‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 75 sur 86 · LXXXV. — EXPÉDITION DU MEXIQUE · texte numérisé non relu

LXXXV. — EXPÉDITION DU MEXIQUE

Le Mexique affranclii de la domination espagnole au comnnencement du siècle s'était organisé en république fédérative. La nouvelle constitution, calquée sur celle des Ëtats-Unis, fut achevée en 1824. Deux partis, les fédéralistes et les monarchistes, ne cessèrent dès lors de se disputer le pouvoir, et presque tous les présidents ne tardaient pas à ôlrc renversés par leurs compétiteurs. Un homme domina cette longue série de révolutions et de présidents, c'est le général Santa-Anna. Jusqu'en 1833, Santa-Anna ne prétendit point pour lui-môme à la présidence. Il la prit à celte époque et l'occupa, sauf quelques intervalles, jusqu'en 1856. Il fut renversé à celte époque par l'Indien Alvarez.

Santa-Anna avait pour lui le courage militaire; il lutta vaillamment contre les Français, lorsque ceuxci s'emparèrent de Saint-Jean-d'Ulloa en 1838: il lutta contre les armées des États-Unis, mais sans pouvoir sauver les deux provinces, objet de leur convoitise, la Californie et le Nouveau-Mexique. Cette guerre des Étals-Unis contre le Mexique dura deux ans et fit la réputation du général Scott, qui alla planter le drapeau étoile à Mexico (1846). Le résultat de l'anarchie du Mexique se traduisit par un chiffre trop éloquent. Au momentde l'indépendance, le territoire comprenait 216 012 lieues carrées; aujourd'hui, il n'est plus que de 106 107.

Les États-Unis, grâce à leur proximité, pouvaient satisfaire leur ambition. Les puissances européennes, au contraire qui avaient contre le Mexique de justes griefs, arrivaient difficilement à obtenir réparation a cause de leur éloignement. La France, en 1838, s'éiait vue obligée à une expédition militaire, mais, embarrassée de sa victoire, elle ne voulut pas s'engager dans l'intérieur des terres pour la compléter. Le ministre Mole signa un sage traité (9 mars 1839) par lequel elle réduisait le chiffre de ses réclamations pour obtenir justice sur les autres griefs. Est-il besoin d'ajouter que ce traité, comme toutes les conventions précédentes, resta lettre morte ?

Après la chute de Santa-Anna, Alvarez n'avait pu garder le pouvoir et le parli démocratique et révolutionnaire réussit alors à porter à la présidence M. Comonfort, qui prit pour vice-président l'Indien Juarez. Mais le parti conservateur ne tarda pas à renverser Comonfort, et le général Miramon demeura maître de Mexico. Toutefois il ne put dominer tout le Mexique. Juarez s'était emparé de la Vcra-Cruz, et dès ce moment il y eut deux pouvoirs

ennemis, deux présidents, et entre eux une guerre qui dura deux ans, pendant lesquels on compte plus de soixante-dix actions militaires.

Juarez, ayant triomphé en 1860, sembla prendre à tâche de provoquer l'Europe par ses vexations à l'égard des étrangers. La France, l'Angleterre et l'Espagne se concertèrent pour une action énergique et commune au Mexique; (convention de Londres, 30 octobre 1861).

L'Espagne montra le plus d'empressement. Le 17 décembre 1861, ses troupes occupaient la Vera-Cruz et le général Prim plantait le drapeau espagnol sur le fort de Saint-Jean-d'Ulloa, où si longtemps il avait tlotté. L'amiral français, Jurien de laGravière, arriva au mois de janvier 1862 avec 2500 hommes seulement. L'escadre anglaise surveillait la côte avec 1000 soldats de marine. Juarez, en présence de cette triple attaque, fit appel au patriotisme des Mexicains, parmi lesquels la vue du drapeau espagnol produisait une vive irritation : il s'appliqua surtout à négocier. Une convention dite de la Soledad (19 janvier 1862) autorisa les troupes alliées à monter dans les hautes terres pour y attendre, à l'abri de la fièvre jaune, les négociations qui devaient s'ouvrir à Orizaba le 15 avril. Pendant ce temps Juarez, peu scrupuleux, proposait aux États-Unis de leur céder quelques-unes de ses plus belles provinces en échange d'une somme avec laquelle il pût désintéresser une partie des alliés. La mésintelligence que ces pourparlers avec Juarez avaient fait naître, s'aggrava entre les gouvernements qui ne purent s'accorder sur l'interprétation de la convention de Londres. Le gouvernement français ne voulait pas qu'on traitât avec Juarez qui n'offrait aucune garantie. Des intérêts financiers et de secrètes spéculations, engagées entre le banquier Jecker et l'un des principaux conseillers de l'empereur, le duc de Morny, déterminaient les personnages les plus influenis à pousser Napoléon III à cette fatale expédition. Malgré les démentis officiels, il s'agissait de fonder un empire au Mexique, bien que cette idée ne fût pas née à la cour de France, mais eût été suggérée depuis quelque temps à l'archiduc Maximilien par des émigrés mexicains. Une rupture éclata entre les gouvernements alliés. Le général Prim n'était parti avec les Espagnols que pour satisfaire sa propre ambition, et non celle des autres : il se rembarqua. Les Anglais n'aimant pas les entreprises chimériques, se retirèrent. Les Français restèrent seuls.

