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LXÏ. — SIÈGE ET PRISE DE ROME PAR UNE ARMÉE FRANÇAISE

Au mois d'avril i849, la contre-révolution triomphait sur tous les points. Le 12 avril le gonfalonnier de Florence, Ùbaldino Peruzzi, encouragé par les succès des Autrichiens, rétablit dans la ville l'autorité du grand-duc.

A Rome, la question politique se compliquait d'une question religieuse et les puissances catholiques songeaient à rétablir le pape dans la plénitude de sa souveraineté. Victorieuse à Novare, l'Autriclio s'étendait dans la péninsule, occupait Parme et Modène et s'avançait sur Bologne. Sur le Garigliano, une armée napolitaine se rassemblait. Dans les ports d'Espagne, se préparait une flotte nombreuse.

Le Président de la République française, LouisiNapoléon, résolut d'intervenir : malgré l'opposition du parti républicain qui ne pouvait admettre que la France combattît une république, il envoya un corps de troupes de sept mille hommes commandés par le général Oudinot,duc de Rcggio(2o avril 1849).

La République romaine était gouvernée par Mazzini, qui, entré dans le triumvirat au mois de mars, exerçait une véritable dictature et prenait pour mot d'ordre : Dieu et le Peuple. Il essaya d'écarter par des négociations le péril qui le menaçait, mais le général Oudinot continuait d'avancer sur Rome et arriva le 29 avril devant la ville. Les Romains s'apprêtèrent à résister sous les ordres d'un chef déjà bien connu, Garibaldi, qui venait de prendre à la guerre contre l'Autriche une part active. Une première attaque des Français échoua et il devenait évident qu'avec un si faible contingent on ne pouvait songer à entrer dans Rome.

Des discussions passionnées s'engagèrent à Paris dans l'Assemblée constituante sur l'abandon ou la continuation de l'expédition. Mais l'Assemblée constituante fit place bientôt à l'Assemblée législative où les partisans de l'ordre monarchique étaient en majorité et Louis-Napoléon put envoyer au général Oudinot des renforts qui portèrent son armée au chiffre de vingt-cinq mille hommes. Dans l'intervalle, les Autrichiens avaient rétabli à Parme le duc Charles III (18 mai) et étaient entrés à Florence (25), accueillis avec joie par le grand-duc. Ils s'étaient aussi emparés de Bologne (16 mars) après un siège de quelques jours et le 26 les Espagnols devaient débarquer à Gaëtc.

Le corps d'armée français commença le 3 juin le siège de Rome qui fut dirigé par le général du génie Vaillant et conduit de manière à épargner les

monuments de la célèbre capitale des arts. Le 21 trois brèches furent ouvertes dans les remparts, et le 29 un assaut décisif rendit les Français maîtres du quartier du Janiculc. Le gouvernement romain se retrancha sur Montorio, derrière de nouvelles fortifications, mais la résistance ne pouvait se prolonger. Dans la nuit du l'^'' au 2 juillet, Garibaldi sortit de la ville avec plusieurs milliers d'hommes et l'armée française entra dans Rome. Le 4, l'assemblée romaine était dissoute.

Les embarras du gouvernement français commencèrent alors et cette expédition de Rome devait avoir pour l'avenir de graves conséquences. Le gouvernement pontifical espérait qu'il allait être rétabli sans condition et bientôt il fut détrompé par un manifeste du président de la République ( sous forme de lettre au colonel Edgard Ney ). « La République française n'a pas envoyé une armée à Rome pour y étouffer la liberté italienne, mais au contraire pour la régler... Dites de ma part au général Rostolan qu'il ne doit pas permettre qu'à l'ombre du drapeau tricolore on commette un acte qui puisse dénaturer le principe de notre intervention. Je résume ainsi le rétablissement du pouvoir temporel du pape : amnistie générale, sécularisation de l'administration, code civil... » Ainsi le prince Lou s- Napoléon se trouvait engagé dans une situation qui n'allait pas tarder à devenir inextricable. Rétablissant le pouvoir temporel quoiqu'il le déclarât opposé aux idées modernes, il s'aliénait les libéraux italiens sans se concilier la papauté. Pie IX ne consentit à rentrer à Rome que le 4 avril 1830 et il fallut, pour assurer le maintien du gouvernement pontifical que les Français continuassent d'occuper Rome où ils devaient rester dix-sept ans.

La prise de Rome par l'armée française portait malheureusement un coup funeste à Venise. Depuis près d'un an que les Autrichiens l'assiégeaient, ils n'avançaient qu'en achetant chèrement le terrain gagné pied à pied. Les délensours de Venise, les généraux Pepe et Ulloa, le dictateur Manin ne cédaient les forts qu'au moment où leurs murailles ne présentaient plus qu'un monceau de ruines. L'état de l'Europe ne permettait plus de sauver cette courageuse cité. Aux ravages de la guerre se joignirent bientôt ceux du choléra, et Venise dut se rendre le 25 août 1849. Les canons autrichiens roulèrent de nouveau sur la place Saint-Marc.

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