‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 55 sur 86 · LXIII.— L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE · texte numérisé non relu

LXIII.— L'ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

L'expédition de Rome, approuvée par l'Assemblée législative, témoignait de son esprit de réaction et cet esprit allait se révéler également par une sorte d'expédition de Rome à l'intérieur, suivant un mot de l'époque. Surtout après une émeute presque aussitôt réprimée que commencée, le 13 juin 1849, et des troubles à Lyon, Reims, Bordeaux, Màcon, Dijon, etc., l'Assemblée vota une loi contre les clubs, puis une loi qui attribuait un droit de surveillance aux préfets sur les instituteurs primaires (20 décembre). Les principaux clubs furent fermés, les arbres de liberté enlevés. Le Président choisit un ministère entièrement dévoué à sa politique.

Le pouvoir et l'Assemblée travaillèrent à une sorte de restauration politique et religieuse dans laquelle reparurent les dissidences ou plutôt les ambitions des partis. La discussion de la loi sur l'enseignement remplit les séances des premiers mois de 1850. Cette loi avait pour base le principe de la liberté d'enseignement et, avec la loi du budget, détruisit l'Université comme corporation. Mais si l'Université que le clergé cherchait surtout à affaiblir, n'était plus dès lors une société particulière jouissant d'un monopole, elle devint TÉlat profitant lui-même de la liberté d'enseignement qu'il a proclamée, l'État enseignant. L'Université, c'est aujourd'hui cette hiérarchie de professeurs dévoués à 'instruction des générations nouvelles, unis par le même culte des lettres et des sciences, par l'amour de tout ce qui étend l'esprit et élève le cœur.

De nouvelles élections socialistes déterminèrent les conservateurs à restreindre le suiTrage universel. Une loi électorale, votée le 31 mai, n'attribua plus le droit de suffrage qu'aux citoyens ayant trois ans de domicile dans la commune, inscrits sur le rôle de la contribution personnelle ou de la prestation en nature. Elle supprimait trois millions d'électeurs, mais le pouvoir exécutif n'avait consenti qu'à regret à cette restriction du principe dont il émanait. L'entente du Président et de l'Assemblée se traduisit encore par la ] prolongation de la loi du 19 juin 1849, sur les clubs, votée seulement pour un an, par le droit donné au gouvernement d'interdire les réunions électorales (6 juin), l)ar une loi sur la déportation aux îles Marquises (8 juin), par une loi sur la presse, qui rétablit l'impôt du timbre sur les journaux et éleva le chiffre des cautionnements. Cette loi, votée le 16 juillet, contenait une disposition des plus importantes, l'obligation de la signature des articles de jour-

nal. On dut dès lors combattre en pleine lumière.

Pendant les vacances parlementaires, les députés légitimistes firent un pèlerinage à Wicsbadcn, où ils s'entretinrent avec le comte de Chambord de la conduite à tenir ; les députés orléanistes, plus excusables, allèrent à Claremond où s'éteignait le vieux roi Louis-Philippe (26 août) ; les socialistes réfugiés àLondrcs poursuivaientavec ardeurleurpropagande et fixaient à l'année 1852, année du renouvellement des pouvoirs du Président et de l'Assemblée, l'époque où ils comptaient recommencer la lutte.

Le général Changarnier avait été, en des circonstances difficiles, investi d'un double commandement. On le représentait, à tort ou à raison, comme le restaurateur futur d'une des anciennes monarchies. Le Président résolut de mettre fin à une situation qui lui portait ombrage. Le 7 janvier 1851 il rapporta les décrets qui réunissaient sous un même commandement les gardes nationales de la Seine et les troupes de la première division militaire. L'Assemblée s'irrita et se regarda comme frappée dans la personne du général qui avait sa confiance. M. Thiers, défendant l'omnipotence parlementaire contre les ambitions du Pouvoir exécutif, dit le mot de la situation : « Si l'Assemblée cède, l'empire est fait. ».

La lutte, tantôt ouverte tantôt sourde, continua durant toute l'année 1851, avec une vivacité d'autant plus grande qu'approchait la date à laquelle expiraient les pouvoirs du Président. En vertu de la Constitution, le Président n'était rééligible qu'après un intervalle de quatre années. Louis-Napoléon ne pouvait donc conserver le pouvoir et se faire réélire que si la constitution était revisée. La question de la revision s'imposait à l'Assemblée et à la presse ; des pétitions, des manifestations provoquées pendant les voyages du Président mirent en demeure l'Assemblée de se prononcer. Il fallait, pour décider la revision, une majorité des trois quarts des voix; mais cette majorité ne put se réunir et la revision fut rejetée par un premier vote. Le Président prépara dès lors le coup d'État qui devait lui assurer le pouvoir.

1 . C'est au milieu de ces discussions qu'eurent lieu les séances tumultueuses qui rappelèrent et dépassèrent les plus troublées de la Restauration (8-10 juillet). CeUe agitation, peut-être sans exemple, fut soulevée par le mot de catastrophe que M. Rouher, ministre, appliqua à la Révolution de 1848.

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