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LXII. — LA DISSOLUTION DU PARLEMENT DE FRANCFORT

Le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, avait (lès le 42 novembre 1848, maîtrisé la révolution à Berlin. Toutefois il ne craignit pas d'entrer dans la voie des concessions sérieuses et réunit deux nouvelles Chambres. Mais ce libéralisme n'était qu'apparent ; le roi de Prusse devait bientôt suivre les autres souverains dans la réaction. Pourtant les libéraux allemands, en cherchant à réaliser l'unité de la patrie allemande et en demandant l'appui de la Prusse, ouvraient à ce pays un nouvel avenir. Le frère de Frédéric-Guillaume IV ne devait pas, quoiqu'il fût aussi absolutiste, oublier les perspectives qu'on avait voulu ouvrir à ia Prusse. 11 a réalisé en 4870 ce qui ne paraissait alors que le rêve des députés du parlement de Francfort.

A Francfort, on parlait toujours. Les députés continuaient « d'éplucher des mots, maladie naturelle aux Allemands » (c'est un historien, leur compatriote, qui l'a dit). La première lecture de la constitution ne fut achevée qu'au mois de janvier 4849. A ce moment, l'Autriche se relevait et protestait contre les votes malveillants dont l'avait frappée le parlement germanique.

L'attitude de l'Autriche, le mécontentement des princes secondaires, l'influence de plus en plus grande que prenait à^Francfort le parti démocratique, déterminèrent la Prusse à abandonner cette assemblée qui travaillait pour elle. Le 2 avril 4849, Frédéric-Guillaume IV fit une réponse évasive à la députation qui venait lui apporter la couronne impériale. Inquiet des dispositions du roi de Prusse, le parlement se déclara en permanence jusqu'à la réunion de la première diète impériale. L'Autriche lui signifia qu'elle ne le connaissait plus et rappela ses députés. Ce fut le commencement de la désorganisation.

Le parti modéré, faiblissant de plus en plus devant le parti radical, s'effaça et bientôt se dispersa. Le parlement ofFril successivement son fantôme d'empire à tous les princes de l'Allemagne et n'essuya que des refus. Diminué par le départ des hommes les plus sensés et les plus habiles, dominé par les démocrates, il se retourna du côté des peuples pour contraindre les souverains à accepter son œuvre. L'insurrection s'étendit à la Bavière. Des associations révolutionnaires se formaient à Munich, à Nuremberg, à Wûrzbourg. A Dresde, le 3 mai, éclata une insurrection qui dura six jours. La bataille fut sanglante et rappela nos journées de juin. Il fallut l'intervention de la Prusse pour la

terminer. « Sachez-le bien, a écrit Henri Heine, le jour où se fera la révolution allemande, on verra que la révolution française n'a été qu'une églogue. »

Ces batailles furent la condamnation du parlement de Francfort qui se sépara de lui-môme, se déclarant transféré à Stuttgard (30 mai). Là le premier parlement germanique, dégénéré en club, disparut devant les injonctions de la police wurtembergeoise.

Ne restait-il rien de l'œuvre du parlement de Francfort ? Il restait l'idée qui avait présidé à sa réunion; le désir de l'unité. Le dualisme qui partageait l'Allemagne, l'antagonisme de l'Autriche et de la Prusse s'était affirmé d'une manière éclatante. Cet antagonisme retarda en Allemagne le rétablissement de l'ancien ordre de choses. La Prusse, qui avait refusé la couronne impériale, tenta de reprendre elle-même l'œuvre du parlement de Francfort ; l'Autriche s'appliqua à déjouer tous ses projets. La Prusse parvint à conclure, avec vingt-sept États, une union restreinte (26 mai 4849), à former une Xtetite XUemagne comme le voulait le parti dit de Gotha et convoqua un parlement à Erfurt, le 20 mars 4850.

Mais l'Autriche, plus habile en diplomatie, ralliait beaucoup de souverains à l'idée de rétablir l'ancienne diète. Les conférences de Dresde, ouvertes le 23 décembre, ramenèrent la Prusse au système de 1815 qu'elle repoussait auparavant dans l'intérêt de son ambition et qu'elle fut heureuse d'invoquer à son tour pour arrêter l'ambition de l'Autriche. La Prusse avait essayé de constituer une petite Allemagne. Maîtresse du terrain, l'Autriche essayait, à son tour, d'édifier une grande Allemagne ; elle voulait faire entrer toutes ses populations dans la Confédération, et peser ainsi de tout son poids sur l'Allemagne. L'émoi fut grand ; la Prusse se retrancha derrière le pacte de 4815 ; les puissances européennes intervinrent, la France une des premières, et l'Autriche dut ajourner ses projets.

Le 30 mars 4854, la vieille diète de Francfort reprenait le cours, momentanément interrompu, de sa paisible existence. L'Autriche et la Prusse se réconcilièrent en apparence ; les petits souverains se félicitèrent de voir indéhniment reculée l'heure où ils devaient être mangés par l'affamé de Vienne ou de Berlin. Us se rendormirent ainsi que leurs peuples ; les rêves seuls troublèrent un sommeil qui dura jusqu'en 4866, date où la Prusse, énergiquement conduite et armée d'une manière formidable, devait devenir maîtresse de l'Allemagne.

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