‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 80 sur 86 · XCII. — BATAILLE DE SEDAN · texte numérisé non relu

XCII. — BATAILLE DE SEDAN

Les débris du corps d'armée du maréchal de Mac- Mahon s'étaient ralliés au camp de Châlons avec le cinquième corps entier (général de Failly). A Paris le ministère Ollivier avait été renversé des la première nouvelle des malheurs de l'armée (10 août) et rcmplacj par un cabinet que présidait le général Cousin de Montauban, comte de Palikao. Chargé spécialement du ministère de la guerre, le comte de Palikao déploya, malgré son grand âge, une rare activilé pour organiser les ressources qui nous restaient. Il reconstitua, en moins de vingt jours, à Châlons, une armée de 'J4Ô000 hommes, créa trois nouveaux corps d'armée avec leurs approvisionnements, prépara la mise en état de défense de la capitale, organisa la garde nationale, appela sous les drapeaux les anciens militaires de 25 à 35 ans. Le général Trochu fut nommé gouverneur de Paris.

Le comte de Palikao, pour oalisfaire l'opinion et sauver la dynastie, avait conçu le plan hardi sans doute, mais téméraire avec des troupes mal coordonnées, d'aller par le nord délivrer l'armée de Bazaine bloquée sous les murs de Metz. Mac- Mahon, bien qu'à regret, conimença ce mouvement le 23 août.

Les Prussiens atteignirent les Français le 29 ; le 30 ils surprirent à Beaiimont le corps d'armée du général de Failly, formant l'arrière-garde, et le mirent en pleine déroute. Ce désastre accrut les dangers de la position. Mac-Mahon, renonçant enfin à la marche en avant, donna l'ordre de se replier sur Sedan où le 31 août il prit ses dispositions pour livrer bataille. Sedan se trouve dans un entonnoir bordé de hauteurs et le général prussien manœuvra de manière à rejeter les corps français dans cet entonnoir. Le 31 août déjà les Français avaient un rude combat à soutenir à Bazeilles, près do Sedan, contre les Bavarois. En même temps les Prussiens s'emparaient du pont de Donchcry qu'on n'avait pas fait sauter non plus que le pont du chemin de fer de Bazeilles. Ils avaient également passé la Meuse à Mouzon, derrière nos corps d'armée, et s'avançaient par Carignan. Ils formaient déjà un demi-cercle autour de nous. Le l^"" septembre, l'armée française lutte avec énergie pour défendre Bazeilles^ où la division d'infanterie de marine se couvre de gloire, et le calvaire (Vllly, le bois de la Garenne, le fond de Givonne. Dès le matin le maréchal de Mac-Mahon avait été blessé à la cuisse I ar un éclat dobus et il avait remis au général Du-

crot le commandement en chef que réclama aussitôt le général de Wimpffen.

Si l'on eût dit au général de Wimpffen, qui se trouvait encore le 22 août à Oran, en Algérie, et revenait d'une brillante expédition dans le Sahara, qu'à huit jours de là il signerait, au nord de la France, la capitulation la plus néfaste qui fût dans nos annales, il aurait trouvé la chose impossible. Elle se réalisa pourtant. Ce général reçut le 22 août, au soir, Tordre de venir remplacer le général de Failly à l'armée de Mac-Mahon. Il partit le 24, débarqua le 27, arriva à Paris et prit les instructions du ministre.qui lui donna une lettre le chargeant du commandement de l'armée entière, le cas échéant. Il rejoignit l'armée le T.O, au moment de la déroute de Beaumont, et lorsqu'il apprit la blessure du maréchal de Mac-Mahon, fit valoir ses droits au commandement. Le général Ducrot avait déjà ordonné la retraite sur Mézièros. Désapprouvant ce mouvement, le général de Wimpffen donna contre-ordre et voulut percer du côté de Carignan le cercle qui se refermait sur nous, faire une trouée sur le point qu'il pensait le moins garni, les Prussiens s'étant surtout établis en masse entre nous et les routes de Paris. Ces hésitations, ces tiraillements, ces contradictions dans les ordres firent perdre le peu de chances qui restaient à l'armée de s'échapper.

La cavalerie fit d'admirables charges; le général Margueritte tomba frappé à mort et fut remplacé par le général de Gallifet. Les bataillons prussiens par un feu nourri arrêtent ces charges désespérées. Repousses, nos escadrons retournent en arrière, se reforment et se précipitent de nouveau. Le roi Guillaume, qui, des hauteurs de Frénois, assistait à ce spectacle, ne put s'empêcher d'applaudir et de s'écrier : « Oh ! les braves gens ! »

Repoussées malgré leur valeur, toutes les troupes se repliaient et s'entassaient dans la petite ville de Sedan, où elles se croyaient à l'abri et où régna bientôt une inexprimable confusion. Pendant que Wimpffen cherchait à obtenir des troupes, déjà désorganisées, un suprême effort que permettait la bonne contenance du douzième corps (général Lebrun), l'empereur tenait conseil avec les chefs de corps et faisait arborer le drapeau blanc. Wimpffen refusa d'aller négocier et offrit sa démission. Il comprit cependant qu'il ne pouvait plus se soustraire aux conséquences inévitables de ce désastre et se rendit à la triste nécessité de négocier une capitula- 1 tion.

