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COMBAT DE PALESTRO

L'armée italienne francliit la Sesa, et, pour faciliter à nos différents corps le passage de cette rivière, s'empara du village de Palestro, qu'occupaient les Autrichiens (30 mai). Les Piémontais trouvèrent les maisons de ce village barricadées et crénelées. Malgré un feu des plus vifs, ils passèrent jusqu'à l'extrémité opposée, pendant que d'autres troupes faisaient un mouvement tournant en dehors du village et empêchaient ainsi la retraite de deux pièces d'artillerie et d'un grand nombre de prisonniers. Les bersaglicri se firent surtout remarquer par leur hardiesse dans cette attaque. Toutefois il restait à faire le siège des maisons fortifiées, guerre de rues acharnée et meurtrière. Ce brillant combat fit beaucoup d'honneur à la division du général Cialdini. Le lendemain, 31 mai, une action plus brillante encore allait avoir le même village pour théâtre.

Pendant que le maréchal Canrobert passait la Sésia presque sous les boulets autrichiens, l'ennemi attaquait avec ensemble et vivacité l'armée sarde dans Palestro. Il voulait reprendre ce village, perdu la veille, et ensuite se jeter sur le troisième corps. Mais les Piémontais se défendirent avec la plus grande vigueur, sous les ordres "des généraux Cialdini et Fianti.

Le 3e régiment de zouaves, colonel de Chabron, avait été envoyé pour soutenir les Piémontais. Au premier bruit du combat, encore lointain, il prend les armes et se range derrière un grand rideau de peupliers. Le combat se rapproche. Les zouaves s'ébranlent. Dès qu'il les aperçoit, l'ennemi dirige contre eux une batlorio de huit pièces établie sur une hauteur en avant de laquelle coule un canal. Les zouaves quittent le pas, suivent en courant la berge du canal pendant un espace de 300 mètres, sous un feu violent qui les prend de flanc, font demi-tour, s'élancent dans le canal où ils ont de l'eau jusqu'à mi-corps, gravissent comme ils peuvent l'autre rive assez escarpée, reçoivent à 6out portant la fusillade des Tyroliens embusqués dans les blés et la mitraille des canons, ne répondent pas, mais s'élancent sur les hauteurs, la baïonnette en avant, et clouent les Autrichiens sur leurs pièces. Ce fut une action rapide, décisive, éclatante. Un major autrichien disait ; « Les zouaves ne couraient pas, ils bondissaient danslaplaine, comme pour laisser passer la mitraille entre leurs jambes, et quand nous les avons vus près de nous, ils semblaient sortir de terre. Couchés à plat ventre dans

les blés, ils se sont relevés comme des tigres et nos artilleurs tombaient sous leurs coups sans avoir eu le temps de se reconnaître. »

Cinq pièces de canon restent entre leurs mains. Los zouaves ne s'arrêtent pas. Ils enfoncent de nouveaux bataillons autrichiens et rejoignent l'armée sarde. Us ne sentent i)as la fatigue : ils redoublent d'élan et unis aux Sardes ils refoulent les masses autrichiennes.

Celles-ci se retirent au delà d'un cours d'eau. Un pont sert de passage : il est défendu par une ferme où l'ennemi s'est retranché, par des pièces de canon et par des feux venant de la rive opposée. Rien n'arrête les Piémontais et les zouaves. La ferme est emportée. Les canons sont à nous, le pont nous appartient, et alors commence pour les bataillons autrichiens restés sur notre rive un véritable désastre. On les pousse dans la rivière, on les accule au pont où on en fait un carnage affreux. Des deux côtés de ce malheureux pont encombré d'un monceau de cadavres, plus de 500 Autrichiens s'en allaient à la dérive. Nos soldats cependant, malgré l'ivresse de la lutte, n'oublièrent pas leurs sentiments d'humanité. Beaucoup d'Autrichiens se déballant dans la rivière furent sauvés par eux.

Les zouaves avaient demandé que les canons pris dans le combat du 31 mai fussent offerts au roi Victor-Emmanuel dont ils avaient admiré la valeur. Ce fut Paul de Molènes, dont nous venons de reproduire le récit, qui reçut la mission d'annoncer cette nouvelle au roi. « Je montai à cheval, dit-il, et j'avais fait quelques pas à peine dans la grande rue de Palestro quand des acclamations m'apprirent que ma course était arrivée à son but. Le prince que j'allais trouver chevauchait au milieu de son état-major, entre les groupes nombreux de promeneurs militaires dont le village était alors encombré. J'exprimai de mon mieux au roi qui m'encourageait du reste par un bon et loyal sourire, les sentiments que j'avais recueillis sur son compte dans les rangs les plus obscurs de notre armée. Si j'ai été courlisan Dieu me le pardonne, ma conscience ne me reproche rien et tout ce que je souhaite, c'est d'être encore courtisan de la même manière n'importe avec quel monarque, pourvu qu'il reçoive mes compliments à cheval, que j'aie le bonheur, en les lui adressant, d'être à cheval nussi et qu'il s'agisse, dans mes discours, de canons enlevés par nos armes *. »

i . p. de Molènes

LXXYII. — BATAILLE DE MAGENTA (4 juin i8o9)

Le soir du i^^ juin, rempereur Napoléon transportait son quartier général d'Alexandrie à Novare ; le théâtre de la guerre était changé et l'armée française, après avoir tourné les Autrichiens, se trouvait sur les bords du Tessin, à quelques lieues de Milan. Le général autrichien Gyulai venait enfin de comprendre le mouvement de l'armée française et précipitait son armc'e vers Milan : il arriva encore à temps, non pour nous disputer le passage du Tessin, mais pour jeter ses régiments entre celte rivière et Milan. La bataille de Magenta s'engagea.

