‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 42 sur 86 · XLYII. — BOMBARDEMENT DE TANGER · texte numérisé non relu

XLYII. — BOMBARDEMENT DE TANGER

Pendant que notre armée de terre gagnait la mémorable bataille de l'Isly, le prince de Joinville bombardait la ville de Tanger et la ville de Mogador. Il s'emparait de celte dernière place après une lutte acharnée. Le d3 septembre, nous signions avec le Maroc le traité de Tanger. Abd-el- Kadcr était mis hors la loi dans toute l'étendue de l'empire.

L'empereur du Maroc s'était engagé à ne plus soutenir Abd-el-Kader, mais il n'en continua pas moins de le favoriser, jusqu'à ce que celui-ci devînt un danger pour son propre trône. Plus acharné, à mesure qu'il voyait diminuer sa puissance, l'émir appelait sans cesse à la guerre sainte les tribus soumises. Une terrible insurrection éclata à Tlemcen ; elle fut réprimée par l'intrépidité du général Gavaignac. En 1847, le shérif Bou- Maza, que dans une circonstance solennelle un ministre appela un des lieutenants de Jugurtha, fit sa soumission (12 avril).

Ces luttes avaient l'avantage de former des hommes. Toute une génération de brillants généraux s'élevait, digne fille de la génération de l'Empire : Duvivier, Ghangarnier, Bedeau, Gavaignac, Lamoricière, dont chaque bulletin répandait les noms en France : on les appelait les Africains. Au-dessus de tous ces noms de commandants, de colonels, de gi'méraux, se trouvait alors celui du maréchal Bugeaud qui gouvernarAlgériejusqu'end847. G'est l'homme qui a le plus fait pour noire colonie. Le maréchal Bugeaud comprenait merveilleusement la mar.ière dont il fallait combattre les populations arabe*^, multiplia les courses, les razzias, fatiguant l'ennumi et le privant de ses ressources.

Malgré sa fermeté vigilante, les insurrections se multipliaient. En 1845 la vallée du Ghéliif fut occupée parles tribus soulevées : dans la province d'Alger, la tribu belliqueuse des Ouled-Riah reprit les armes. Plusieurs colonnes furent dirigées contre cette tribu. Les troupes de Pélissier rencontrèrent une résistance qui amena ce colonel h enfermer la plus grande pnriie des rebelles dans les grottes de Fréchich. Les Arabes refusant de faire leur soumission, le colonel Pélissier n'hésita pas à faire allumer des fascines à l'entrée des grottes. Tous ceux qui avaient cru trouver un asile dans ces grottes périrent enfumés.

La guerre prenait un caractère sauvage. Les Arabes se vengèrent cruellement. Le colonel Montagnac fut attiré dans un guet-apens. Croyant répondre à

l'appel d'auxiliaires inquiétés par Abd-el-Kader, il se trouva avec cinq cents hommes à peine en face d'une véritable armée. Il périt dès le commencement de l'action. Les chasseurs d'Orléans (8" bataillon) n'en continuèrent pas moins de combattre et se replièrent sur le marabout de Sidi-Brahim. Abd-el- Kader ordonna à l'un de ses prisonniers, le capitaine Dutertre, de se rendre auprès des assiégés et de leur conseiller de mettre bas les armes. D.utertre s'avance jusqu'aux murailles, exhorte les chasseurs à combattre jusqu'à leur dernier souffle, puis revient auprès de l'émir qui le fait décapiter, et ordonne l'assaut.

Picpoussés, les Arabes font le blocus du marabout. Deux jours se passent. Les chasseurs n'ont plus ni munitions ni vivres. Ils se précipitent la baïonnette en avant, forcent la ligne de blocus et gagnent un ravin. Les Arabes les y poursuivent et c'est à peine si douze hommes peuvent échapper au massacre. Tel fut le douloureux combat de Sidi-Brahim. Le maréchal Bugeaud dut entreprendre toute une campagne pour réparer tous ces désastres et inspirer aux Arabes une vive terreur.

Le maréchal Bugeaud demanda à rentrer en France (1847), où d'ailleurs le ministère le désirait, comptant sur son épée en cas de péril. On le rappela donc et on nomma le jeune duc d'Aumaïc gouverneur général de l'Algérie. A ce moment, Abd-el-Kader était à bout de ressources : il avait cherché à renverser l'empereur du Maroc, sans y réussir, et se voyait traqué de toutes parts. Obligé de fuir du Maroc, il tenta de traverser le pays occupé par nos troupes et de gagner le territoire des tribus qui lui restaient fidèles : mais tous les passages étaient gardés. Le général Lamoricière le serrait de près. Abd-el-Kader comprit que la lutte était finie: il se rendit au poste de Sidi-Brahim et fit sa soumission au général Lamoricière, qui lui avait promis ïaman (le pardon). On conduisit le redoutable émir au jeune duc d'Aumale (25 décembre 1847) : <c J'aurais voulu, dit le guerrier prophète, faire plutôt ce que je fais aujourd'hui ; j'ai attendu l'heure marquée par Dieu. » Le prince ratifia la promesse qu'avait faite le général Lamoricière à Abfl-el-Kader, qu'on le laisserait libre de se retirer en Turquie ; mais le gouvernement de Louis-Philippe, plus défiant et moins généreux, ne so crut pas lié par cet engagement. Abd-el-Kader fut conduit à Toulon, de là au château de Pau, puis au château d'Amboise.

