‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 40 sur 86 · XLY. — MORT DU DUC D'ORLÉANS · texte numérisé non relu

XLY. — MORT DU DUC D'ORLÉANS

l.c cabinet du 29 octobre 1840 resta, saut qucl- ([ues modifications, le même jusqu'en 1848 : l'histoire de ce cabinet forme comme une période spéciale du règne de Louis-Philippe et Guizot, ministre des affaires étrangères, y joue le principal rôle. Son talent oratoire, la netteté de ses doctrines, son attachement à la poli; tique conservatrice, sa décision et sa fermeté, lui donnaient une grande aulo- 1 ité dans le conseil et une victorieuse influence dans les Chambres. Plus impérieux d'attitude, mais moins rigoureux que M. Thiers sur les théories parlementaires, il admettait l'intervention du roi dans le gouvernement, et plaisait mieux à Louis-Phlippe, dont il savait ménager les susceptibilités. Le gouvernement semble, dans celte période, tout à fait rassuré sur son avenir et Guizot le conduit avec une grave sérénité dans une voie au bout de laquelle l'attend un abîme.

Le cabinet du 29 octobre cependant se vit tout d'abord en présence de troubles suscités par des rigueurs dans le recensement, à Toulouse, à Lille, à Clermont (juillet-août 4841). L'attentat de Quénissct qui tira sur le duc d'Aumale au moment où ce jeune prince rentrait dans Paris- avec son régiment, après une glorieuse campagne d'Afrique (13 septembre), donna lieu contre un rédacteur de journal à un procès de complicité morale. Dans la Chambre, la question des incompatibilités parlementaires, c'est-à-dire l'incompatibilité entre ladéputation et l'exercice d'une fonction publique, avait remporté une demi-victoire au commencement de 1842, et une question étrangère, la question du droit de visite, n'avait pas été favorable au ministère. Celui-ci se hâta de dissoudre la Chambre. De nouvelles élections amenèrent une majorité acquise au ministère. Cette Chambre nouvelle fut bientôt convoquée par suite d'un malheur qui n'a pas été sans intîuence sur le sort du gouvernement de juillet.

Le 13 juillet 1842, le duc d'Orléans se préparait à ))artir pourSaint-Omcr, où il devait inspecter plusieurs régiments. La duchesse l'attendait à Plombières après cette revue. Tout était prêt pour le départ à midi ; le prince était revêtu de son uniforme quand il lui vint la pensée d'aller encore embrasser sa famille, qui avait déjà reçu ses adieux. Il n'avait qu'une heure devant lui ; il partit dans un briska, attelé de deux chevaux et commanda au postillon d'aller ventre câ terre. Arrivé à la porte Maillot près du chemin de la Révolte, les chevaux prirent le mors aux dents. « Tu n'es donc plus maitre

de tes chevaux, cria le prince. — Non, monseigneur, mais je les dirige encore. » On roula encore quelques secondes. « Tu ne peux donc pas les retenir, dit encore le prince. — Non, monseigneur. » Le malheureux duc d'Orléans se leva alors et, on ne sait comment, fut précipité sur le pavé. Il resta sans mouvement à quelques pas de là. Le postillon arrête ses chevaux, accourt, et trouve le prince étendu sans connaissance; on le transporte dans la maison d'un épicier. Le roi, la reine, les princes vinrent en toute hâte ; les médecins essayèrent tout ; à deux heures tout espoir était perdu ; le mourant ne reconnut même pas sa mère. Des spasmes nerveux le prirent et il expira à quatre heures et demie, âgé seulement de trente-deux ans. Celte fin tragique causa dans toute la France une profonde émotion.

Le duc d'Orléans laissait deux iils en bas âge. Les Chambres, convoquées exlraordinairemont, reçurent un projet de loi qui fixait la majorité du comte de Paris à dix-huit ans accomplis et décernait la régence au prince le plus proche du trône, c'est-à-dire au duc de Nemours. On aurait préféré la régence de la duchesse d'Orléans. La loi n'en fut pas moins votée.

Les relations avec l'Angleterre étaient devenues si cordiales que la reine Victoria consentit à venir passer quelques jours au château d'Eu (2-7 septembre 1843). Le roi Louis-Philippe lui rendit sa visite au mois d'octobre de l'année suivante.

Quelque temps après le voyage de la reine Victoria, le petit-fils de Charles X, le comte de Chambord, se rendit à Londres, et plus de trois mille légitimistes en profitèrent pour aller lui présenter leurs hommages. Des députés ne craignirent pciat de se joindre à eux. Dans son adresse de 1844, rédigée par Saint-Marc Girardin. la Chambre/Î'efmsaitces manifestations. Une vive discussion s'engagea sur ce mot qui devint l'occasion d'une des séances les plus orageuses. Le ministre des affaires étrangères voulut se justifier d'un reproche qu'on lui lançait toujours, son voyagea Gand vers Louis XVI II, en 1815. Les clameurs l'empêchaient de parler. « On veut épuiser mes forces, s'écria-t-il, on n'épuisera pas mon courage! » Il persévéra, parvint à se faire écouter, et termina son discours par ces fières paroles : « Quant aux injures, aux calomnies et aux colères intérieures ou extérieures, on peut les multiplier, on peut les entasser tant qu'on voudra, on ne les élèvera jamais à la hauteur de mon dédain ! »

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