‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 46 sur 86 · LUI. — LA RÉPUBLIQUE. — LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE · texte numérisé non relu

LUI. — LA RÉPUBLIQUE. — LE GOUVERNEMENT PROVISOIRE

Ce ne lut pas sans peine que le gouvernement provisoire parvint à s'installer à l'Hôtel de Ville occupé par une foule défiante qui adjoignit au gouvernement provisoire M. Louis Blanc et un ouvrier, Albert. Travaillant à rétablir l'ordre sans l'armée qu'on leur ordonne d'éloigner, sans la garde nationale dispersée ; maîtres à peine de leur salle de délibération, les membres du gouvernement ne réussirent dans leur difficile mission qu'au prix d'efforts incroyables. Dupont de l'Eure, par l'honnêteté de sa vie, François Arago et M. de Lamartine, par l'ascendant du génie, exercèrent une influence magique sur la multitude égarée. M. de Lamartine surtout, discourant sans relâche, trouvant les mots les plus spirituels et souvent les pensées les plus éloquentes, acquit une légitime popularité. Des bandes armées se i)résentèrent et voulurent arborer sur l'Hôtel de Ville le drapeau rouge. Lamartine s'avança, et, entouré de fusils menaçants, tint pendant plusieurs heures, captive sous le charme de son langage, une foule en haillons. Évoquant, pour repousser le drapeau rouge, les souvenirs d'una journée de la Révolution, le 17 juillet 1791, il s'écria : « Pour ma part, je ne l'adopterai jamais, car le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec la République et l'Empire, avec vos libertés et vos gloires, et le drapeau rouge n'a fait que le tour du Champ-de-lVlars, traîné dans les flots de sang du peuple ! » Une immense acclamation lui répondit, et le drapeau tricolore triompha.

Le gouvernement provisoire réorganisa une force publique, reconstitua la garde nationale en y appelant tous les citoyens et recruta parmi les combattants de février une garde particulière, la garde mobile. 11 abolit la peine de mort en matière politique (26 février) et Vesclavage dans les colonies (27 avril). Dès le 2 mars il proclama le suffrage universel et convoqua les électeurs pour la nomination d'une assemblée constituante. Lamartine prit la direction des affaires étrangères et adressa à l'Europe un manifeste pacifique ; Ledru-RoUin s'établit au ministère de l'intérieur et envoya dans toute la France des commissaires extraordinaires.

Le gouvernement provisoire crut délivrer les rues et donner une première satisfaction aux ouvriers en organisant les ateliers nationaux. Le 25 février, il avait, par un décret, garanti l'existence de l'ouvrier par le travail. Le 27 et le 28, il annonça qu'il emploierait tous les travailleurs sans ouvrage. Sept

à huit mille se présentèrent. On les embrigada militairement : ils se donnèrent des chefs par élection. Les ouvriers non employés n'en touchaient pas moins une solde. Attirés par ces avantages, les ouvriers affluèrent aux ateliers nationaux ; de sou côté, le gouvernement n'eut pas assez de travaux à faire exécuter. Bientôt les ateliers, dans lesquels se réfugièrent la paresse et la débauche, devinrent un péril immense.

Le 14 mars, le gouvernement avait réorganisé la garde nationale dans les rangs de laquelle il confondait toutes les classes. Exclusivement composées de la bourgeoisie, les anciennes légions protestèrent. Le 16, plusieurs légions réclamèrent impérieusement l'abrogation du décret, qui ne leur fut pas accordée. Cette manifestation, connue sous le nom de journée de bonnets à poil, amena de la part des classes ouvrières une manifestation contraire. 100 000 hommes, conduits par Barbes, Cabet, Blanqui, défilèrent le 17, sur la place de Grève, devant le gouvernement provisoire. Les corporations ouvrières, avec des bannières aux couleurs diverses et aux inscriptions variées, marchaient à des intervalles égaux, chantant la Marseillaise ou l'hymne des Girondins. Cet immense cortège, sans rompre ses rangs, remplit bientôt la place de Grève et les rues voisines. Lamartine parla après Ledru-RoUin pour répondre aux demandes des délégués et trouva encore une de ce« expressions heureuses qui lui servaient si bien en ces moments critiques : « Prenez garde, citoyens, à des réunions comme celles d'aujourd'hui, quelque belles qu'elles soient. Les dix-huit brumaire du peuple pourraient amener contre son gré les dix-huit brumaire du despotisme, et ni vous ni moi, nous n'en voulons. » Blanqui, un mois après parvint encore «à entraîner une foule immense (16 avril). Mais celte fois l'Hôtel de Ville, entouré de garde nationale et de garde mobile, fut inaccessible et le défilé qui eut lieu, s'opéra devant le gouvernement [entre deux haies de baïonnettes. La garde nationale, par ses acclamations, manifesta toute sa répulsion pour les communistes. Le 20 avril, fut célébrée une fête dite de la Fraternité, imitée des fêtes de la Convention. Le dimanche 23 avril, la France entière nomma les députés qui devaient rédiger la constitution républicaine.

— La majorité des électeurs porta à l'Assemblée des hommes modérés, acceptant la République, mais résolus à ne point la laisser dégénérer en anarchie.

RÉPUBLEQUE DE 184 S. — MANIFESTATIONS DEVANT l'hOTEL DE VILLE

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