‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 60 sur 86 · LXIX. — GUERRE DE CRIMÉE. — SIÈGE DE SÉBASTOPOL · texte numérisé non relu

LXIX. — GUERRE DE CRIMÉE. — SIÈGE DE SÉBASTOPOL

Vainqueurs à l'Aima, les alliés s'emparèrent du port de Balaclava, mouillage important pour les escadres et port d'approvisionnement. Ils s'avancèrent ensuile vers Séljastopol qu'on croyait peu fortifié du côté de la terre, mais devant lequel, depuis le commencement des hostilités, les Russes avaient fait des travaux considérables. On se décida à entreprendre un siège régulier ou, pour mieux dire, irrégulier, car ce fut un siège unique dans les fastes de l'histoire moderne : on n'avait point assez de troupes pour investir la place que les Russes ne cessaient de ravitailler ; il fallait creuser les tranchées dans un terrain de rochers ; les armées alliées opéraient à cinq cents lieues de leur pays, attendant le plus souvent leur matériel et leurs provisions, livrés à la merci des vents impétueux qui soufflaient dans la mer Noire.

Sébastopol était bien plus fortifié qu'on ne l'avait cru. Cet immense arsenal dans lequel les Russes avaient, de longue date, accumulé tous les moyens de défense, était protégé à la fois par la nature et par l'art. La ville comptait peu, les casernes, les magasins, les chantiers formaient une ville bien plus importante et bien plus difficile à atteindre.

Rien en France ne peut nous donner une idée de l'aspect que présentait Sébastopol et de sa situation. Les Russes avaient choisi pour l'établir une rade, la meilleure de la mer Noire, et qui n'est qu'un bras de mer entrant profondément dans les terres, encaissé par des côtes rocailleuses et escarpées. Au fond de celte rade, capable de contenir les flottes les plus nombreuses, débouche la Tchernaia, petite rivière qui traverse une vallée également resserrée et rocailleuse. L'entrée de cette rade était défendue du côté de la mer par deux forts, le fort Constantin au nord et le fort Alexandre au sud. C'est là que nos flottes eussent pu agir avec efficacité si l'ennemi n'avait sacrifié ses vaisseaux et fermé l'entrée de la rade, ne laissant qu'un étroit passage sous les feux croisés de redoutables batteries.

Toute attaque était devenue impossible de ce côté. Au nord de la rade se trouvait ce que l'on appelait la citadelle, dont les feux s'étendaient jusqu'à l'autre rive, et qui dominait la ville située de l'autre côté. C'était là qu'on avait voulu d'abord tenter l'assaut. Mais on se décida pour l'attaque du côté sud, attaque, comme nous l'avons dit, qui offrait l'avantage do mettre l'armée en communication fr.cile avec les flottes et de nous assurer les ports de Balaclava et de Kamiesch. Sur celte rive

méridionale de la rade, s'élevait la ville proprement dite de Sébastopol, bûtie en amphithéâtre sur un mamelon composé de roches blanchâtres. Elle se divisait en deux parties ; la ville basse, qui renfermait le marché et les maisons de commerce ; la ville haute, habitée par la population riche et les fonctionnaires. C'est dans cette partie que se trouvaient les quelques édifices de Sébastopol, la cathédrale, surmontée d'un clocheton assez élevé, plusieurs autres églises, la bibliothèque, le théâtre. La ville se trouvait entre deux baies formées par la rade, la baie de rartillerie, la plus proche de la mer, et le port militaire qui pouvait contenir de 15 à 16 vaisseaux de ligne et qui les séparait des établissemenls maritimes et du faubourg dit de Karabelnaïa. La rade formait encore à l'est une troisième baie, dite du Carénage. Tout ce côté de Sébastopol était protégé par une muraille qui enveloppait à la fois la ville et les établissements maritimes. Cette muraille était elle-même protégée par des bastions destinés à devenir célèbres ; c'étaient, si nous partons du fond delà rade pour contourner la ville et descendre à la mer, le bastion du Carénage, la tour Malakoff (\u\ dominait le faubourg de Karabelnaïa et la place, le bastion du Redan, les bastions du Mât, de la Tour, etc., et près de la mer un fort qui protégeait une baie à laquelle il empruntait son nom : la Quarantaine. Près de ce fort, se trouvait un lazaret. Cette baie était formée par la mer qui, à quelque distance, creusait le port de Kamiesch, oii nos vaisseaux venaient débarquer nos vivres, nos approvisionnements, notre matériel de siège.

Le 25 octobre, les Russes tentèrent une attaque sur Balaclava, le port des Anglais. Les Russes, commandés par le général Liprandi, étaient au nombre de 25,000 hommes et amenaient quarante pièces de canon. Les Anglais repoussèrent cette attaque et gagnèrent la bataille qui se termina malheureusement par le sacrifice inutile d'une belle brigade de cavalerie. Sur un ordre mal transmis, la brigade de lord Cardigan s'avança contre des batteries russes qui la décimèrent. Les cavaliers se précipitèrent néanmoins au-devant de la mort, et ne cessèrent leurs attaques que lorsqu'ils restèrent en trop petit nombre. Cette charge brillante mais inutile attestait la valeur chevaleresque des Anglais et demeura légendaire.

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