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XCUl. — CAPITULATION DE SEDAN (2 septembre). CHUTE DE L'EMPIRE (4 septembre)

Les conditions qui furent dictées par l'état-major prussien au général de Wimpffen lui ins;)irèrent la plus vive douleur ; il les rejeta. « Général, lui dit M. de Moltke, toute tentative de résistance de voire part est désormais impossible. Vous n'avez pas de vivres; vos munitions sont épuisées; voire armée est décimée. » Wimpffen insista pour que l'armée pût se retirer en France à condition de ne plus servir pendant la guerre. « Peut-ô(re, répondit M. de Bismark, pourrait-on discuter sur de telles bases si vous aviez un gouvernement durable et solidement établi. Mais êles-vous sûr d'avoir domain le gouvernement que vous avez aujourd'iiui? et pouvez-vous répondre que celui-là ratilicra les conditions? M Le général de Moltke menaça de commencer le bombardement de Sedan le lendemain matin si la capitulation n'était pas signée. Après un conseil de guerre, tenu le 2 septembre au malin, WimpTen fut autorisé à signer celle capitulation à laquelle une série de fautes impardonnables avait conduit une armée au courage de laquelle les ennemis mémos avaient dû rendre bommage^

Prisonnier avec l'armée, l'empereur dut se remettre entre les mains du roi Guillaume qui lui donna pour séjour le château de Wilhemshohe, dans la Hesse. Nos malheureux soldats, victimes des plus indignes traitements, furent acheminés en colonnes ou plutôt en troupeaux, vers l'Allemagne, où ils subirent pendant de longs mois les horreurs de la captivité et où, hélas! bien d'autres devaient les rejoindre.

A la nouvelle de ces désastres une révolution s'accomplit à Paris cl renversa le gouvernement (4 sep-

1 . Le comte de Bismark dit au général de Wimpffen : « Sans nul doute, la valeureuse résistaii'^e do votre armée mérite les conditions les plus honorables, car avec 70 000 hommes vous avez combattu contre 220 000. » Quant au chiffre de notre armée, voiri ce que dit le général de WimpfFen : « L'arm?e du maréchal de Mar-Mahon s'élevait, à Chàlons, à environ 110000 hommes. Pendant les marches ou les contre-marches de Reims à Sedan, plus de G 000 restèrent en arrière. La bataille de Beaumont lui coûta, en tués, blessés, prisonniers ou entrés en Belgique, près de 25 000 hommes. 3 000 hommes environ, d'après le rapport prussien, 6 000 d'après d'autres renseignements, ne prirent point part à la bataille et parvinrent à Paris. Total en moins sur le champ de bataille de Sedan une trentaine de mille hommes. Il reste à ajouter ù ce détail les non-valeurs, ordonnances, employés do toutes sortes, malades, restés dans Sedan, chiffre que l'on peut porter sans exagération à une dizaine de mille hommes. On voit donc que nous ne piîmcs mettre en ligne sur ce champ de bataille défectueux plus de 70 000 combattants réels, qui eurent près de 20 000 hommes, dont 20 généraux, mis hors de combat avant de cesser la lutte. » {Sedan, par Wimpffen.)

tcmbrc). Atterrés les partisans de l'empire n'osèrent pas défendre l'impératrice régente. Le Corps législatif céda devant l'invasion populaire. La foule se por;a à l'Hôtel de Ville où s'installa un gouvernement composé des principaux députés républicains et qui prit un nom imposé par les circonstances : Gouvernement de la défense nationale.

Cependant les Prussiens se hâtaientdemarchersur la capitale où ils pensaient faire une entrée triomphale. Ilsdescendirent par la vallée de l'Aisne, puis del'Oise, et par la vallée de la Marne. Le gêner?! Vinoy, qui avait eu mission avec un corps d'armée d'appuyer le mouvement deMac-Mahon, réussit à leur échapper : par une retraite savante et habile, il réussit à ramenerses divisionsà Laon elàlesdirigcr parle chemin de fer sur Paris où elles se trouvèrent réunies le 9 septembre. Le môme jour, la ville et la citadelle de Laon, incapables de résister, capitulaient. Un garde du géiiie, Henriol, cédant au désespoir, faisait sauter la poudrière et engloutissait sous les décombres, avec un grand nombre de mobiles qui n'étaient pasencore sortis, une centaine d'Allemands.

Le 18, les ai-mées prussiennes arrivaient sous les forts de Paris, prenaient position et s'assuraient, après un combat que soutinrent mal les quelques troupes qui nous restaient, du plateau de Châtillon, encore imparfaitement fortifié. Le général Trochu, gouverneur de Paris et devenu chef du gouvernement, ne croyait guère à la possibilité de défendre la capitale, dont les travaux non terminés ne lui inspiraient pas grande confiance. Comptant peu sur la garde nationale qui cependant se formait et s'exerçait avec enthousiasme, pensant d'ailleurs que 200 000 hommes ne suffiraient pas pour investir une circonférence aussi grande que le rayon militaire d'une ville comme Paris, il ne contraria en rien l'établissement des Allemands qui coupèrent les communications, isolèrent la capitale et l'investirent rigoureusement. Des négociations avaient été engagées et M. Jules Favre, ministre des affaires étrangères, avait eu, au château de Ferrières, une entrevue avec M. de Bismark. Il devint évident que le roi de Prusse, bien qu'il eût déclaré n'en vouloir qu'à l'empereur qui avait déclaré la guerre, en voulait réellement à la nation et travaillait à l'abaisser et à la ruiner. Le Gouvernement de la défense nationale résolut de continuer la lutte. Les quinze forts, bien armés, confiés à des marins et ressemblai t c< à des vaisseaux de haut bord » défièrent toutes les attaques de l'ennemi.

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