‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 73 sur 86 · LXXXIII.— EXPEDITION DE CHINE · texte numérisé non relu

LXXXIII.— EXPEDITION DE CHINE

L'Anglclcrre avait fait la guerre à la Chine en 1842, et obtenu en 1843 le traité de Nankin. La France, de son côté, avait en 1844 obtenu les mêmes avantages, et de plus la liberté pour les clirétiens d excercer leur culte. Mais les persécutions ne tardèrent pas à recommencer contre les chrétiens, et l'insurrection des Taï-Pings qui éclata, rendit encore le sort des missions plus malheureux. Par contre, le lien des intérêts commerciaux devenait plus étroit entre l'Europe et les quatre ports ouverts par le traité de Nankin. Le commerce de la Chine avec les puissances européennes, en s'augmentant, devenait de moins en moins égal pour celles-ci. Les exportations du Céleste-Empire dépassaient les importations d'Europe. La Chine voulait bien vendre, mais non acheter, et l'impossibilité dans laquelle nous nous trouvions de communiquer avec l'intérieur nous empêchait de répandre dans les provinces les produits de notre industrie. La Chine absorbait l'or européen sans réciprocité.

Après quelques hostilités en 1856 et en 1857, les Chinois avaient demandé la paix à l'Angleterre et à la France. Mais les traités de Tien-Tsin n'étaient qu'un leurre. L'échange des ratifications devait avoir lieu à Pékin, dans le délai d'un an. Au mois de juin 1859, les plénipotentiaires français, anglais et américains se présentèrent à l'embouchure du Peï-Ho pour remonter ce fleuve et se diriger vers la capitale. Le fleuve était barré par de solides cstacades. A peine les canonnières furent-elles engagées contre le premier barrage qu'un feu terrible partit des forts, détruisit plusieurs navires, décima les équipages et blessa l'amiral anglais lui-même.

La France et l'Angleterre résolurent d'infliger au gouvernement chinois un châtiment dont il se souvînt. Douze mille Français commandés par le général Cousin-Montauban, vingt-trois mille Anglais avec le général Grant, partirent vers la fin de 1859. Les forts de Takou qui défendaient l'embouchure du Peï-Ho furent enlevés (août 1860). Fidèles à leur diplomatie perfide, les Chinois ouvrirent avec les vainqueurs des négociations. Lord Elgin et le baron Gros se rendirent à Tien-Tsin. Ils ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'on les jouait et déclarèrent que les armées alliées s'avanceraient jusqu'à Tong-Tcheou, ville située à quatre lieues de Pékin. Là seulement ils consentiraient à reprendre les négociations. Devant ce ferme langage et les progrès de l'armée alliée, les commissaires cédèrent, et il fut convenu q-ue les troupes anglo-françaises

s'établiraient aux environs de Tong-Tcheou. Celles-ci approchaient de cette place, lorsque le 18 septembre, à un endroit appelé Tchang-Kia, apparut une armée tartare de quarante mille hommes. En une heure, on eut raison de cette nuée de barbares (18 septembre). En même temps, un certain nombre de Français et d'Anglais, qui s'étaient rendus d'avance à Tong-Tcheou, lieu indiqué pour les négociations, furent arrêtés, et longtemps on ignora leur malheureux sort. Ces trahisons indignèrent les alliés, qui pressèrent leur marche: le 21 septembre, ils se retrouvèrent à Palikao, en face d'un camp retranché occupé par vingt-cinq mille barbares et défendu par un canal. Le général Cousin-Montauban concerta habilement son plan d'attaque, et, avec le concours du général Grant, emporta la position après un brillant combat de cinq heures. Le corps expéditionnaire était alors singulièrement affaibli par les postes qu'il avait laissés sur la route ; ce fut, on peut le dire, avec une poignée d'Européens que l'armée tartare fut dispersée. Le 6 octobre, les armées alliées campaient à quelques kilomètres de Pékin ; le 7, elles occupèrent le palais d'Été de l'empereur, dont elles se partagèrent les richesses. Quelques jours après, on connut le sort des prisonniers de Tong-Tcheou: quelques-uns furent ramenés dans un état affreux ; on apprit aussi les traitements odieux subis par les autres et la mort de plusieurs de ces infortunés. Dans leur colère, les Anglais retournèrent au palais d'Été et livrèrent aux flammes cet immense édifice, sacré aux yeux des Chinois comme tout ce qui appartient à l'empereur Fils du Ciel. Cette destruction effraya la population et le cabinet de Pékin, qui céda. Aussi bien il était tcmi)S : les batteries de siège se dressaient devant Pékin.

Le 24 octobre eut lieu, à Pékin même, la signature de la convention anglaise ; le 25, celle de la convention française. Deux mille hommes escortèrent notre ambassadeur lors de son entrée solennelle dans la capitale de la Chine. Trois drapeaux français précédaient le baron Gros. Le 28 octobre, l'armée conduisit au cimetière catholique les restes des Français, victimes du guet-apens de Tong-Tcheou.

Les troupes françaises quittèrent Pékin le l^*" novembre : une partie s'arrêta à Tien-Tsin pour attendre le payement des indemnités stipulées; ces premiers payements effectués, on ne garda plus que Shang-Haï, et les soldats qui avaient été si loin soutenir l'honneur et les intérêts de la France se rembarquèrent au milieu d'un cruel hiver.

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