LXXXIV. -- CONQUÊTE DE LA COCHINGIIINE
Les trailds conclus avec la cour de Pékin, puis avec Je Japon ne pouvaient procurer h la France d'avantages que si elle se rapprochait de ces contrées. Aussi a-t-elle fait un établissement considérable dans rindo-Cliine. Cette presqu'île avait été, dès le commencement du siècle, entamée par les Anglais qui enlevèrent à Vempirc ilcs Birmans quelques provinces sur les côtes occidentales. Mais le reste de la presqu'île demeurait indépendant : il comprenait deux vastes Ëtats, le roxjaume de Siam et y empire d'Annam. Le royaume de Siam occupait le centre de la j)rcsqu'ile; l'empire d'Annam s'étendait sur toute la côte orientale ; il se composait de trois à quatre royaumes et de plusieurs pays conquis ou tributaires : le Tonkin, la Cochincliinc, le Cambodge.
Notre division navale parut dans la baie de Tourane, le l^-- septonibre I808. Après quelques combats qui démontrèrent que larméc annamiie, parfaitement discij)linéc et équipée, n'était point nK'prisable, les forts furent emporti's. Nous primes également la ville de Saigon, (jui fait un commerce considérable. ]\lais le vice-amiral Rigault de Genouilly, commandant de cette expédition, n'avait point de troupes suftisantes pour marcher sur la capitale, Hué, et il dut se borner à conserver ses positions. Nos mai-ins eurent plusieurs fois à repousser les attaquer des Annamites et souffrirent beaucoup du climat. Ils avaient l'espérance de reprendre bientôt l'offensive, lorsque la guerre de Ciiine éclata. Il fallut rester sur la défensive jusqu'en 4861, époque où lai opérations furent poussées avec vigueur. Trois mille Français et deux cents Espagnols arrivèrent au commencement de 1801, sous les ordres de l'amiral Charner, du général Vassoigno et du colonel Gutlierez, commandant le contingent espagnol.
Les Annamites avaient mis le temps k profit pour enserrer Saigon dans des lignes qui s'appuyaient ; sur les forts de Ki-hoa. Après avoir emporté plu- | sieurs retranchements le 24 février, nos troupes i livrèrent, le 25 au matin, un assaut décisif, et restèrent maîtresses de Ki-hoa. Les Annamites concentrèrent alors la résistance à Mtjtho, sur le Cambodge. La flotte remonta ce fleuve, brisant tous les obstacles dont les Annamites avaient semé son cours. On s'empara de la ville de Mytho au mois d'avril. Le reste de l'année fut consacré à l'organisation de notre établissement de Saigon ; on tra-
vailla à améliorer les cours d'eau, on dessina des routes, on éleva une église.
Le contre-amiral Bonnard, qui succéda au viceamiral Charner, dut entreprendre une nouvelle campagne. En décembre 4861, il s'empara de la ville de Bien-Iioa et dégagea ainsi la colonie du côté du nord ; l'amiral se reporta ensuite contre le fort de Vinlong. L'attaque de cette place eut lieu le 22 mars 1862. Le combat dura sept hcu- I res; ISO pièces de canon furent les trophées de j nos victoires.
Le contre-amiral Bonnard bloqua les rivières qui portaient le riz à Hué, et força enfin l'emj pereur Tu-Duc à la paix. Un traité, signé le 5 juin, accorda une indemnité de guerre, stipula pour les missionnaires et les chrétiens la liberté du culte, céda à la France en toute propriété les trois provinces de Saigon, do Bien-hoa, de Mytho.
Trois nouvelles provinces au sud, cédées à la France en 4867 (juin), complétèrent la colonie et assurèrent son avenir.
Jusqu'à l'arrivée des Français dans le royaume d'Annam, l'intérieur de la presqu'île indo-chinoise était resté ignoré. Le protectorat français, sollicité par le roi du Cambodge, Norodom, facilita l'exploration de ce royaume intéressant non seulement au point de vue des ressources matérielles et de ses richesses naturelles, mais encore au point de vue archéologique, car il possède, perdues au milieu des forêts, des ruines étranges laissées par une population qu'on appelle les Kmers. A Xngkor, on a trouvé des monuments de dimension colossale, et dans beaucoup d'autres endroits les voyageurs sont restés saisis d'étonnement devant les restes bizarres d'une civilisation disparue : pyramides tumulaires, roches taillées, figures gigantesques de Boudha, enceintes garnies de tours.
Par le Tong-king et son grand fleuve le Shong- Coï, on pourrait pénétrer assez avant dans la Chine occidentale. Le lieutenant Francis Garnier, en 4873, parcourut en Chine la vallée du fleuve Bleu, au delà dulacToung-Tin,et s'assura qu'il y avait intérêt pour les provinces reculées de la Chine à voir ouvrir un débouché à leurs marchandises par le Tong-king. Francis Garnier aurait rendu encore de plus grands services à la science géographique, si à la fin de 4873 il n'avait pas péri victime, au Tong-king, de sa bouillante ardeur, dans une lutte contre les bandes farouches de ce pays.