas su prévenir un si cruel mécompte, parut au moins très décidé à le venger. Un crédit de 8,210,000 francs permit au ministre de la marine d'augmenter l'effectif de la flotte, tout le contingent disponible fut appelé ; dix mille matelots, cent cinquante mille soldais rejoignirent le drapeau.

Le duc d'Orléans avait appelé à Saint-Cloud un de ses aides do camp, M. de Ghabaud-Latour, alors chef de bataillon du génie. « Eh bien, lui ditil, nous avons souvent causé de la fortification de Paris, nous voihà au pied du mur ? — Monseigneur, répondit M. de Chabaud, vous savez ce que je pense ; il faut, pour fortifier Paris, une enceinte continue et des forts détachés, une enceinte pour que l'ennemi ne puisse espérer de pénétrer par les larges trouées de deux ou trois mille mètres que les forts laisseront entre eux ; des forts pour que la population n'ait pas à soutenir les horreurs d'un siège et pour que le rayon d'investissement soit si étendu qu'il devienne comme impossible même aux armées les plus nombreuses. — C'est tout à fait mon avis, reprit le prince, voilà la carte et un crayon ; tracez-moi lenceinte ». Le jeune ofïicier traça sur-le-champ le contour que devait suivre approximativement l'enceinte. M. de Chabaud marqua ensuite, sur les deux rives de la Seine, l'emplacement de quinze forts, selon lui indispensables. « Maintenant, dit le duc d'Orléans, emportez le plan et allons chez M.Thiers. » Tous deux en effet se rendirent aussitôt à Auteuil oii M. Tliiers habitait alors. Les trois interlocuteurs discutèrent le chiffre de la dépense, la durée des travaux, le nombre d'ouvriers qu'ils exigeraient, l'emploi des troupes à leur exécution : « Pouvez-vous nous rédiger un projet d'ensemble, demande M. Thiers au jeune officier, et quel temps vous faut-il ? — Six jours me sutfiront, je crois. — Prenez-les, nous avons bien des questions préliminaires h résoudre. »

Hoi, héritier du trône, président du'conscil, armée, tout le monde se trouvait entraîné par une anlour belliqueuse qui donna un caractère particulier à l'anniversaire des journées de juillet 1830. Cet anniversaire devait du reste être marqué par l'inauguration de la colonne de la Bastille dont le roi avait posé la première pierre en i833. Les victimes de juillet avaient été inhumées devant le Louvre. On recueillit leurs ossements dans cinquante cercueils, qui furent exposés dans l'église de Saint-Germain l'Auxerrois et portés ensuite, sur un char magnifique, dans les caveaux disposés pour les recevoir sous la colonne de la Bastille. L'enthousiasme de 1830 se réveilla et le pays se montrait impatient des lenteurs du gouvernemeni à prendre une résolution décisive.

Le prince Louis-Napoléon, qui était revenu des États-Unis en Angleterre, crut l'occasion propice pour une nouvelle tentative ; mais il eut à peine le temps de débarquer à Boulogne qu'il fut arrêté (5 août). Traduit cette fois devant la Cour des Pairs et condamné à la détention, il fut enfermé au ch<àtcau de Ham, d'oîi il s'évada en 1846 sous un costume d'ouvrier.

Cependant les armements de la France inquiétaient l'Europe. L'Allemagne alarmée de si grands préparatifs, recommença à faire entendre des menaces : elle répondit à nos chants patriotiques par les chansons de Kœrner et d'Arndt et appela tous les citoyens à la défense du libre Rhin allemand.

De son côté le pacha d'Egypte n'avait point voulu obéir au traité du 15 juillet. Méhémet-Ali laissa passer les délais fixés par la Porte : « Je ne rendrai qu'au sabre, dit-il au consul de France, ce que j'ai acquis par le sabre ». La flotte anglaise parut dans les eaux de la Syrie sans rencontrer une flotte française prête à protéger le pacha. Le 12 septembre, l'amiral Napier commençait le bombardement de Beyrouth. Le 2 novembre, une triple escadre anglaise, autrichienne et turque se présenta devant Saint-Jcan-d'Acre et ouvrit le feu. Une grande partie de la ville fut détruite. Les Égyptiens se retirèrent.

Les nouvelles venues de Syrie redoublèrent l'agitation de la France. Toutefois les dangers d'une guerre étaient grands. La France qui avait refusé la Belgique, abandonné l'Italie et la Pologne, se voyait à la veille de braver une coalition pour une question secondaire : le plus ou moins d'étendue de territoire à laisser au pacha d'Egypte.

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