‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 68 sur 86 · LXXVIII. — BATAILLE DE SOLFÉRINO. PRISE DE LA TOUR ET DE CAYRIANA · texte numérisé non relu

LXXVIII. — BATAILLE DE SOLFÉRINO. PRISE DE LA TOUR ET DE CAYRIANA

I/cnnemi, après avoir perdu la ligne du Tésin, abandonna encore celle de l'Adda : après Pavie et Plaisance, il évacua Crémone et Pizzighettone. La marche du cinquième corps d'armée à travers la Toscane détermina les Autrichiens à évacuer les duchés de Parme et de Modène : alors les gouvernemonts qu'ils soutenaient tombèrent: la duchesse do Parme se retira en Suisse, le duc de Modène dans les rangs de nos ennemis. Les Autrichiens a]}andonnèrcnt même Bologne, bien que la déclaration de neutralité des États de l'Église eût dû les rassurer. Désespérant do contenir la ville, le gouv^erneur pontifical la quitta également, et la Romagne suivit le mouvement national.

Cependant les Autrichiens semblaient nous abandonner la Lombardie. Après l'excellente ligne de l'Adda, ils laissèrent derrière eux celle de l'Oglio, puis celle de la Chicse, enfin ils passèrent le Minci d. L'armée alliée les suivait rapidement, pendant que le général Garibaldi qui, depuis le commencement de la campagne, manœuvrait dans le nord, couvrait sa marche.

Le 24 juin, nos corps, pour éviter la chaleur, s'étaient mis en route entre deux et trois heures du matin. Les maréchaux Baraguey-d'Hilliers et Mac- Mahon s'avançaient, au centre, sur Solferino et Gavriana; Victor-Emmanuel à l'extrême gauche, marchait de Lonato sur Pozzolengo au sud du lac de Garde; à la droite, le général Nioletle maréchal Cinrobert se déployaient dans la plaine de Médole. Tout à coup, les colonnes françaises se heurtent contre des colonnes autrichiennes, et nos généraux voient les hauteurs se garnir de masses épaisses. 11 n'y a plus à s'y tromper, l'armée autrichienne est revenue sur ses pas pendant la nuit; l'action s'engage.

Le champ de bataille s'étendait sur une largeur de cinq lieues que dessinait une longue ligne de fumée. Il y eut, en effet, dans cette journée, quatre actions distinctes ; celle de Victor-Emmanuel à San-Martino, de Baraguey-d'Hilliers contre Solferirino, de Mac-Mahon contre Gavriana, de Niol dans la plaine de Médole.

Le nœud de la bataille était le groupe des hauteurs de Solferino et de Gavriana.

11 fallait emporter, les uns après les autres, les mamelons qui précèdent la colline où se trouvait le village de Solferino bâti sur un escarpement rocailleux, au sommet duquel s'élevait une tour, dite VEspionne de Vltalie (la Spia de l'italia), parce que

de là on distingue la plupart des villes de la haute Italie et le vaste échiquier du Lombard-Vénitien. L'ennemi était logé Là à couvert et son artillerie défendait les divers points culminants aux alentours.

Le maréchal Baraguey-d'Hilliers lance les deux divisions Ladmirault et Forey qui s'emparent du mont Fenile. Puis il engage la division Bazaine et l'artillerie rayée couvre de feu la position dos Autrichiens et les maisons de Solferino. Malgré les difficultés du terrain, l'artillerie parvient à amener sur les hauteurs une batterie qui ouvre immédiatement son feu à 300 mètres de dislance du cimetière. L'infanterie de la garde arrive oour soutenir l'attaque du maréchal Baraguej^-d'Hilliers ; les voltigeurs du général Manèque abordent l'ennemi au pas de course et le forcent à se replier en arrière. Le bataillon des chasseurs de la garde tourne le village de Solferino. Les troupes du général Forey couronnent la hauteur des Cyprès ; celles du général Bazaine occupent le cimetière. La tour elle-même est iJiuse par les voltigeurs de la garde qu'on applaudit lorsqu'on les voit atteindre le point culminant. Dès lors Solferino était aux Français: les troupes autrichiennes qui occupaient le village et son château cessent leur résistance et se replient en toute hâte, abandonnant 14 pièces de canon et 1500 prisonniers.

Il était une heure et demie. L'emporcur ordonna aussitôt de marcher sur Caviiana où se trouvait le quartier impérial autrichien et dont la prise devait achever de rompre le centre de la ligne ennemie. Le corps d'armée du maréchal de Mac-Mahon va prendre une part décisive à l'action. Il quitte la plaine et se dirige vers les hauteurs. La cavalerie de la garde accourt pour combler la lacune que son mouvement produit entre ses troupes et celles du giméralNiel. L'assaut du mont Fontana est des plus difficiles et des plus meurtr"ers', il est pris, perdu, repris.

Le feld-maréchal de Hess est là dirigeant les Autrichiens et payant de sa personne avec une rare bravoure. Mais la supériorité de rarlillorie rayée assure la victoire aux Français. Le feld-maréchal disait plus tard au général Fleury, à Vérone : « Vos canons rayés décimaient nos réserves. » Il était quatre heures lorsque les soldats français restèrent maîtres du mont Fontana et s'empaièrcnt du village de Gavriana, d'où s'enfuyait plein d'amertume l'empereur François-Joseph.

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