‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 83 sur 86 · XCYI. — LE SIEGE DE PARIS · texte numérisé non relu

XCYI. — LE SIEGE DE PARIS

La science moderne av<ait fourni aux Parisiens le moyen de communiquer avec la province. Des ballons parlaient le plus souvent possible, emportant des personnes chargées de missions. Les pigeons voyageurs, connus de toute antiquité, apportaient des dépêches, mais les progrès de la photographie avaient permis de rendre ce service beaucoup plus utile qu'autrefois. Des appareils photogra|)hiques reproduisaient les dépêches en caractères microscopiques sur un papier spécial, de telle sorte que de longues lettres tenaient sur un bout de papier et se cachaient plus aisément sous l'aile des fidèles messagers. Grâce ensuite à des appareils grossissants, les caractères venaient se reproduire sur un tableau où l'on pouvait lire aisément ce qu'avec un microscope on n'aurait pu déchiffrer. Ces moyens ingénieux, fournis par la nécessité, mère des inventions, donnaient, du moins par intervalles, des nouvelles aux assiégés isolés du monde entier et avides d'apprendre ce qui se pré|)arait pour les délivrer.

Les vivres diminuaient cependant ; il avait fallu réglementer les boulangeries, les boucheries où bientôt on ne débita plus que de la viande de cheval. Chaque matin, de longues queues se formaient devant les boutiques des boulangers et des bouchers où l'on n'était servi que sur la présentation d'une carte fixant le nombre des personnes d'une même famille et le poids attribué à chaque personne. L'esprit français et en particulier l'esprit parisien faisait prendre en gaieté les mille privations que chacun devait s'imposer. Le succès de Coulmiers ranima lo courage des habitants de Paris qui d'ailleurs, décidés h résister, avaient énergiquement arrêté, le 31 octobre, un mouvement séditieux et montraient qu'ils entendaient maintenir leur union devant l'ennemi.

Le général Trochu, apprenant que l'armée de la Loire comptait s'approcher par la vallée de la Seine, prépara une sortie du côté de la Marne. Fixée au 29 novembre, mais retardée par la rupture subite des ponts de la Marne dont les eaux grossissaient, elle eut lieu enfin le 30 novembre. Les Français, au nombre d'environ 60000 conduits par le général Ducrot, échappé de Sedan, s'avancèrent au delà de Joinville et, après une lutte vive, dans laquelle ils furent appuyés, non seulement par l'artillerie des forts, mais encore par des batteries dressées sur le plateau d'Avron, s'emparèrent de Petit-Brie, de Champigny

et s'avancèrent jusqu'à Villiers pendant que sur d'autres points se tentaient plusieurs diversions. La capitale écoutait avec anxiété cette canonnade formidable et grandiose. La journée fut brillante malgré des pertes sensibles, et les Prussiens cédèrent du terrain. Le général Trochu s'était montré habile et savant. Mais le 1" décembre, il resta inactif pour remettre ses troupes, et le lendemain, 2 décembre, les Prussiens, qui avaient eu le temps de se concentrer, attaquèrent nos positions avec une vigueur qui nous fit reculer. Dans la seconde partie de la journée nos troupes reprirent l'offensive et regagnèrent leurs positions où elles couchèrent par un froid qui devenait intense. On comptait que la marche en avant continuerait. Mais le général Trochu ramena le 3 décembre l'armée sous le canon des forts. La déception fut grande dans la capitale dont le dévouement patriotique ne se lassait pas et qui, avec une fécondité de ressources sans pareille, fabriquait avec ardeur des canons nouveaux, des munitions, et ne demandait qu'à appuyer par les jeunes bataillons de marche de la garde nationale les efforts de l'infanterie de ligne. Depuis ce temps, Trochu n'entreprit plus rien de sérieux. L'armée de la Loire ne s'était point lassée sitôt. Dès les derniers jours de novembre, elle avait commencé la lutte contre les Prussiens. Ceux-ci, grâce à la capitulation de Metz, dont on vit alors les effets désastreux, pouvaient lui opposer des masses considérables. Frédéric-Charles avait, par des marches rapides, amené de la Lorraine son armée de Metz, et rallié le corps d'armée du général de Thann, du grand-duc de Mecklembourg. Il disposait déplus de cent mille hommes aguerris contre une armée qui s'élevait sans doute à cent cinquante mille, mais composée en partie de recrues et de bataillons de mobiles encore inexpérimentés, mal équipés, et armés de fusils de différents modèles. D'Aurclle néanmoins avait essayé de passer i)Our aller tendre la main à Paris. Mais il se jeta sur le plus gros des forces ennemies, à Beaune-la-RoIande (28 novembre), non loin de Montargis, au lieu d'attaquer du côté le plus faible, dans la direction de Chartres. Frédéric-Charles, par une série de combats vigoureux, combats de Ville]frovost^ de Chdteau-Goury^ iVArtenay, de Loigny, de Pûtay, de Bricy^ de Boulay, tint en respect l'aile gauche des Français, rompit leur centre et leur aile droite, coupa leur armée en deux et s'empara de nouveau d'Orléans.

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