XCI. — BATAILLES DE METZ (ii lo is .oui), GUAYELOITE
Quatre masses énormes, formant un chiffre tle plus de cinq cent mille hommes, envahissaient la l'>ancc. f.c prince royal de Prusse avec la troisième armée poursuivait le maréchal de Mac-Mahon qui se repliait sur Châlons. Une armce (la quatrième), commandée par le prince royal de Saxe, ai)puyait sou mouvement. Les deux premières commandées, l'une par le vieux Sleinmelz, l'autre par le prince Frédéric-Charles, neveu du roi Guillaume, et le plus habile lieutenant du général de Moltke, marchaient contre notre armée de Metz dont l'empereur se vit obligé de donner le commandemant au maréchal Bazaine sur lequel l'opinion comptait beaucoup. Le maréchal Ganrobert, quoique plus ancien, se mit sous ses ordres et déclara « qu'il savait obéir ».
L'état-major français, voyant que les Prussiens se préparaient à tourner Metz au sud, décide la reiraitc sur Châlons. La retraite sur Verdun et sur Cliâlons étant décidée le 13 août, il fallait ne point perdre une minute. Le mouvement commença bien le 14, mais les Prussiens profitèrent du passage de la Moselle par notre armée pourallaquer les troupes qui se trouvaient encore sur la rive droite, et retarder notre marche. Bazaine accepla le combat qui n'avait pour but que de nous retarder, mais infligea, à Borny, des pertes sérieuses à l'ennemi.
La bataille de Borny, qui duraqur.trc heures, ralentit notre mouvement, et il restait encore à Bazaine une résolution énergique à prendre : ou recommencer le lo le combat de Borny et écraser la partie de l'armée prussienne restée sur la rive droite de la Moselle et tromper l'ennemi qui se hâtait de nous barrer la route de Verdun, eu bien le devancer rapidement sur cette roule. L'évacuation de Metz continua lentement, péniblement ; déjà le 16 au malin, l'empereur ne put s'échapper qu'avec une forte escorte. Le 16 il fallut livrer de sanglants et glorieux combats autour de Gravelottc, de Uezonville, de Saint- Marcel^ de Mars-la-Tom\ de Vionville. Les deux armées prussiennes qu'appuyait la A^ armée (prince de Saxe) dessinaient un immense mouvement tournant, passaient la Moselle à Pont-à-Mousson et arrêtaient nos colonnes dans leur marche. L'armée française, forte de 130 000 hommes, eut à soutenir l'effort de six corps prussiens évalués à 180000 hommes, mais qui n'arrivèrent que successivement. C'était cette habile combinaison des marches qui assurait l'avantage aux Prussiens ; à la fin d'une journée ils arrivaient toujours à mettre en ligne des forces tellement supérieures que nos troupes, épui-
sées p:ir une journée de combat et ne pouvant être renforcées, devaient céder. Elles ne cédèrent point toutefois le 16 août et couchèrent sur leurs positions.
Le 17, Bazaine se contenta de faire prendre de nouvelles positions de combat : il parut décidé à demeurer sous la prolection de Metz. Il pensait probablement que la nouvelle armée qu'on créait à Châlons viendrait le délivrer et qu'il aurait eu le mérite de n'avoir point été battu. Le 18, dès que les Prussiens comprirent que les Français ne marchaient point sur Verdun, ils commencèrent une attaque formidable pour achever de les envelopper et les rejeter complètement dans Metz. Les trois armées allemandes réunies assaillirent les Français retranchés dans d'excellentes positions. Ce fut pour nous la bataille de Sai7it-Privat, et pour les Allemands la bataille de Gravelotte. En s'élançant à l'< ssaut des pente? presque inaccessibles de Gravelotte, ils firent des pertes épouvc.nlables. Toute la journée les Français soutinrent avec avantage une lutte inégale, mais le soir les Prussiens qui dessinaient de plus en plus leur cercle, portèrent des f jrces énormes à Saint-Privat-la-Montagne et contre les lignes d'Amanvilliers, notre point faible. Le sixième corps, commandé par Ganrobert, et qui comptait à peine 18 000 hommes, luttait, ainsi que le 4<î corps (Ladmirault), avec une indomptable énergie, mais à la nuit, n'étant pas appuyé, il fut rompu.
Les autres corps, qui avaient couché sur le champ de bataille, durent le lendemain se replier sous le canon des forts de Metz. Le roi de Prusse dit, en parlant de cette lutte du 18 : « Nos troupes faisaient des prodiges de valeur contre un ennemi, brave également, qui disputait chaque pas et prenait souvent l'offensive. » Les Prussiens ont évalué leurs pertes pour les trois journées à 54000 hommes. Les Français i)erdirent 23 000 hommes. Le correspondant du Times écrivait ; « Nous n'hésitons pas à croire qu'à Gravelotte, les assaillants souffrirent dans la proportion de trois contre un, en comparaison des défenseurs. C'en est assez pour attester l'énergie de la résistance française, w
Les Allemands avaient atteint leur but stratégique : l'armée française était rejetée sous Metz, et ils ne perdirent pas une minute pour l'y investir par des lignes de circonvallation qui devaient la leur livrer, ainsi que la ville, vaincue par la famine.