LXXX .— RÉUNION DE LA SAYOIK ET DU COMTE DE NICE A LA FRANCE
On se répétait encore les derniers détails de la journée de Solferino lorsque le télégraphe annonça tout à coup la conclusion de la paix. Obligé d'attaquer de front le fameux quadrilatère, inquiété du mouvement révolutionnaire qui agitait 1 Italie, se méfiant de la Prusse qui mobilisait lalandwehr. Napoléon Ilf comprit que la lutte allait prendre des proportions considérables. Une entrevue fut proposée à l'empereur d'Autriche ; et le 11 juillet, dans une maison de Villarranca,les deux souverains signèrent les préliminaires de la paix à la grande stupéfaction de l'Europe. L'empereur d'Autriche cédait la Lombardie à Napoléon qui la remettait à Victor- Emmanuel. Le Piémont se trouvait ainsi agrandi d'une riche province. L'Autriche refoulée derrière le Mincio, perdait son influence polilique sur tout le reste de la péninsule. Les traités de Zurich furent signés entre la France et l'Autriche, puis entre la Franco, l'Autriche et la SarJaigno (16 octobre- 10 novembre).
La paix de Villafranca avait réservé le retour des souverains de l'Italie cenfale. Mais comment assurer ce retour ? La France ne pouvait employer la force pour restaurer des princes qui lui étaient hostiles, et ne pouvait permettre à l'Autriche de ramener elle-même ces princes, considérés comme ses lieutenants. Les provinces de l'Italie centrale •durent des assemblées et mirent à la tête de leurs gouvernements provisoires des hommes d'l^]tat piémontais. Du 20 au 27 août, les assemblées de Parme, de Modône et de Florence prononcèrent la déchéance des anciens souverains et l'annexion des duchés au Piémont. Les Légations émirent un vote semblable (16 septembre). L'idée de l'unification italienne se développait.
Le cabinet de Londres, fidèle à sa tactique, avait pris la place laissée libre par la France et cherchait à s'assurer les bénéfices de la guerre que nous avions soutenue: mais il craignait surtout un nouveau conflit. Il mit en avant le principe de nonintervcntion auquel l'Autriche et la France adhérèrent. Quoi qu'il advint en Italie, la France ne pouvait prendre les armes contre ses alliés de la veille, et (lu moment que l'Italie devait seule régler ses djstinées, tout péril général disparaissait (janvier et février 1860)
Gavour qui, après la paix de Villafranca, avait donné sa démission, était revenu au pouvoir au commencement de 1S60. Il établit dans une circulaire, que les dorniLMS mois de 1859 avaient prouvé l'im-
possibilité d'une restauration des souverains do l'Italie centrale. Il trouvait pour son travail d'annexion un appui dans le gouvernement anglais qui combattait l'idée d'un royaume central en Italie, soutenue par le gouvernement français. L'empereur Napoléon III chercha encore une autre combinaison en proposant l'annexion des duchés de Parme, de Modène au Piémont, un vicariat de la Romagne exercé par le roi de Sardaigne, le rétablissement du grandduché de Toscine. Celte combinaison ne fut pas agréée. Le gouvernement françiis déclara alors qu'il ne s'opposait plus au mouvement qui précipitait l'Italie centrale vers le Piémont, mais qu'il ne pouvait voir sans inquiétude se former sur sa frontière du midi un royaume puissant. Il réclama les versants français des Alpes, Nice et la Savoie.
Le Piémont ne put contcsler la justice de ces réclamations et le vif désir de la Savoie de redevenir province française. Le roi Victor-Emmanuel signa le 24 mars le traité de cession, réservant l'adhésion du parlement et le vote des populations. Un vote enthousiaste demanda l'annexion, et le parlement italien, malgré quelques protestations, consentit à un sacrifice bien compensé par les destinées nouvelles ouvertes à l'Italie.
Le 13 juin, le Sénat français ])roclama, par un sénatus-consulte, l'incorporation des nouvelles provinces : le Corps législatif vota, à l'unanimité, les lois qui divisaient les nouvelles provinces en départements de la Savoie et de la Haute-Savoie. Le 14 juin, la France fêta la réunion des nouveaux départements. Des guides hardis allèrent planter le drapeau français sur une des plus hautes cimes du Mont-Blanc, ce roi des Alpes et de toutes les montagnes de l'Europe.
Le comté de Nice devint le département des Alpes-Maritimes. La France reçut ainsi une plus grande part de ce. rivage heureux de la Méditerranée, si bien découpé par la nature, si bien abrité contre les vents du Nord, en toutes saisons verdoyant et fleuri, parfumé des senteurs de l'oranger, réciauffé, en hiver, par un soleil brillant qui ranime les malades, et bordé par une mer aussi bleue que le ciel qu'elle reflète.
La France ne s'opposa plus au mouvement qui poussait toutes les autres })arties de l'Italie à s'unir au Piémont. La maison de Savoie avait perdu son berceau, mais elle dominait la péninsule italienne. Le vieux Piémont n'existait plus, mais, en IbOl, le rovaume d'Italie était créé.