‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 76 sur 86 · LXXXVII. — GUERRE D'ALLEMAGNE. — SADOWA ET CUSTOZZA · texte numérisé non relu

LXXXVII. — GUERRE D'ALLEMAGNE. — SADOWA ET CUSTOZZA

En 1866, la Prusse voulut exclure l'Autriche de la Confôdération germanique : elle mit en avant le projet d'un parlement. La lutte d'influence qui se poursuivait depuis deux siècles entre la Prusse et l'Autriclie allait se décider. L'intervention amicale de la France, de la Russie et de l'Angleterre ne put empêcher un conflit. La Prusse s'était assuré le concours do l'Italie, h laquelle elle avait promis la Vénétie. Le 14 juin se tient une séance de la diète de Francfort. L'Autriche réclame la mobilisation de l'armée fédérale ; neuf voix la décident contre six. La Hollande et la Prusse se sont abstenues. Mais aussitôt le roi de Prusse déclare la Confédération germanique rompue et la diète dissoute. En même temps les Italiens dénoncent la guerre à l'Autriche et envahissent la Vénétie, paralysant ainsi une notable partie des forces autricliiennes.

La Prusse agit avec décision et rapidité. En quelques jours, elle se rendit maîtresse du Hanovre, pour assurer les communications entre l'est et l'ouest de la monarchie ; de la Saxo, pour assurer la base de ses opérations. Le vrai théâtre de la guerre fut la Bohême, ce quadrilatère de montagnes qui semble ui.e forteresse inexpugnable et la plus solide barrière de l'Autriche. Les Prussiens réussirent à tromper le général en chef autrichien Benedek sur leur véritable route. Ils envahirent le quadrilatère par deux côtés, le nord-ouest et le nord-est ; deux armées, dont l'une était commandée par le prince Frédéric-Charles, s'avançaient par la frontière de Saxe et la vallée de l'Elbe ; une troisième armée, sous les ordres du prince royal, pénétrait en Bohême par les défilés de la Silésie et du Riesen-Gebirge. Les trois armées devaient s'avancer en se resserrant toujours et se joindre sous le feu de l'ennemi. Les Prussiens étaient prêts depuis longtemps ; leurs troupes bien organisées, bien concentrées, leur armement bien supérieur à celui des Autrichiens ; de plus tout avait été étudié depuis longtemps, et l'on avait tout préparé pour mettre à profit les ressources de l'industrie moderne. Les armées suivaient les chemins de fer qu'on rétablissait dès qu'ils étaient rompus, et dont on se servait pour le transport des hommes et du matériel.

La bataille de Sadowa (2 juillet) livrée près de Kœniggrœtz, fut un véritable désastre pour les Autrichiens. Ils laissaient aux mains de l'ennemi 20,000 prisonniers, 7 drapeaux, 160 canons ; des milliers de victimes encombraient le champ de ba-

taille, débris sanglants de ce choc de 420,000 hommes. C'était un immense désastre. L'armée autrichienne abandonna la Bohême et ne put se reformer qu'en Moravie sous le canon d'Olmùtz.

En Italie, les Autrichiens avaient été vainqueurs. L'armée italienne, organisée à la hâte, n'avait pas eu plus tôt envahi la Vénétie qu'elle avait été battue à Custozza, malgré la valeur des soldats et la bravoure du prince Humbert, l'iiéritier du trône, qui lutta jusqu'à la dernière heure (24 juin) ; mais elle n'en avait pas moins paralysé 164,000 hommes d'excellentes troupes qui, en Bohême, auraient changé la face des choses.

L'empereur d'Autriche, sous le coup du désastre de Sadowa, offrit à Napoléon III de lui céder la Vénétie et demanda sa médiation pour obtenir la paix. Les Prussiens réussirent à traîner les négociations jusqu'au 24 juillet, mais à ce moment ils étaient presque aux portes de Vienne ; ils avaient repoussé les corps de l'armée fédéra'e, alliée de l'Autriche ; ils étaient maîtres du Hanovre, de la Hesse, du duché de Nassau, de la ville libre de Francfort, où ils levèrent d'énormes contributions. Ils pénétraient en Bavière. Ils menaçaient la Hongrie.

Les Italiens avaient eux aussi voulu continuer la guerre et prendre leur revanche de Custozza, mais ils essuyèrent une nouvelle défaite sur mer. L'amiral italien Persane attaqua l'île de Lissa^ dans l'Adriatique , et bombarda les forts. L'amiral autrichien Tegethoff accourut (20 juillet) et engagea une bataille navale où la flotte italienne, malgré la supériorité du nombre et de l'armement, malgré ses frégates cuirassées, fut vaincue.

Enfin, les préliminaires de paix furent signés à Nickolsbourg (24 juillet) et le 23 août fut conclu le traité de Prague entre la Prusse et l'Autriche. L'Autriche payait une indemnité de guerre ; consentait à sortir de la confédération germanique, qui fut déclarée dissoute ; consentait à la réunion de la Vénétie à l'Italie, car Napoléon III avait déclaré qu'il entendait la remettre au roi Victor-Emmanuel. Elle renonçait à ses droits sur les duchés de Sleswig et de Holstein ; reconnaissait les agrandissements de la Prusse et la nouvelle organisation que celle-ci voulait faire de l'Allemagne du Nord, jusqu'à la ligne du Mein. La Prusse se trouvait agrandie, par suite de ce traité, du Hanovre, de la Hesse électorale, du duché de Nassau, de la ville libre de Francfort et des duchés danois.

