‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 82 sur 86 · XCY. — LA DÉFENSE DE CHATEAUDUN. — COULMIERS · texte numérisé non relu

XCY. — LA DÉFENSE DE CHATEAUDUN. — COULMIERS

Verdun, assiégé (Jci)iiis lo 2o août, bombardé facilement parce qu'il n'avait point de forts détachés, capitule à son tour le 8 novembre, mais après une belle résistance et de nombreuses sorties dont quelques-unes très brillantes et efficaces. La garnison, qui comprenait iOOOO soldats, débris de nos armées et bataillons de mobiles, sortit avec les honneurs de la guerre. Encore les généraux Marmier et Guérin de Waldersbach, qui se partagèrent l'honneur de cette défense, furent-ils trompés par do fausses nouvelles qui leur annonçaient la fin de la lutte. Les Prussiens en même temps bombardaient Thionville et Montmédy qui résistèrent non moins énergiquement et ne se rendirent l'une que le 24 novembre, l'autre que le 44 décembre, lorsqu'elle était presque un monceau de ruines. Belfort, investi le 2 novembre, se préparait à une résistance d<gne de la réputation de cette forteresse et qui marquera dans les annales des sièges. Le courage des habitants de ces villes montrait que la France, après tout, ne se laissait point abattre, et un succès de l'armée improvisée sur la Loire vint faire briller un rayon d'espoir trop vite évanoui. L'armée d'investissement de Paris avait détaché pour occuper la Beauce le premier corps bavarois commandé par Von der Thann. Après quelques combats contre quelques régiments rassemblés <à la hâte, ils avaient pris Orléans le 11 octobre eiChâteaudun le 18.

Un corps de l'armée allemande, commandé par le général de Willich et fort de dix à douze mille hommes, se dirigea vers Châteaudun, qui ne pouvait compter pour sa défense que sur sept à huit cents francs tireurs, placés sous les ordres du comte de Lipowski, sur sa garde nationale et sur les barricades établies en toute hâte au coin des principales rues. Les Allemands arrivèrent à la fois par la route d'Orléans et par celle de Meung, se déployèrent en demi-cercle autour de la cité, et bientô trente pièces de canon bombardèrent la ville, sans même qu'il y eût eu de sommation préalable. L'hôtdl deville, la sous-préfecture, l'église, la caserne, l'hôpital même, devinrent les principaux objectifs de l'artillerie ennemie. Malgré les ravages exercés par les obus et l'incendie allumé sur plusieurs points, les habitants de Châteaudun tenaient bon derrière leurs barricades et repoussaient victorieusement tous les assauts de l'infanterie. Ce ne fut qu'à huit heures du soir que les Prussiens purent forcer la

barricade delà rue de Chartres et déboucher en colonnes serrées sur la place de la ville. Un retour offensif des habitants et un feu terrible les forcèrent encore une fois à reculer, mais bientôt les ennemis reviennent en masses plus considérables, et par plusieurs rues pénètrent de nouveau sur la place. Furieux, ils activent l'incendie qui dévore une partie de la ville et pillent les maisons intactes. Les malheureux habitants, chassés de leur ville en flammes, cherchent un refuge dans les cités voisines, et toute la nuit les lueurs sinistres de l'incendie éclairèrent l'horizon. Il faudrait remootor aux temps les plus affreux du moyen âge pour retrouver de pareilles scèhc^i d'horreur. Deux cents maisons furent détruites, et les Prussiens, qui n'avaient pu faire de prisonniers, emmenèrent en captivité une centaine d'habitants, pris au hasard parmi ceux qui n'avaient pas quitté la ville.

Cette défense si brillante d'une ville ouverte, et qui coûta près de deux mille hommes aux Allemands, ne pouvait sans doute changer le cours des événements. Mais si elle eût été soutenue par un corps d'armée, elle aurait pu avoir de sérieux résultats. En tout cas, elle montrait que le désintéressement, l'esprit de sacrifice n'étaient pas morts en France, elle préludait au glorieux combat de Coulmiers, et le Gouvernement de la défense nationale rendit le 20 octobre un décret dont In vaillante cité dunoise sera éternellement fière : « La ville de Châteaudun a bien mérité de la patrie. »

Après la prise de Châteaudun, les Prussiens se croyaient en sûreté, mais dans la Sologne s'organisait, sous la vive impulsion de M. Gambetta, membre du Gouvernement de la défense nationale, parti de Paris en ballon le 8 octobre pour exciter et organiser la résistance de la province, une armée solide composée de régiments venus d'Afrique, de bataillons pris dans les dépôts, et de mobiles.

Cette armée nouvelle, qui comptait près de quatre-vingt mille hommes dans les premiers jours de novembre, tourna Orléans , emporta Baccon, Coulmiers, que les Bavarois défendirent obstinément, et mit l'ennemi dans une complète déroute (9 novembre). L'armée, commandée par le général d'Aurelle de Paladines qui, au cadre de réserve depuis deux ans, avait été remis en activité, s'était avancée dans un ordre admirable ; « C'était beau comme une manœuvre, » disaient le lendemain ceux qui avaient vu ce magnifique spectacle.

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