‹ Cent récits d'histoire contemporaineChapitre 84 sur 86 · XCVII. — L'ARMÉE DU GÉNÉRAL CHANZY. — ROMRARDEMEINT DE PARIS · texte numérisé non relu

XCVII. — L'ARMÉE DU GÉNÉRAL CHANZY. — ROMRARDEMEINT DE PARIS

Restaient cependant deux corps d'armée {i6^ et i7e) qui n'avaient pas été entamés, et qui ne s'étaient mis en retraite qu'après la défaite du reste de l'armée. M. Gambetta, qui concentrait entre ses mains les trois ministères de l'intérieur, des finances et de la guerre, enleva le commandement au général d'AurcIln. Il forma des deux tronçons isolés par Frédéric- Charles deux armées nouvelles, l'une se reconstituant à Bourges, l'autre, appelée deuxième armée de la Loire, continuant de lutter sur la rive droite de la Loire et commandée par le général Chanzy. Il transporta ensuite le siège de la Délégation du gouvernement de la Défense nationale de Tours à Bordeaux.

Cependant le général Chanzy résolut de ne point repasser la Loire. Il continua sa retraite en luttant chaque jour, en défendant le terrain pied à pied, choisissant de bonnes positions, arrêtant la marche de l'ennemi et se repliant toujours à temps, soigneux de ses soldats, dont il allait obtenir des prodiges, s'éclairant avec prudence, ne se laissant point surprendre et usant l'ennemi qu'étonnait cette résistance nouvelle. Chanzy s'appuya d'abord sur la forêt de Marchenoir ; le 7, le 8, le 9, le 40 décembre, pendant quatre jours, il combattit sans se lasser, infligeant des pertes sérieuses à l'ennemi et prenant quelquefois l'offensive. Ce furent les combats de Josnes et de Villarceau. Puis se dérobe habilement, pivotant sur sa gauche ; il replie sa droite qui jusqu'alors s'était appuyée à la Loire, et va prend: e de bonnes positions sur la ligne du Loir.

Le 43, il arrive à Vendôme sans que les Prussiens, qui tout d'abord n'avaient pas compris son mouvement, aient cherché à l'inquiéter. Ils se mettent pourtant à sa poursuite, et le 45 la lutte recommence autour de Vendôme. Malgré des succès à Fréteval et sur le plateau de Sainte-Anne, la perte de plusieurs positions allait rendre difficile la défense de Vendôme. Le 46, voyant ses troupes harassées, Chanzy se replie à temps, évacue Vendôme et se retire sur une autre ligne de défense, celle de la Sarthe. Il échappe encore aux Prussiens qui le pressent de tous côtés, et peut regagner le Mans, où il établir son armée sur les hauteurs qui bordent la rivière de l'Huisne. Là les troupes se réorganisent un peu et se seraient reposées si l'hiver ne fût pas devenu tout à coup plus rigoureux. Un froid intense, une neige épaisse, firent cruellement souffrir les soldats campés la plupart sous des tentos. Cependant le prince Frédéric-

Charles, n'ayant plus à craindre l'armée de Bourbaki envoyée dans l'est, se jeta de nouveau contre l'armée du général Chanzy. Celui-ci tint toute la journée du 44 janvier dans ses positions du Mans, mais, à la nuit, une panique inexplicable s'empara des mobilisés de Bretagne, arrivés depuis quelques jours seulement du camp de Conlie ; des positions importantes furent abandonnées aux Prussiens ; la panique gagna une partie de l'armée qui ne put se reconstituer qu'à Laval.

Pendant que nos armées faisaient de généreux et impuissants efforts pour combattre les masses germaniques qui augmentaient sans cesse (car M. de Moltke avait appelé à son aide 200 000 hommes de plus et tendu avec une extrême énergie les ressorts de l'organisation prussienne), Paris, immobile, arrêtait les vainqueurs, grâce à sa vaste circonférence, à ses forts dont l'artillerie redoutable tonnait continuellement. La capitale offrit pendant tout ce siège un spectacle vraiment imposant. A peine éclairée le soir, faute de gaz, presque silencieuse, puisque la nécessité de manger les chevaux diminuait de jour en jour le nombre des voitures, elle se préoccupait surtout des questions de subsistance car on en venait à manger des chiens et des chats. Le bois, le charbon manquèrent dans beaucoup de ménages. La mortalité s'éleva bientôt à cinq mille personnes en une semaine; les vieillards, les femmes, les enfants succombaient à des maladies aggravées par les privations. Néanmoins ajoutant sans cesse i ses remparts des défenses nouvelles, fabriquant par centaines des canons se chargeant par la culasse, et des équipements de toute sorte, Paris remplissait avec une gaieté sereine son devoir envers la France.

Mais bientôt, afin d'occuper les assiégés et de pouvoir détacher des troupes de l'armée d'investissement, le maréchal de Moltke fit commencer le bombardement de Paris. Le 6 janvier, les obus vinrent abîmer les maisons et les édifices des quartiers de la rive gauche. Le bombardement ne fit qu'exciter l'animosité contre un ennemi qui ne cherchait qu'à atteindre la population civile. Il dura jusqu'au 28 sans faire grand mal vu la distance énorme où se trouvaient les canons Krupp, et l'immense étendue sur laquelle devaient se répartir les obus. Les forts dlssy, de Vanves, de Montrouge devinrent surtout l'objectif des batteries prussiennes qui pourtant se dressèrent de tous les côtés et menacèrent ioutes nos défenses.

