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LA GUERRE DE

Au Iroisièmc renouvellement du Corps législatif (23 cl24 mai 1869), les élections révélèrent les progrès du parti libéral, et, dans certaines villes, à Paris surtout, ceux du parti démocratique avancé. L'empereur, qui, depuis plusieurs années, flottait indécis entre la politique de compression et la polilique libérale pencha tout à fait du côté de M. Emile OUivier, qu'il avait attiré à lui, puis abandonné. Celuici l'emportait enfin sur M. Roulier, qu'il avait, dans un discours, qualifié de « vice-empereur ».

Le 2 janvier, M. Emile OJlivicr, décidément rallié à l'empire, reçut la mission, comme garde des sceaux et ministre de la justice, de former un cabinet, dans lequel on vit reparaître, à côté du jeune orateur de l'opposition, des hommes ou proscrits au 2 Décembre ou qui avaient protesté contre ce coup d'État, entre autres MM. Buffet et le comte Daru. Pour la première fois depuis dix-neuf ans, un cabinet parlementaire arrivait au pouvoir.

Mais, dès les premiers jours, une vive agitation so produisit à la suite d'un meurtre commis par un prince de la famille de l'empereur, Pierre Bonaparte, sur un journaliste, Victor Noir. L'enterrement de la victime, à Neuiliy, donna lieu à une immense manifestation qui, au retour dans les Champs-Elysées, aurait abouti à une lutte sans le déploiement de forces considérables.

Traduit devant la haute cour réunie à Tours, et jugé par un jury tiré au sort parmi les conseillers généraux, Pierre Bonaparte fut acquitté, mais ces événements, les manifestations qu'ils amenèrent, les pamphlets, surtout la célèbre Lanterne d'Henri Rochefort, excitèrent une vive émotion dans le pays et dans la Chambre, où M. Emile Ollivier répondait aux attaques de l'opposition : « Nous sommes le droit, nous sommes la loi, nous sommes la justice et, au besoin, nous serons la force. »

Le ministère crut habile et opportun de faire un appel au peuple, pour obtenir, soi-disant, l'ap- [)robalion des changements introduits dans la Constitution, en réalité pour consacrer à nouveau l'empire et désarmer les opposilions." Le plébiscite du 8 mai donna une majorité de 7 millions et demi de suffrages contre un million et demi de votes négatifs. Mais, tandis que les ministres ne songeaient qu'au danger intérieur et se préoccupaient peu de l'extérieur, la Prusse, bien instruite de la faiblesse de notre organisation militaire, manœuvrait pour se faire déclarer une guerre à laquelle elle se préparait de longue main. La cour des Tuileries d'ail-

leurs, lo'n de s'en inquiéter, espéra bientôt qu'une guerre heureuse, succédant au plébiscite, affermirait l'empire pour longtemps.

La question du Luxembourg aurait mis le feu aux poudres sans rintervcniion de l'Europe. En 1870, M. de Bismark en suscita une autre et nous tendit un piège dans lequel le gouvernement tomba. Les rapports de notre attaché militaire à Berlin, le baron Sloffcl, auraient dû cependant éclairer le ministère sur la formidable organisation de l'armée prussienne ; il déclarait qu'on ne saurait surprendre la Prusse, qu'elle était prête à la guerre. On n'en tint pas compte. Le général Ducrot, commandant à Strasbourg, avertissait des menées prussiennes en Alsace et des études des officiers allemands; il rapportait des mots menaçants échappés à des personnages. On ne voulut rien entendre. Lorsque la candidature du prince de Hohenzollern au trône d'Espagne se posa, le gouvernement français prit feu immédiatement et provoqua une guerre à laquelle il n'était point préparé.

L'intrigue ourdie avec le maréchal Prim pour amener les Certes espagnoles à proclamer roi un prince de Hohenzollern, parent du roi de Prusse, c'était un défi à la France et son triomphe semblait devoir renouveler l'empire de Charles-Quint. Le ministre des affaires étrangères, M. de Gramont, longtemps ambassadeur à Vienne et ennemi de la Prusse, vint lire aux Chambres une déclaration qui éclata comme un coup de tonnerre (6 juillet). La diplomatie cependant se mit en campagne et on obtint la renonciation du prince. Si l'on eût fait moins d'éclat, le but était atteint, la i)aix conservée pour quelque temps. iVlais on exigea du roi de Prusse la garantie qu'il n'autoriserait plus cette candidature. Le roi refusa, puis éconduisit notre ambassadeur, M. Bencdclti, qu'il ne voulut plus recevoir. Le ministère Ollivier se décida à la guerre.

Le 15 juillet la rupture des négociations fut annoncée aux Chambres au bruit des plus vifs applaudissements, et on ne laissa point parler M. Thiers qui, connaissant notre situation militaire, s'opposait de toutes ses forces à une guerre. « Vous n'êtes pas prêts, » disait-il aux ministres dans les commissions. Mais le maréchal Le Bœuf avait dit aux députés qu'il était prêt, et à ce point que, même pour une longue guerre, « il n'aurait point à acheter un bouton de guêtre ».

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