XLYI. — CONQUÊTE DE L'ALGÉRIE.— BATAILLE DE LTSLY
guerrière ne les a pu le voir descience, redouté
Le gouvernement de Louis-Philippe ne perdait pas de vue la conquête de l'Algérie qu'il s'était enfin décidé à poursuivre jusqu'au bout.
Abd-el-Kader reprenait les armes contre nous et prêchait la guerre sainte. Fils d'un marabout, célèbre marabout lui-même, intelligent et fanatique, aussi habile qu'énergique, beau, grand, fort; aux yeux séduisants quand l'ardeur rendait pas terribles, comme on puis à Paris ; admiré pour sa pour sa bravoure, révéré pour sa piété, Abd-el-Kader de simple bey de Mascara, de simple chef comme il y en avait tant alors, rêvait de devenir le chef de tous les Arabes d'Afrique, après les avoir coalisés contre nous et nous avoir chassés. Son influence s'était étendue depuis le traité de la Tafna qui avait affermi et agrandi sa souveraineté. Lorsqu'il eut, avec le génie d'un Européen, préparé ses ressources et son armée, il jeta le masque et recommença la guerre avec toute l'impétuosité d'un Arabe, mêlant mille personnages divers, réunissant tous les talents et tous les prestiges, administrant et priant, prêchant et combatlant, toujours soldat et toujours général, et avant tout prophète.
Les hostilités commencèrent à la fois dans la plaine de laMitidja, au sud d'Alger et dans la province d'Oran, entre Mazagian et Mostaganem.
Un héroïque fait d'armes illustra la longue campagne de 4840. Cent vingt-trois hommes d'infanterie, commandés par le capitaine Lelièvre, retranchés dans la petite ville de Mazagran, tinrent tête pendant quatre jours consécutifs à plus de 12,000 Arabes. Un Arabe écrivait : « On s'est battu quatre jours et quatre nuits: c'étaient quatre grands jours, car ils ne commençaient pas et ne finissaient pas au son du tambour; c'étaient des jours noirs, caria fumée de la poudre obscurcissait les rayons du soleil et les nuits étaient des nuits de feu éclairées par les flammes des bivacs et par celles des amorces ».
L'émir osait encore faire des excursions jusqu'aux portes d'Alger, mais le général Bugeaud nommé maréchal à la suite de ses belles campagnes de 1841 et de 1842, se préparait à lui porter un coup qui devait lui être sensible. Le désort était le refuge d'Abd-el-Kader : c'est de là qu'il s'élançait pour ses rapides expéditions, c'est au désert que le gouverneur résolut de l'atteindre dans ce qu'il avait de plus précieux ; sa Smala ou famille. La Smala formait une véritable ville errante qui gardait la tamille de l'émir, celle de ses principaux compa-
gnons, ses trésors ; cité floltante qui lui tenait lieu de places fortes et qu'une cavalerie redoutable défendait. Le maréchal Bugeaud partit au mois de mai 1843, avec le jeune duc d'Aumale, qui commandait la colonne mobile. La Smala tomba en notre pouvoir. Nous fîmes une foule de prisonniers parmi lesquels se trouvaient les principaux fonctionnaires de l'émir. Le butin fut considérable. Cet acte hardi qui faisait le plus grand honneur au duc d'Aumale, produisit dans l'Algérie une vive impression.
Abd-el-Kader ne se sentant plus suffisamment protégé par le désert, se retira dans le Maroc. L'empereur du Maroc, Abd-el-Raman, irrité de voir une puissance chrétienne s'établir dans son voisinage, prit hautement Abd-el-Kader sous sa protection.
Le châtiment ne se fit pas attendre. Le maréchal Bugeaud marcha à la rencontre de l'armée marocaine, commandée par le fils même de l'empereur. Pour l'atteindre, il fallait passer à gué une rivière, Vlsly, et gravir de légères hauteurs sur lesquelles elle était rangée. Sur une butte qui dominait au loin le plateau, on apercevait la tente même du fils de l'empereur. Malgré un feu assez vif, nos troupes franchirent rapidement l'Isly. La cavalerie maro caine les charge alors avec l'impétuosité habituelle aux cavaliers d'Afrique. Nos bataillons, disposés en carrés, soutiennent le choc, et leurs feux, joints à ceux des canons qu'ils cachent et découvrent tour h tour, font les plus grands ravages dans les rangs ennemis. C'est une bataille d'Egypte. Los Marocains, comme autrefois les Mameluks devant les soldats de Bonaparte, tourbillonnent et disparaissent. Nos troupes avancèrent alors, s'emparèrent des hauteurs et allèrent droit à la bo.le principale qu'elles enlevèrent après un court engagement. Puis le maréchal Bugeaud, pour compléler son succès, dirigea les troupes vers les camps marocains. Ce fut notre cavalerie qui s'y précii)ita tête baissée et, sans se laisser arrêter par un feu meurtrier, sabra tout ce qu'elle rencontrait. Les cavaliers marocains revinrent à la charge, mais furent toujours refoulés, et se virent contraints de nous abandonner les camps avec un riche butin. Il était midi. On retrouva le parasol du fils de l'empereur, glorieux trophée qui orne les Invalides à côté des drapeaux conquis sur les armées des puissances européennes (13 août 1844). Le maréchal Bugeaud fut créé duc disly.
BATAILLE d'iSLY (iS4 4)