La route de Milan, après avoir franchi le Tessin à San-Martino, doit encore franchir un canal, le Naviglio-Grande, à Ponte-Nuovo di Magenta, et traverse ensuite le village de Magenta. Elle est longée en outre par le chemin de fer placé sur une chaussée assez élevée et qui traverse également le canal sur un pont. Magenta était le but que notre armée devait atteindre : Mac-Mahon, placé à trois lieues plus au nord, devait y arriver en partant de Turbigo.

Les Autrichiens attendaient l'attaque principale du côté de Turbigo et faisaient face de ce côté, c'est-à-dire au nord. En même temps ils défendaient la ligne du Naviglio où ils occupaient fortement ; Buffalora, à gauche de la route ; Ponte- Nuovo, à l'intersection de la route et du canal ; le pont du chemin de fer ; plus tard, le village de Ponte-Vecchio, sur notre droite.

Gomme Mac-Mahon pour arriver à Magenta avait près de trois lieues à faire, l'empereur ne voulut pas commencer l'attaque sans avoir appris qu'il était engagé. Vers deux heures il entendit son canon du côté de Buffalora et alors il lança les grenadiers de la garde qui depuis dix heures du matin tenaient déjà l'autre rive du Tessin.

Malgré les efforts des grenadiers de la garde qui cherchaient à se maintenir sur la ligne du Naviglio-Grande et la chaussée du chemin de fer, vers trois heures et demie, nous n'avions pas Buffalora, nous étions menacés de perdre le débouché de Ponte-Nuovo ; nous étions vivement pressés dans les ouvrages du chemin de fer où le général de Wimpffen luttait avec un rare courage. Le chiffre de l'ennemi grossissait : celui de nos hommes diminuait, et nos soldats, dans cette lutte trop inégale souffraient beaucoup de la fatigue et de la chaleur.

On n'entendait plus sur la gauche le canon de Mac-Mahon ; le troisième corps, retardé dans sa

marche par l'encombrement des routes, ne paraissait point. Seule, la brigade Picard qui formait l'avant-garde, arriva sur les bords du Tessin vers deux heures et demie et fut dirigée immédiatement vers le canal. Le général Picard se joint au général de Wimpffen pour défendre la redoute du chemin de fer et repousse les Autrichiens le long du canal jusqu'au village de Ponte-Vecchio, dont l'ennemi fait sauter le pont, ce qui isole les deux moitiés du village. Le combat s'étend de ce côté, car l'ennemi peut par là tourner notre droite et c'est même là que se portera tout à l'heure le plus fort de la lutte. Ganrobertne parait toujours point, tout est encore silencieux sur notre gauche, du côté de Mac-Mahon. Le deuxième corps a-t-il été repoussé ? La garde aura-t-elle seule à soutenir le poids de toute l'armée autrichienne.

Enfin, les troupes de Ganrobert arrivent, ainsi qu'une division du général Niel ; le maréchal accourt lui-môme et se jette dans la mêlée. Au même moment, on entendait de nouveau le canon de Mac-Mahon. Ge général, menacé d'être coupé, avait, par une habile manœuvre, rallié ses divisions, ce qui l'avait forcé de s'arrêter. Mais reprenant l'offensive, il refoulait vers Magenta les Autrichiens qui, pressés de front et de flanc, battirent en retraite. Le village de Magenta fut emporté après une lutte meurtrière, parce qu'il fallut faire le siège de chaque maison : dans ce combat des rues périt le général Espinasse. A sept heures du soir, les ennemis fuyaient de tous côtés, écrasés par l'artillerie des généraux Auger et Lebœuf. Cette journée, où la garde impériale avait montré tant d'héroïsme et où une foule d'incidents avaient dérangé un plan habilement conçu, nous coûtait 4 000 hommes tués ou blessés. Outre le général Espinasse, nous avions perdu Cler, un des plus brillants officiers généraux. L'ennemi comptait 20 000 hommes hors de combat et nous laissait 7 000 prisonniers.

Le 8 juin. Napoléon III et Victor-Emmanuel entraient à Milan au milieu d'un enthousiasme qui tenait du délire. Une pluie de fleurs tombait sur les soldats français. Une nouvelle victoire des Français à quelques lieues de la ville vint encore augmenter l'allégresse. Le maréchal Baraguey-d'Hilliersqui poursuivait les Autrichiens, les atteignit près d'un village bien célèbre, le village de Marignan, jadis théâtre des exploits de François I<'^ Le maréchal les mit en fuite par un combat acharné de trois heures.

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