LXXXVl. — EXPÉDITION DU MEXIQUE. — L'EMPEREUR MAXIMILIEN

Le général de Lorcncez, envoyé au Mexique, pour remplacer l'amiral Jurien de la Gravière, n'avait que 5 000 hommes ; n'écoutant que son courage, il voulut marcher immédiatement sur Mexico. Après avoir fait de la ville d'Orizaba, sur la pente orientale de la Gordilliôe son centre d'approvisionnements et son point d'appui, le général de Lorencez traversa les défilés des Gumbrès par lesquels on descend de l'autre côlj de la Gordillière. Un glorieux combat, le 28 avril, livra ces défilés, et les Français ne rencontrèrent plus d'obstacles jusqu'à l'importante ville de Puebla, chef-lieu d'une grande province et boulevard de Mexico. Juarez y avait accumulé une armée nombreuse, et notre petit corps d'armée se trouva en présence d'une ville barricadée et dominée par deux redoutables forteresses, Guadalupe et San Lorelto. Néanmoins le général, nrrivé lo 4mai,ordonni le 5 l'assaut de la position de Guadalupe. Les soldats français se virent arrêtés par une artillerie puissante qui les foudroyait, et un orage tropical, qui survint acheva de leur rendre impossible la continuation de la lutte. Le général de Lorencoz se relira, ayant trop peu de monde pour entreprendre un siège en règle. Il rentra le i8 mai à Ori^aba, où il passa la saison pluvieuse, ayant beaucoup de peine à garder ses communications avec la Vcra-Gruz à travers un pays défoncé par les pluies.

Au mois de septembre, des renforts envoyés de France arrivèrent avec un nouveau chef, le général Forey. Celui-ci partit d'Orizaba dans le mois de février 1863. Après avoir fait balayer par ses têtes de colonnes tout le pays qui environne Puebla, il investit cette place le 18 mars. L'ennemi, enorgueilli de sa victoire de l'année précédente, avait eu le temps de se retrancher dans celte ville, formée d'îlots de maisons que séparent des rues se coupant à angles droits. Ghaqueîlot fortifié était devenu une véritable redoute. Le général Forey n'attaqua point Puebla par le même côté que le général Lorencez : il négligea les positions élevées de Guadalupe et de San-Loretto, s'établit sur la route de Mexico pour couper la retraite à la garnison et ouvrit le feu contre la ville. Le siège dura deux mois; il fallut s'emparer des îlots de maisons, les uns après les autres. On construisit des blockhaus sur roues, citadelles mobiles qu'on poussait dans les rues. Après une guerre de barricades, les Français s'emparèrent de Puebla.

Ils marchèrent ensuite sur la capitale, Mexico, où ils firent une entrée triomphale (10 juillet) et où

ils auraient pu obtenir toutes les satisfactions qu'ils auraient voulu demander.

Mais le but de l'expédition se dévoila. li s'agissait de fonder au Mexique un gouvernement monarchique, un empire au profit d'un prince autrichien, l'archiduc Maximilien. Gette entreprise insensée échoua. L'archiduc, soutenu par nos troupes, à la tête desquelles avait été placé le général Bazaine, créé maréchal , fut proclamé empereur. Les régiments français furent, durant trois années, obligés de sillonner le vaste territoire du Mexique dans tous les sens pour faire reconnaître son autorité. De graves événements qui, dans cet intervalle, se passaient en Europe, et l'intervention diplomatique des États-Unis contraignirent l'empereur Napoléon III à rappeler l'armée (1866). Maximilien se refusa à quitter le Mexique avec les Français; abandonné à ses propres forces, il essaya de se maintenir, mais trahi, il fut fait prisonnier à Queretaro.

Malgré les efforts des avocats qui avaient défendu Maximilien devant le conseil de guerre, Palacio et la Torre, malgré les démarches actives du représentant de la Prusse, le baron Magnus, qui, au nom de l'Autriche, de la Belgique, de l'Europe entière, demandait la grâce de Maximilien, le gouvernement de Juarez se montra implacable. La princesse de Salm-Salm fit l'impossible pour sauver l'empereur. Elle tenta d'acheter une partie de la garnison de Queretaro pour favoriser l'évasion du prisonnier; mais ses menées furent découvertes et on la contraignit à partir. Maximilien avait demandé au moins la grâce des généraux Meja et Miramon et écrivit encore, au dernier moment, à Juarez. Le 19 juin 1867, au matin, la sentence dut recevoir son exécution. Maximilien, Meja et Miramon furent conduits sur le Gerro de la Gampana. L'empereur prononça quelques paroles d'une voix claire et ferme, protestant que son seul désir avait été de faire le bonheur du peuple mexicain. Miramon prit ensuite la parole. Meja garda le silence. Tous trois ne tardèrent pas à tomber frappés ensemble, comme ils avaient lutté et triomphé ensemble. Quelques mois après, les restes de l'empereur Maximilien furent réclamés et remis à l'amiral Tegethoff, qui les transporta en Autriche. Gette catastrophe terminait d'une façon dramatique cette expédition du Mexique, si fatale à la France puisqu'elle avait paralysé le gouvernement au moment où, en 1866, il aurait eu besoin de toutes ses foFces pour intervenir efficacement dans les affaires d'Allemagne.

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