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LXIV. — LE SIÈGE DE ZAATGHA

La révolalioii de Février avait eu en Algérie un dangereux contre-coup : elle avait presque remis en qucslion notre conquête que la prise d'Abd-el- Kader semblait avoir assurée. Des révoltes partielles mais multiples éclatèrent. L'ex-bey de Constantine, réfugié dans la province de Tunis, reparut au milieu des Arabes. Le colonel Canrobert qui commandait dans le sud de la province de Constanline, le poursuivit, le surprit dans les gorges étroites de l'Aurès et le fit prisonnier avec sa sma/a et toute sa lamillc.

En 1849 une insurrection plus grave encore éclata dans le Sahara algérien et obligea notre armée à un siège non moins fameux dans nos annales militaires que le siège de Gonslantine : ce lut le siège de Zaatcha. Cette petite ville, située dans une oasis et bien fortifiée, était devenue le point d'appui des bandes insurgées. Le chef des révoltés, Bou- Zian. en avait fait sa place d'armes. Bou-Zian et son lieutenant, Si-Moussa, exerçaient sur les Arabes une autorité sans limite. La ville de Zaatcha avait déjà résisté à plusieurs sièges et à Abd-el-Kader : aussi les défenseurs la regardaient-ils comme imprenable.

Le général Herbillon arriva devant la ville avec quatre mille hommes de toutes armes le 7 octobre 1849. Les premiers combats livrés pour enlever les jardins qui environnaient la ville ne furent pas heureux ; les femmes arabes se mêlaient aux combattants : elles mutilaient ou achevaient les blessés. Enfin les murs qui séparaient tous ces jardins furent enlevés et on put ouvrir la tranchée. Le 20 octobre deux brèches semblaient praticables ; le général Herbillon lança deux colonnes d'assaut. Elles échouèrent. Il fallut reprendre les travaux du siège. Le général Herbillon reçut quelques renforts : le colonel Canrobert qui s'était déjà acquis une renommée de brillante valeur, amenait les zouaves ; plusieurs bataillons et quelques batteries d'artillerie suivaient.

L'assaut décisif fut fixé au 26 novembre. Le colonel Canrobert qui devait monter à l'assaut le premier, se fit désigner les plus braves pour l'accompagner : il se forma ainsi une petite escorte de seize hommes avec laquelle il devait se présenter à découvert aux premiers coups ; il avait en outre auprès de lui quatre officiers pour porter ses ordres. Il fit sortir de la sape vingt-cinq chasseurs sous la conduite d'un brave ofticier, Liotet, pour s'emparer d'une maison à gauche de la brèche et faciliter le

passage, puis il s'élança lui-même à la tête des zouaves. L'élan qu'il leur imprima était tel, qu'en peu d'instants la brèche était franchie et que sa colonne arriva au milieu de la ville. Les feux des maisons lires à bout portant, les obstacles les plus redoutables et depuis longtemps préparés, ne purent l'arrêter. Le colonel qui dirigeait sa troupe dans ce dédale de ruelles, vit tomber tous ceux dont il était entouré ; sur seize zouaves ou chas- SvOurs qui ne devaient pas le quitter, douze furent tués ou blessés; de ses quatre officiers d'ordonnance, doux moururent à ses côtés, les deux autres furent frappés. Le chef de bataillon Lorencez commandait le premier bataillon de zouaves ; dès les premiers instants de l'assaut il reçut une balle dans le flanc. De son côté le colonel de Lourmel entraînait ses soldats, et, malgré une blessure reçue à brûlepourpoint, il continua à diriger l'attaque de gauche. Le colonel de Barrai, après un momentd'arrêt causé par un éboulement, donnait la main aux deux autres colonnes. Ces trois forces enlaçaient alors les trois quarts de la ville, dont pas un défenseur ne pouvait s'échapper ; mais, si le plus grand effort était déjà fait, il restait à entamer l'assaut de chaque maison remplie d'Arabes décidés à vendre chèrement leur vie. Il y eut alors une foule de combats acharnés et sanglants mais partout les Arabes furent pour ainsi dire exterminés. Jamais spectacle plus propre à terrifier les imaginations ne s'était offert aux yeux des populations voisines. La ville détruite de fond en comble, les mosquées renversées, les habitants massacrés, les têtes de Bou-Zian et de son jeune fils plantées au milieu du camp, les tribus nomades dispersées et dépouillées, les frais de la guerre imposés aux vaincus, tout leur disait assez à quels maîtres auraient affaire désormais les révoltés.

Les années d850 et 1851 furent signalées par des expéditions du général de Saint Arnaud dans la Kabylie. Le ministre de la guerre résumait ainsi la dernière : « Quatre-vingts jours de durée, 8000 hommes de troupes, 660 kilomètres de terrain, un homme touché sur huit, vingt rencontres et six batailles rangées, total : vingt-six victoires. En 1852 la prise de Laghouat fut également un des plus brillants faits d'armes de notre armée d'Afrique. De 1853 à 1857 le général Randon acheva la soumission des Kabyles et planta le drapeau français sur les plus hauts sommets de leurs montagnes.

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