XCVllI. — DÉSASTRES DES ARMÉES DE PROVINCE. — L'ARMISTICE

L'armée de l'Est avait essuyé un terrible désastre. Le général Bourbaki devait rapidement porter trois corps d'armée (130000 hommes) vers la frontière de l'est, refouler Werder, délivrer Bel fort et s'établir ensuite sur les communications de l'ennemi.

Tout d'abord, sa marche délivre la Bourgogne. Les Prussiens, devant des forces supérieures, abandonnent Dijon, où vient s'établir Garibaldi, et même le département de la Haute Saône. Werder concentre ses troupes disséminées et profite des retards de l'armée de Bourbaki, trop lente dans ses mouvements par suite de l'insuffisance des vivres. Le 8 janvier, une première rencontre avec les Prussiens a lieu dans la Haute-Saône, sur les bords de l'Oignon, entre Rougemont et Villei'sexel : les Prussiens éprouvent des pertes sérieuses, 4 000 hommes tués ou blessés. L'armée française avança sur Montbéîiard et Belfort. Mais Werder avait choisi, dans ce pays de montagnes, des positions défensives presque inexpugnables, et qu'il avait r rmées de pièces de gros calibre empruntées à son parc de siège. Il put ainsi, avec 35 000 hommes, arrêter pendant trois jours, 13, 14, 15 janvier, une armée de plus de 100 000 hommes. En vain nos troupes emportèrent plusieurs villages avec ardeur et la position de Montbéîiard ; elles ne purent forcer les retrancliements de Werder, établi derrière la Luzine à Hèricourt.

Tandis que Werder arrêtait les Français de front, M. de Moltke, bombardant toujours Paris, et presque certain de le conquérir par la famine, détachait des troupes de l'armée d'investissement ; avec ces troupes et plusieurs divisions prises décote et d'autre, il forma une nouvelle armée confiée à Manteuffel. Celui-ci se hâta d'aller couper la retraite à Bourbaki et de l'acculer à l'impasse que forment les montagnes du Jura, près de la frontière suisse. Werder rejetait l'armée française dans le Jura, s'emparait des défilés les plus importants et cherchait de son côté à l'enfermer. Le 28, l'armée de Bourbaki, concentrée autour de Pontarlier, présentait l'aspect le plus lamentable et l'image d'une nouvelle retraite de Moscou, lorsque la nouvelle de l'armistice arriva. Mais les Prussiens n'avaient pas voulu étendre l'armistice à l'armée de l'Est, qu'ils espéraient capturer tout entière, et, tandis que nos généraux, mal informés, s'arrêtaient, les Prus€iens continuaient leur mouvement et s'apprêtaient à fermer toute retraite. Le mal-

heureux Bourbaki, à la vue de tant de désastres, avait cédé à un moment de désespoir et tenté de s'ôterla vie. Le général Clinchant, qui le remplaça, résolut, pour sauver son armée et son matériel, de passer en Suisse où la charité des habitants s'efforça de soulager les misères affreuses de nos soldats. Un savant officier général, Faidhcrbe, connu surtout par ses services dans les colonies, notamment au Sénégal, avait reçu de M. Gambetta le commandement de la petite armée du Nord. Il livra au général de Manteuffel une véritable bataille à Poiil- Noyelles (23 décem-bre), qui fut, dans les circonstances où nous nous trouvions, une victoire, puisque les deux généraux purent revendiquer, chacun de leur côté, l'honneur de la journée. Le 3 janvier, il remporta sur le général Von Gœbcn un succès moins contesté kBapaume^ mais il n'avait point de forces assez solides pour tenir hardiment la campagne. Le général Faidherbe, voulant tendre la main à Paris, se porta de nouveau en avant au sud de Saint-Quentin. Il fut obligé d'accepter une bataille sur les hauteurs voisines de cette ville (19 janvier) et de céder devant des forces supérieures.

A Paris, le général Trochu avait encore tenté une attaque infructueuse du côté de Montretout et de Buzenval. C'était le 19 janvier, beaucoup trop tard, puisque toutes nos armées du dehors étaient battues. La garde nationale, dont on n'avait jusqu'alors voulu utiliser le dévouement que sur les remparts, tint bon, enleva Montretout, le château de Buzenval (derrière le village de Rueil) et montra une réelle intrépidité. Mais l'attaque méditée n'avait rien de sérieux ; on ne pouvait monter l'artillerie sur des collines dont le terrain était détrempé par les pluies. On se replia. Des milliers d'hommes, et parmi eux des jeunes gens de talent, des gloires et des espérances de nos beaux-arts, entre autres Henri Regnault, furent sacrifiés ainsi inutilement.

Arrivé à l'extrême limite du rationnement, le Gouvernement de la Défense nationale ouvrit des pourparlers avec M. de Bismarck, et signa un armistice (28 janvier). Paris livrait ses forts aux Allemands avec 1500 pièces de canons et une armée de plus de 150,000 hommes. Le 15 février, sur un ordre du gouvernement, le colonel Denfert livrait Belfort qu'il avait vigoureusement défendue et qui était loin encore d'être à bout de sa résistance. La garnison sortit avec tous les honneurs de la guerre. La lutte était terminée.

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