LXXXVIII.— DERNIÈRES AlNNÉES DU SECOND EMPIRE.— EXPOSITION DE 1867

La guerre d'Italie, en 1859, avait, par son caractère libéral, nécessité un changement dans la politique impériale. L'empereur se vit obligé d'incliner vers le parti libéral, et inaugura les réformes par un nouveau système commercial.

Puis, le 24 novembre 1860, un décret donnait au Sénat et au Corps législatif le droit de voler tous les ans, à l'ouverture de la session, une adresse en réponse au discours impérial. Les débats de chaque séance, reproduits par la sténographie, devaient être insérés in extenso dans le Journal officieL

Le décret du 24 novembre 1860 et le sénatus-consulte du 2 décembre 1861 marquèrent le commencement d'une nouvelle période dans l'histoire du second empire. Les discussions des Chambres eurent plus d'importance et d'éclat. Au Palais-Bourbon, la gauche n'était réellement représentée que par le groupe célèbre des cinq, MM. Jules Favre, Ernest Picard, Emile Ollivicr, Darimon et Hénon. Les trois premiers, sans cesse sur la brèche, soutenaient presque seuls le poids des discussions : Ernest Picard, avec une vivacité spirituelle ; Jules Favre, avec une gravité soutenue et académique ; Emile Ollivier, avec une dialectique serrée. L'élection, en 1863, d'anciennes illustrations parlementaires au Corps législatif (MM. Thiers, Berryer, Marie) qui venaient se joindre à MM. Jules Favre, Emile Ollivier, et la constitution d'une minorité plus forte, donnèrent plus d'importance aux débats de cette dernière assemblée. L'entrée de M. Thiers à la Chambre excitait au plus haut point l'intérêt. On s'attendait à de brillants tournois entre lui et M. Billault; mais une mort prématurée enleva M. Billault le 13 octobre 1863, à la veille de l'ouverture des Chambres. Ce fut M. Piouher, ancien ministre du commerce devenu ministre d'État, qui dut affronter les discussions de plus en plus périlleuses avec M. Thiers. Celui-ci, malgré son grand âge, rentra dans la lice avec toute la vivacité de la jeunesse. Il exposait avec tant de lucidité et de science, il était si maître de sa parole, il causait avec une bonhomie si malicieuse et soutenait toutes ses opinions par un langage si élégant; il savait avec tant d'art et de souplesse mêler L'anecdote à l'histoire, le récit à l'argumentation, le sentiment au raisonnement, qu'il tenait sous le charme une assemblée dont la majorité lui était hostile. Berryer, trop âgé, n'eut que quelques moments de réveil, mais d'un réveil de lion. L'importance que prenaient de plus en plus les discussions ; le besoin de faire quelques concessions en retour des sacrifi-

ces militaires que les événements d'Allemagne en 1866 obligeaient de demander au pays, déterminèrent l'empereur à de nouvelles réformes (19 janvier 1867). La guerre l'ut sur le point d'éclater dès cette année entre la France et la Prusse, mais à la suite des conférences de Londres (7-11 mai) un traité signé entre les grandes puissances régla la question, dite de Luxembourg. La forteresse de Luxembourg devait être évacuée par les Prussiens et démantelée.

Une nouvelle Exposition universelle s'était ouverte en 1867. Ce n'était pas un palais que l'immense cirquede fer et de fonte du Champ-de-Mars. Mais arec le spectacle des machines ingénieuses ou puissantes qui décuplent l'activité humaine, avec les agréments infinis de ses galeries de bronze, de cristaux, de bijoux, de mobilier et d'étoffes; avec ses galeries, nouvelles jusqu'ici, de l'histoire du travail et des arts ; grâce aux villes entières qui s'étaient élevées, comme par enchantement, autour de sa sévère enceinte, pour la dissimuler: usines, musées, ateliers, fermes et métairies, chalets, villages russes, phares, églises, temples, écoles, tout cela encadré de jardins, de fontaines, de rochers, de cascades, d'arbres, de plantes exotiques, qui reposaient la vue; grâce à la variété des architectures qui avaient gardé, pour chaque contrée, leur caractère national (monuments égyptiens, palais turcs, tunisiens, espagnols, établissements chinois, japonais) ; grâce, enfin, à la singularité des costumes de tous les pays, au mouvement d'une foule venue de tous les points de l'Europe, qui se pressait sous l'immense promenoir et à laquelle se mêlèrent des rois et des empereurs, c'était bien un monde, ou plutôt le monde actuel, en abrégé, représenté au vrai dans toute la beauté de son travail et de son industrie, dans son amour du progrès et du culte de la tradition, jusque dans les différences de ses religions, de ses mœurs, et jusque dans la vulgarité de ses plaisirs.

Paris recevait, au mois de juin, les visites de l'empereur de Russie, qui fut malheureusement, au retour d'une revue au bois de Boulogne, l'objet d'un attentat de la part d'un Polonais, Berezowski; du roi de Prusse, qui, accompagné de M. de Bismark et de M. de Mollke, profita de ce voyage pour mieux faire prendre leurs notes à ses officiers d'étatmajor; du sultan, dont la visite excita au plus haut point la curiosité ; puis, au mois d'octobre, de l'empereur d'Autriche.

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