‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 43 sur 86 · XLIX. — RÉVOLUTION DE 1848. — JOURNÉES DES 22 ET 23 FÉVRIER · texte numérisé non relu

XLIX. — RÉVOLUTION DE 1848. — JOURNÉES DES 22 ET 23 FÉVRIER

Le gouvernement de juillet n'avait pu rallier la noblesse et le clergé dévoués à la branche aînée des Bourbons. Il se défiait trop des classes populaires. 11 ne s'appuyait donc que sur la bourgeoisie trop faible pour le soutenir et persistait à laisser à l'opposilion des griefs considérables. En n'appelant à nommer les député; que les électeurs inscrits aux rôles des contributions directes jusqu'à la somme de deux cenfs francs, il violait un principe important : l'égalité. C'était à ce système que s'atlaquaient les cris de réforme électorale. La composition de la Chambre des députés, remplie en grande partie de fonctionnaires, rendait plus trompeuse encore cette partielle représentation du pays. Lb. réforme parlementai» e toutefois passionnait moins le public que 'a réforme électorale.

Le mauvais état des finances, les crises monétaires inquiétaient le commerce. Les crises alimentaires, la famine de 4846 rendaient les impôts plus onéreux. Trois écrivains, en glorifiant la Révolution française à des points de vue divers, ravivaient les traditions républicaines. Les manifestations réformistes commencèrent le 10 juillet 1847, par le banquet du Château-Rouge.

A ce moment critique, le maréchal Soult recevait le titre de maréchal général, titre qu'on n'avait point porté depuis Maurice de Saxe, et abandonnait à M. Guizot la présidence du conseil (19 septembre): ce n'était pas un changement, mais la consécration légale d'un fait accompli depuis longtemps. Le dernier jour de l'année 1847, la mort de Madame Adélaïde, sœur du roi, priva Louis-Philippe d'une sage conseillère. La discussion de l'Adresse, qui ouvrit l'année 1848, fut longue, vive, acharnée. Une phrase du discours royal relative aux banquets, et accusant les passions aveugles ou ennemies, souleva les tempêtes les plus violentes ; le ministère eut à affronter beaucoup d'anciens conservateurs et d'anciens amis. La question de la légalité des réunions publiques ranimée par l'annonce d'un banquet au XII° arrondissement, devint l'objet de débals, souvent éloquents, mais la majorité fortifia le ministère de son vote en faveur de l'Adresse (12 février).

Le banquet avait été annoncé pour le mardi 22 février : cent députés, des pairs de France, des officiers supérieurs de la garde nationale, un grand nombre de gardes nationaux, des étudiants, des ouvriers devaient, pour y prendrti part, se rendre ensemble en haut des Ciiamps-Élysées. Une publica-

tion imprudente décida le ministère à s'opposer à la manifestation. L'attitude décidée du ministère découragea l'opposition modérée qui, dans la crainte d'être entraînée au delà de son but, recula. Mais elle avait fait appel à la population, aidé aux progrès de l'opposition radicale. Celle-ci prit la place. Le banquet avait été contremandé le 21 au soir ; mais tout Paris l'ignorait, et le 22 une foule curieuse et inquiète se pressait aux abords de la Madeleine, rendez-vous donné aux souscripteurs. Un grand déploiement de troupes, des rixes avec la garde municipale peu aimée de la population, le pillage de la boutique d'un armurier, quelques essais de barricades signalèrent seulement la journée du 22, sombre et pluvieuse.

Le 23, la garde nationale, qui n'avait point été réunie la veille, fut convoquée, et manifesta ses sentiments par les cris nombreux de : Vive la réforme ! Elle s'interposa entre la troupe de ligne et le peuple qui, dès le matin, dans les quartiers populeux, avait commencé la lutte. Une députation de la quatrième légion, accompagnée d'une foule immense, alla porter à la Chambre une pétition demandant la réforme et le renvoi du ministère. La défection de la garde nationale ouvrit enfin les yeux du roi qui accepta à grand'peinc la démission de M. Guizot et de ses collègues. Dans l'aprèsmidi l'annonce du changement de ministère se répand, des aides de camp parcourent la capitale en publiant cette nouvelle, les troupes rentrent dans leurs casernes, le peuple quitte ses barricades heureux de son triomphe ; Paris prend un aspect de fête. A la vue des maisons qui s'illuminent ; « Pauvre enfant, s'écrie la duchesse d'Orléans en embrassant le comte de Paris, on a bien compromis ta couronne, mais le ciel te la rend ! » Le soir, la population se pressait dans les rues, sur les boulevards, et ne s'inquiétait point de bandes armées qui faisaient retentir l'air de chants frénétiques. Une de ces bandes se trouve arrêtée, sur le boulevard des Capucines, par un bataillon qui, formé en carré, gardait le ministère des affaires étrangères et barrait le passage. Une panique se produit, soit sous la pression de la foule, soit excitée par les meneurs de la bande; un coup de feu retentit et aussitôt une décharge générale du bataillon, au milieu de cette masse protonde, couche à terre cinquante-deux personnes, dont la plupart étaient des curieux. Vingt-trois sont tuées.

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