‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 78 sur 86 · XC. — LA GUERRE DE 1870. — COMBAT DE REISCHOFFEN · texte numérisé non relu

XC. — LA GUERRE DE 1870. — COMBAT DE REISCHOFFEN

Sept corps d'armée avaient été disséminés bordant l'angle que dessinait la frontière de l'est, de Tliionville à Belfort. Ces corps d'armée qui devaient, par une offensive rapide, envaliir le Palalinat, n'étaient point prêts à entrer en campagne; effectifs insuffisants, app:ovisionncments incomplets. Un temps précieux fut perdu. On s'était fait illusion sur l'excellence de notre système de mobilisation, dont les lenteurs et les inconvénients se révélèrent d'une façon déplorable, dans cette lutte contre un adversaire sérieux, habile et prévoyant. A peine si l'armée dispersée le long des frontières comptait, dans le commencement du mois d'août, 220 000 hommes. La garde mobile était rppelée sous les drapeaux, mais il fallait l'habiller, l'équiper, l'exercer. On comprit alors le vice de la loi de 1868 qui avait créé la garde mobile, mais sur le papier seulement.

Jusqu'au 2 août, nos troup:srestentdans l'inaction et dans une confusion dont on avait peine à sortir. Nos boulevcirds de Metz, de Strasbourg, n'étaient ni armés ni approvisionnés ; nos places de l'est n'avaient qu'une vieille aitiilerie remontant même à Louis XIV. Les nouveaux forts de Metz, dus au marv!clial Niel, dont la mort fut un maliiour, n'étaient pas achevés. On s'embarquait ainsi pour Berlin, en laissant ouverte la rout"; de Paris et on semblait no compter que sur l'effet des mitrailleuses ou canons à balles, qu'on expérimenta le 2 août dans un combat de parade livré à Sarrebrùk. M. de Bismark, nous représentant comme les agresseurs, s'assurait de la neutralité et presque de la complicité de la Russie. Il ralliait toute l'Allemagne autour de la Prusse, intimidait l'Autriche par un corps d'obser- V lion, flattait l'Italie, et nous enlevait les sympathies de l'Angleterre en dévoilant certains projets sur la Belgique.

M. de Moltke mobilisait en onze jours toute l'armée allemande ; quatre armées, de plus de 100 000 hommes chacune, se formaient, se concentraient, se rapprochaient de nos frontières sans que nos généraux pussent se rendre compte du nombre des forces qui s'accumulaient devant eux et de l'imminence du danger.

Les Prussiens saisissant l'occasion que leur offrent les mauvaises positions de notre armée dispersée sur un front trop étendu, pour enfoncer la gauche et le centre. Le 4 août, au nombre de 40 000 hommes, ils écrasent à Vissembourg une division française commandée pnr le général Abel Douay, et isolée sur les bords de la Lauter. Surpris, nos sol-

dats se battent plus de cinq heures avec un courage héroïque, mais il faut céder et se replier; le général Douay se fait tuer. Wissembourg est pris et l'ennemi entre en Franco.

Le maréchal de Mac-Mahon, commandant le deuxième corps d'armée et qui occupait l'Alsace, se porte en avant, cherche et trouve une forte position, d'où il menacerait le flanc des Allemands, s'ils avanç.iient sur Strasbourg. Il s'établit avec quatre divisions, moins de 40 000 hommes, à Frœschwiller, sa gauche appuyée à Reichshoffen, sa droite à Elssashausen. Croyant n'avoir affaire qu'aux troupes victorieuses à Wissembourg, comptant sur l'appui du Cinquième corps, général de Failly, placé sous ses ordres, et qui avait été averti, Mac-Mahon n'hésita pas, 1 ; 6 août, à engager la lutte contre l'iinnée du prince royal de Prussse qui attaqua d'abord par petits détachements, mais dont les bataillons grossirent sans cesse. Le prince royal disposait de plus de 420 000 hommes et de 400 canons. Mac Malien tint avec énergie, les turcos se lancèrent plusieurs fois avec leur furie habituelle sur les batteries prussiennes dont le tir supérieur à celui des batteries françaises nous causait beaucoup de mal. Mais les troupes ennemies qui s'étaient emparées de Wœrth, rompirent notre aile gauche, et débordèrent notre aile droite, par de grands détours que leur permettait leur nombre considérable. Alors le maréchal de Mac-Mahon, ne recevant aucun renfort du général de Failly, dut quitter le champ de bataille au milieu de ses troupes en désordre. Pour assurer la retraite, il sacrifia sa magnifique brigade de cuirassiers. Les cuirassiers renouvelèrent contre des tirailleurs et des batteries formidables, à travers des vergers, les charges fameuses de leurs ancêtres de Waterloo.

Le même jour à Forbach, le deuxième corps (Frossard), était repoussé et abîmé par une autre armée prussienne. Il perdit 3 à 4000 hommes et 2 000 prisonniers.

La ligne irançaiso était percée par deux coups terribles. La retraite précipitée de Mac-Mahon, qui ne put même, faute de point d'appui, s'arrêter dans les Vosges, livrait l'Alsace et une magnifique barrière naturelle si aisée à défendre. La retraite du général Frossard entraînait la retraite des autres corps d'armée qui se replièrent sur Melz, et la Lorraine fut ouverte. L'invasion s'étendit dans nos départements de l'Est, rapide, terrible, avec se? exigences, ses réquisitions, ses cruautés mêmes.

Page 1