‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 50 sur 86 · LYII. — LA CONSTITUTION REPUBLICAINE DE · texte numérisé non relu

LYII. — LA CONSTITUTION REPUBLICAINE DE

La nuit du 23 au 26 juin se passa sans combat, mais on ne cessait de voir arriver les gardes nationales de la province. L'insurrection eût triomphé qu'elle se serait trouvée au bout de quelques jours devant une nouvelle armée accourue de tous les points de la France.

Les insurgés venaient d'être délogés de leurs derniers retranchements à la barrière Rochechouart, au clos Saint-Lazare, dans le haut des faubourgs Saint- Denis et du Temple. Le général Lamoricière s'avançait pour attaquer en tlanc le faubourg Saint-Antoine, que le général Perrot devait attaquer de front. La trêve expirait le lundi 26 à dix heures du matin. Lorsque dix heures sonnèrent, les insurgés ne recommencèrent pas le feu. « Messieurs, dit le général à ses officiers, il ne faut pas se montrer trop rigoureux ; accordons encore dix minutes de grâce. » Les dix minutes écoulées, le général donna le signal de l'assaut et au même moment on entendait le canon de Lamoricière qui, de son côté, ouvrait le feu et s'apprêtait à envelopper le faubourg. Après une lutte vive mais courte, les barricades qui ferment l'entrée de la rue du faubourg sont enlevées et les insurgés battent lentement en retraite, protégés par les soixante-cinq barricades qui coupent la rue jusqu'à la place du Trône. Mais près d'être cernés, ils demandent à capituler et se rendent ; les communes de la Chapelle et deBclleville furent occupées simultanément; celle de la Villette ne se rendit qu'à sept heures du soir, après la prise d'une dernière barricade, à la barrière des Amandiers, où le général Gourtigis fut blessé.

On suspendit la plupart des journaux. Une loi rétablit le cautionnement. Le général Gavaignac fit arrêter et mettre au secret le rédacteur de la Presse.

L'Assemblée vota la transportation de la plupart des insurgés : elle permit la poursuite contre ceux de ses membres qu'on accusait d'avoir trempé danslecomplotdulomai. Elle flétrit, sur un éloquent rapport deM. Thiers, les doctrines subversives que Proudhon, deux mois à peine après la révolte de juin, osait exposer à la tribune. Gomprenant qu'il importait de raffermir le sol au plus tôt, elle termina rapidement la Gonslitution.

Le général Gavaignac s'efforça de prévenir les excès qui auraient pu souiller la victoire : « Soldats, dit-il dans une admirable proclamation, soyez aussi grands dans le calme que vous venez de l'être dans le combat. Dans Paris, je vois des vainqueurs, des

vaincus. Que mon nom soit maudit si je consentais à y voir des victimes ! »

Cette sanglante bataille qui avait mis en péril la société, laissait dans Paris, sur les maisons, sur les églises, des traces nombreuses. Elle coûtait à l'armée sept généraux tués : François, Bourgon, Damesme, Regnault, Duvivier, Négrier, Bréa ; et cinq blessés : Bedeau, Korte, Lafontame, Foucher, Gourtigis. Dans la crainte d'une nouvelle insurrection, le général Gavaignac maintint l'état de siège. On employa à des perquisitions les gardes nationales qui arrivaient de toutes les parties de la France. Les prisons et les forts ne purent contenir les insurgés qu'on avait arrêtés, il fallut en renvoyer une partie: on en garda plus de 11,000.

Lorsque le général Gavaignac vint déposer entre les mains deTAsscmblée ses pouvoirs extraordinaires, celle-ci déclara par un vote solennel « qu'il avait bien mérité de la patrie ». Puis elle revêtit le général de l'autorité en attendant l'achèvement de la Constitution.

La Constitution républicaine élaborée par l'Assemblée reproduisait les décrets du gouvernement provisoire qui abolissaient la peine de mort en matière politique et l'esclavage. En cela, elle portait réellement l'empreinte des progrès de la civilisation. En outre, elle proclamait deux grands principes, la liberté d'enseignement et celui du suffrage universel. Était électeur tout Français âgé de vingt-cinq ans. Une assemblée unique composée de 750 représentants, souveraine maîtresse d'elle-même, recevait le mandat législatif. Point de contre-poids, car ce n'en était pas un que le Conseil d'État, élu par l'Assemblée elle-même et travaillant à la préparation des lois. Une sage disposition excluait de la Chambre tout fonctionnaire rétribué par l'État. Élu pour quatre ans, rééligible seulement après un intervalle de quatre années, le Président de la République partageait avec l'Assemblée le droit d'initiative, disposait de la force armée sans pouvoir la commander en personne, était responsable et ne pouvait dissoudre l'Assemblée pour faire le pays juge entre elle et lui, négociait et ratifiait les traités qui ne devenaient définitifs qu'après approbation de l'Assemblée.

La Constitution républicaine fut publiée solennellement le 12 novembre 1848, et bien qu'elle n'eût pas réglé toutes les questions, on résolut de la mettre immédiatemnt en vigueur : on fixa les élections pour la Présidence au 10 décembre.

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