LXXII. — PRISE DE SÉBASTOPOL (8 septembie
Le général Pélissier, signalé par ses services en Afrique, poussa le siège avec vigueur. Deux combals dans lesquels nos troupes repoussèrent deux sorties de la garnison russe (nuits des 22 et 23 mai) inaugurèrent son commandement. En môme temps, une expédition s'emparait de Kertch et d'Iéni-Kalé, détruisait d'immenses magasins de l'armée russe et enlevait à la garnison de Sébastopol un de ses principaux points de ravitaillement (25 mai). L'escadre alliée remontait la mer d'Azof jusqu'à Taganrog qui fut bombardé (3 juin).
Le 7 juin, les Français enlevaient d'assaut, en avant de Sébastopol, deux positions importantes, le Mamelon-Vert et la redoute du Carénage, pendant que les Anglais s'emparaient avec le même élan de l'ouvrage dit des Carrières. A la suite de ces succès, l'ardeur des troupes était telle que le général Pélissier crut devoir tenter un assaut décisif contre la toîir de Malakoff. Le i8 juin, à trois heures du malin, t rois colonnes françaises se précipitèrent contre cc^ redoutables fortifications; les Anglais marchèrent contre le Grand-Redan. Un signal mal compris empêcha la simultanéité des attaques et, jusqu'à huit heures du matin, nos soldats se dévouèrent inutilement. Ce malheureux assaut nous coûta trois mille liommes, mais n'excita dans tous les cœurs que le désir d'une éclatante revanche. Le 28 juin, le général commandant de l'armée anglaise, lord Raglan, succombait à une attaque de choléra ; son commandement passa au général Simpson. Ainsi cette guerre opiniâtre avait déjà emporté deux des chefs supérieurs qui avaient conduit en Orient les armées alliées.
A ce moment, quatre puissances étaient coalisées contre la Russie. A la France, à l'Angleterre et à la Turquie s'était joint le Piémont, qui avait signé avec les puissances belligérantes un traité d'alliance offensive (26 janvier 1855). L'Autriche avait également signé un traité le 2 décembre 1854, mais purement défensif. Le Piémont envoya en Grimée dix-huit mille hommes qui arrivèrent dans le courant de mai et de juin. Placés en observation le long de la Tchernaïa, les Sardes furent les premiers, le 16 août au matin, avoir déboucher de profondes colonnes russes qui venaient encore troubler les opérations du siège. Avertis, les Français se rangèrent en bataille, et les Russes, malgré l'impétuosité de leur attaque, ne purent forcer la Tchernaïa : ils s'enfuirent criblés de boulets par l'artillerie qui prenait en écharpe le pont de Traktir, centre de l'action.
Délivrés d'inquiétude sur l'armée qui tenait la
campagne, les alliés résolurent de ne plus retarder l'attaque définitive du système Malakoff. Get ouvrage, sorte de citadelle en terre, armée de soixante-deux pièces de divers calibres, couronnait un mamelon qui dominait la ville. Le 5 septembre commença un bombardement terrible secondé par l'artillerie des vaisseaux. Il dura trois jours. Le 8 septembre, à midi, les batteries cessèrent de tonner. A la voix de leur chefs, les divisions de Mac-Mahon, Dulac et de la Motterouge sortent des tranchées. Les tambours et les clairons battent et sonnent la charge, les soldats se précipitent sur les défenses de Icnnemi. Ge fut un moment solennel. La largeur et la profondeur du fossé, la hauteur et l'escarpement des talus rendent l'ascension extrêmement difficile pour nos hommes ; mais enfin ils parviennent sur le parapet garni de Russes qui se font tuer sur place, et qui, à défaut de fusils, se font arme de pioches, de pierres, d'écouvillons, de tout ce qu'ils trouvent sous leur main. Les soldats français arrivent de plus en plus nombreux dans l'ouvrage, refoulent les Russes qui continuent de résister, et, peu d'instants après, le drapeau de la France était planté sur Malakoff pour ne plus en être arraché. » Mais il nous fallut lutter longtemps pour rester décidément maîtres de l'ouvrage ; les batteries des ouvrages voisins, celles du nord de la rade nous foudroyaient, les colonnes russes revenaient sans cesse à l'assaut. Une aftaque que nous avions dirigée à gauche, sur les fortifications de la ville, n'avait pu réussir ; les Anglais, après avoir emporté le Grand-Redan et s'y être maintenus plusieurs heures sous un feu terrible, l'avaient évacué. Mais nos troupes, malgré les pertes considérables qu'elles essuyaient, se maintenaient avec une inébranlable fermeté dans la tour Malakoff, et, après un dernier assaut désespéré, les Russes se retirèrent vers cinq heures, faisant sauter les mines qu'ils avaient préparées partout; ils passèrent à la hâte le pont qui les conduisait au nord de la rade. Notre armée ne put leurcouper la retraite, car il lui eût fallu s'engager au milieu des explosions qui bouleversaient tous les travaux des Russes. Le grand résultat était obtenu : Malakoff pris, Sébastopol nous appartenait.
Ge succès éclatant termina la guerre ; un congrès se réunit à Paris ; la paix fut signée le 30 mars 1856 et imposait de grands sacrifices à la Russie, qui s'est dédommagée en 1878 et a recouvré, grâce à nos désastres, ce qu'elle avait perdu.
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