‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 49 sur 86 · LVI. — ATTAQUE ET PRISE DU PANTHÉON (24 juin · texte numérisé non relu

LVI. — ATTAQUE ET PRISE DU PANTHÉON (24 juin

Le général Gavaignac ni.t à profit les enseignements des deux dernières révolutions ; il s'appliqua surtout à maintenir les communications, à protéger l'Hôtel de Ville et l'Assemblée. Il laissa, peut-être trop, l'insurrection s'organiser dans les quartiers dont elle était maîtresse, sûr de l'écraser quand il agirait avec des forces compactes.

Toute la journée du 24, la lutte continua sans que la troupe gagUcât du terrain. Cependant, la proclamation de l'état de siège, la certitude de ne point être abandonnée, ranimèrent l'armée. Vers le soir, on avait délivré le faubourg Poissonnière, grâce à l'arrivée de la garde nationale de Rouen ([ui mit les insurgés entre deux feux. Le général Lamoricière, toujours intrépide et obstiné, avait repris quelques barricades dans les faubourgs Saint- Denis et du Temple, où il avait dû employer Ja sape, la mine et les bombes. L'Hôtel de Ville, un moment serré de près, était de nouveau dégagé.

L'action la plus importante de la journée du 24 juin, fut la prise de la place et de l'église du Panthéon, oîi s'étaient retranchés un grand nombre d'insurgés. Maîtres de l'école de droit, et des bâtiments en construction de la mairie, protégés par d'énormes barricades, ils tenaient en échec les troupes du général Damesme. Celui-ci fait braquer le canon contre l'église et battre par le boulet ce magnifique édifice ; on en chassa les insurgés, mais le général Damesme, qui s'élançait toujours en avant et qui, après l'assaut du Panthéon, s'était immédiatement porté à l'assaut de la barricade de la rue de l'Estrapade, fut blessé mortellement. Comme on le transportait au Val-de-Grâce, un représentant du peuple, M. Valette, s'approcha et lui serra tristement la main. « Dites à l'Assemblée, répondit le général, que j'ai fait mon devoir, w

Le dimanche 2o, le général Bréa, qui remplaçait le général Damesme, pressa vivement les insurgés, qui, chassés du faubourg Saint-Marcel, se retranchaient à la barrière Fontainebleau, route d'Italie. De formidables barricades les 'protégeaient. Avant d'engager la lutte, le général ouvrit des négociations et fit connaître un vote de l'Assemblée qui accordait 3 millions aux classes nécessiteuses. Des insurgés l'invitèrent à franchir la barrière pour parlementer avec les chefs. Il y consentit, malgré les prières de ses officiers, dont quelques-uns voulurent l'accompagner. Il n'avait pas plus tôt franchi la barricade, qu'une foule aux figures sinistres l'entoure et le fait prisonnier. On l'entraîne dans

une maison voisine, et, pendant plusieurs heures, il subit les insultes de forcenés qui finissent par l'enfermer dans le poste et le fusiller par la fenêtre ainsi que son aide de camp, le capitaine Mangin. Quelques instants après, ses soldats vainqueurs emportaient la barricade. Plus lard les assassins du général Bréa furent découverts, et, à la suite d'un procès émouvant qui mit en lumière toutes les circonstances de ce drame, six accusés reconnus coupables furent condamnés à mort, et deux exécutés à la barrière de Fontainebleau môme (17 mars 1849).

Le centre de l'insurrection paraissait être dans le faubourg Saint-Antoine: aussi tout l'effort de la journée fut-il dirigé contre la place de la Bastille. Dans la rue Saint-Antoine, le général Duvivier fut atteint au pied d'une blessure qui devint mortelle. Le général Négrier, qui arrivait de Versailles, le remplaça ; mais en s'avançant avec la plus brillante intrépidité sur la place de la Bastille, où les balles sifflaient de toutes parts, il tomba à son tour. Un représentant fut tué à ses côtés.

Ces pertes considérables troublaient les soldats en les irritant. La consternation régnait dans la capitale ; le général Gavaignac, sûr de l'effet de ses dispositions stratégiques , n'en était pas moins attristé par cette grande effusion de sang, et, dans le désir d'en finir au plus tôt, il ordonnait d'employer la grosse artillerie. L'archevêque de Paris alla chez le général Gavaignac et lui communiqua son intention de se rendre parmi les insurgés et d'essayer sur eux l'effet de ses paroles. On représenta en vain au courageux prélat le danger auquel il s'exposait. « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, » répondait-il ta toutes les supplications. Il demanda une trêve et entra dans la rue du faubourg Saint-Antoine, avec ses deux grands vicaires. Un garde national, Albert, portait devant lui une branche d'arbre en signe de paix. Mais on tirait encore du boulevard Beaumarchais. L'archevêque avait à peine prononcé quelques ])aroles qu'il s'affaissa, atteint d'une balle dans les reins. On vit aux ravages de la blessure, dirigée de haut en bas, que la balle était partie d'une fenêtre. Recueilli et soigné par les insurgés eux-mêmes, émus de tant de dévouement, le prélat fut ensuite transporté à l'Archevêché. En proie aux plus vives souffrances, Mgr Affre murmurait ; c< Faites, ô mon Dieu, que mon sang soit le dernier versé! >> Il expira le 27.

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