‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 66 sur 86 · LXXV. — LA GUERRE D'ITALIE · texte numérisé non relu

LXXV. — LA GUERRE D'ITALIE

Au dcbul (le l'annde 1859, un mot de l'empereur N;ipo!('on III vint faire craindre des complications prochaines. Recevant le Corps diplomatique le l®' janvier, il dit à l'ambassadeur d'Autriche : «Je regrette que nos relations ne soient pas aussi bonnes que par le passé, mais je vous prie de dire à l'Empereur que mes sentiments personnels pour lui ne sont pas changes. » On comprit que de graves dissentiments existaient entre les cabinets de Vienne et de Paris. Si l'Autriche se trouvait en désaccord avec la France, la Russie ne pouv; it lui pardonner son ingratitude lors de la guerre d'Orient ; la Prusse lui disputait toujours l'Allemagne. Elle avait mécontenté l'Europe entière en intervenant en Serbie et en violant une des principales stipulations du traité de 18J)6. Le cabinet anglais seul lui manifestait quelques sympathies, mais il ne pouvait encourager sa politique en Italie.

Au moment où l'Autriche mettait tout le monde contre elle, le comte de G ivour rapprochait de plus en plus le Piémont de la France, son soutien naturel. Le mariage du prince Napoléon, cousin de l'empereur des Français, avec la princesse Marie- Clolilde, fille du roi Victor-Emmanuel, fut célébrée Turin le 31 janvier 1859. Cette alliance de famille témoignait de l'alliance des deux souverains et des deux pays. L'Italie sentait qu'elle avait besoin d'un appui pour reconquérir son indépendance, et de notre rôté, ime politique traditionnelle nous obligeait à assurer notre frontière du midi et à ne pas permettre que le Piémont tombât sous la domination de l'Autriche.

Le 22 avril, l'Autriche envoya un ultimatum exigeant le désirmement immédiat de la Sardaigne. La Franco déclara à Vienne qu'elle considérerait comme une déclaration de guerre le passage du Tésin par les troupes autrichiennes. Ce passage s'effectua le 29 avril. Nos régiments se diiigèrent vers les Alpes et vers Marseille, où ils s'embarquaient pour Cônes.

L'empereur quitta les Tuileries le 11 mai, à 5 heures et demie du soir, en tenue de campagne La population parisienne voyait dans cette guerre entreprise pour la liberté d'un peuple, le commencement d'une politique libérale et se pressa en foule sur le passage de Napoléon III partant pour l'Italie.

Les troupes avaient été transportées sur le théâtre de la guerre avec rapidité. Le 14 mai, l'empereur Napoléon établit son quartier général à Alexandrie. « Dans le^ voies sacrées de l'ancienne Rome, dit-il

aux soldats, les inscriptions se pressaient sur le marbre pour rappeler au peuple ses hauts faits ; de même aujourd'hui, en passant par Mondovi, Marengo, Lodi, Castiglione, Aréole, Rivoli, vous marcherez dans une autre voie sacrée au milieu de ces glorieux souvenirs. »

Les Autrichiens qui avaient franchi le Tésin dès le 29 avril auraient pu, avant l'arrivée des Français, s'emparer de Turin. Leurs hésitations permirent h tous nos corps d'armée de se concentrer sous Alexandrie et de s'étendre sur la rive droite du Pô, se dirigeant du côté de Plaisance comme si notre intention était de franchir sur ce point le grand fleuve, rempart du Lombard-Vénitien. Le fcld-zeug-mestre Gyulai voyant le danger se porter de ce côté, apprenant l'arrivée du prince Napoléon à Livourne et l'organisation d'un corps d'armée dans la Toscane qui avait renversé son grand-duc, redoutant une attaque au défilé de la Stradella et une marche sur Mantoue, ramena ses troupes du nord du Piémont. Il massa ses forces entre Mortara, Voghera et Pavie dans une sorte de quadrilatère formé par laSésia et le Tésin, deux affluents du Pô qui coulent parallèlement, et par le Pô lui-même. Pour s'assurer que nos forces étaient réellement sous Alexandrie, le général Gyulai donna l'ordre de pousser une forte reconnaissance.

Deux divisions autrichiennes commandées par le comte Stadion rencontrèrent la division française du général Forey près de MontebeUo. Le général Forey resta vainqueur malgré l'infériorité de ses forces (20 mai). Ce brillant combat, qui illustra une seconde fois un village déjà célèbre, acheva de persuader à Gyulai que les F->rançais allaient menacer Pavie. Le lendemain un mouvement contraire s'opéra dans notre armée.

Les quatre corps d'armée échelonnés sur la rive droite du Pô, au lieu de continuer à descendre ce fleuve, le remontèrent ; se remplaçant les uns les autres, se dérobant derrière un rideau de troupes et trompant l'ennemi, ils franchirent le Pô à Casale. Les Autrichiens nous croyaient toujours à Voghera lorsque le 4° corps (général Niel), devenu tête do colonne, arrivait à Vcrceil, bientôt suivi du 3® corps (Canrobert), du 2« (Mac-Mahon), du 1" (Baraguey- " d'Hilliers). Pour masquer à l'ennemi ce mouvement tournant, l'armée sarde, conduite par le roi môme, Victor-Emmanuel, dut servir de rideau et par plusieurs attaques donner le change au feldmaréchal Gyulai.

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