XLYIIl. — DERNIERES ANNÉES DU RÉGNE DE LOUIS-PHILIPPE

Le gouvernement français avait voulu imiter rAnglctcrre qui partout prenait des positions pour son commerce. En 1841, notre marine s'empara de i\ossi-Bé, dans les mers de TOcéanie ; en 18-^2, elle obtint la cession de Mayottc, île facile à défendre, qui offrait à nos vaisseaux une station dans le voisinage de l'île Bourbon et de Madagascar. On avait l'intention de s'établir dans la Nouvelle- Zélande, le groupe d'îles le plus important de la Polynésie, mais l'Angleterre prit les devants et y planta son pavillon. Le contre-amiral Dupclilïhouars reçut l'ordre d'occuper les îles Marquises qui n'offraient pas les mêmes avantages que la Nouvelle-Zélande. Aussi l'amiral résolut-il de leur ajouter les îles de la Société, bien plus utiles à notre commerce. Taili, la principale de ces îles, était gouvernée par la reine Pomaré et soumise depuis longtemps cà l'influence des Anglais par l'intermédiaire de missionnaires marchands. Des injures faites cà nos nationaux motivèrent une intervention de l'amiral français ; la reine Pomaré, effrayée, se mit sous notre protection. Un traité conclu à Taïti, le 9 septembre 184"2, fut ratifié h Paris, le 28 avril 1843. Mais les missionnaires et les négocianis anglais ne tardèrent pas à exciter la reine contre nous, et, cà la suite de certains actes d'hostilité, Dupetit-Tliouars se crut en droit d'occuper définitivement Taïti. Grand émoi en Angleterre où les sociétés bibliques élevèrent la voix en faveur de Pritchard, missionnaire-pharmacienconsul, principcil instigateur des troubles, qu'on {ivait avec raison, mais violemment expulsé. Le gouvernement français, par son imprudence et sa faiblesse, fit d'un incident, <à peine digne de remarque, une grave question qui devint pour l'opl)Osition une occasion d'attaquer avec véhémence la politique extérieure. Le désaveu de l'amiral Dupelit-Thouars, l'indemnité réclamée à la Chambre I)Our les torts faits cà Pritchard passionnèrejit vivement le pays^ (1844).

L'Angleterre et la France avaient en Espagne de concert travaillé cà l'affermissement du trône d'iscabelle IL Mais la France désirait renouer cavec l'Espagne les relations de famille, traditionnelles depuis Louis XIV. Si le ministère n'osait donner pour époux à la reine un des lils de Louis-Philippe, il voulait du moins unir le duc de Montpensier à la

1. En 1880 Taïti et les îles de la Société ont été définitivement cédées à la France par le roi Pomaré V.

sœur delà reine ; Isabelle devrait épouser un Bourbon, son cousin, le duc de Cadix. Lord Palmerston, fidèle à sa politique hostile .à la France, mit en jeu tous les ressorts de la diplomatie pour faire réussir à Madrid un prétendant anglais, le prince de Cobourg, cousin du prince Albert. Le ministère français se hâta de prévenir ces intrigues. La reine mère, Marie-Christine, caccueillit favorablement les demandes de la France, et le 10 octobre 1846 les deux mariages d'Isabelle avec le duc de Cadix, de sa sœur avec le duc de Montpensier furent célébrés en même temps.

Une insurrection en Pologne rappela bientôt de ce côté l'attention, et d'horribles massacres, qu'avaient amenés en Gallicie les divisions semées par l'Autriche entre les paysans et les nobles, indignaient l'Europe (1846). De plus, Cracovie ayant été le centre de l'insurrection, l'Autriche, la Russie et la Prusse occupèrent cette république qui fut incoi^porée à l'Autriche (11 novembre). En France, cette nouvelle violation des traités de Vienne souleva une vive ])rotestatioii.

Les élections de 1846, accomplies au milieu d'un redoublement d'cactivité industi^ielle, donnèrent une grande majorité conservatrice. La Chambre nouvelle, composée presque tout entière de fonctionnaires, promettait donc un solide appui au cabinet du 29 octobre. Mais beaucoup de députés n'cavaient été élus qu'en s'cngageant cà pousser cà des réformes indispensables et le ministère Guizot se refusait à modifier en quoi que ce soit la constitution. Il entendait, sans se troubler, formuler sa politique par ces trois mots : Hien^ rien, rien.

Les circonstances cependant devenaient de plus en plus graves ; la récolte de 1845 avait été médiocre, celle de 1846 fut moins bonne encore. Les pluies qui avaient influé d'une manière désastreuse sur les récoltes, amenèrent, en outre, des inondations, surtoutdans le bassin de la Loire. Une grande sécheresse succédant aux pluies, occasionna des incendies, qui répandirent l'effroi dans les campagnes. Une disette accrut les souffrances et provoqua dans le mois de janvier 1847 des troubles dans les départements de la Meurthe, de la Mayenne, de la Sarthe, d'Indre-et-Loire, d'Ille-et-Vilaine. A Buzançais, dans l'Indre , il fallut faire de sanglantes exécutions. En même temps des procès de corruption et de malversation retentissaient dans toute la France.

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